‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 66 sur 359 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

des Valois^ le faible Henri UI^ prince quiy en certaine* choses, disait de Thou^ était au-dessous de l'enfance.

Ce ne furent ni François H^ ni Charles IX^ni Henri m, ni Louis XIII, qui convoquèrent une assemblée nationale. Sous François II et Charles IX^ ce furent Marillac et le chancelier de l'Hôpital^ qui espéraient faire revivre les droits de la nation^ pour le salut du prince et de l'État. U n'était plus temps. Un demi-siècle de pouvoir despotique avait passé sur l'institution du quinzième siècle, et sur Fouvrage de Louis XII; et^ à la suite du despotisme^ était venue^ suivant l'ordre naturel, Tanarchie. Elle était au comble sous Henri UI. L'État désorganisé était tombé en dissolution. Les Guises avaient ramené le temps des Armagnacs. La royauté était conmie évanouie sur son trône chancelant. La nation^ toute divisée^ voyait toujours en elle-même des ennemis à combattre, aucune tête à qui elle put se rallier. C*étaient les favoris du roi, plutôt que le roi lui-même, qui imploraient une assemblée nationale au secours de sa défaillance, quand leurs adversaires l'appelaient à Taide de leur audace. Ce n'était plus le peuple qui répondait aux convocations, c'étaient des partis qui répondaient à des* chefs factieux.

Mais le temps approchait où le despotisme allsût reprendre son cours, suivant cette règle d'étemelle expérience, qui fait alternativement renaître l'un de l'autre, et périr l'un par l'autre, le despotisme et l'anarchie. Alors approchait le règne de Richelieu, et, jusqu'en 1789, il ne sera plus question d'assemblées nationales.

Ainsi, pas un seul roi, depuis Louis XII, n'a eu sur sa conscience royale une seule convocation d'assemblée nationale ; et Louis XIII, Louis XrV et Louis XV se sont élevés bien au-dessus de tout reproche à cet égard. Pour ces princes, Louis d'Orléans a été un sujet révolté quand il a demandé la convocation d'une assenÂlée nationale; et Louis XII, un roi coupable envers sa couronne et envers ses succès* seurs, quand il a reconnu les droits de la nation et de ses représentants. Son éloge fut regardé non-seulement par François I"^, mais par Louis XIII , Louis XIV et Louis XV, comme une offense directe, toutes les fois que les parlements opposèrent ses lois et sa conduite

à leurs entreprises, dont elles étaient, à la vérité, la censure.

C'est dans les colères du despotisme que les historiens ont puisé la règle de leurs jugements sur Louis XII. Ce parti était plus prudent, sans doute, que celui de joindre leur voix à celle des parlements; mais ce qui eût été plus prudent encore, c'eût été de ne point écrire, ne pouvant écrire consciencieusement. Ils ont suivi l'exemple de ces subalternes de cour dont parle Philippe de Commines : « Gens a de petite condition et de petite vertu , dont le a métier est de faire les bons valets , lesquels o disaient, sous Charles VIII, que c'est crime a de lèse-majesté que de parler d'assembler « les états, et que c'est pour diminuer l'auto- « rite du roi. Ce sont eux , ajoute Philippe de a Commines, qui commettent ce crime envers a Dieu et le roi, et la chose publique (1). »

Gamiera dévoilé le secret de son opinion sur le règne de Louis XII , en découvrant ce qu'il pensait d'une assemblée nationale, à l'occasion de la demande qu'en fit ce prince lorsqu'il n'était que duc d'Oriéans. Madame avait triomphé, dit-il, des manœuvres des princes qui lui disputaient la régence : et Alors ils se « réunirent pour demander que les états gêné- « raux fussent convoqués, et réglassent euxa mêmes la forme de Tadmmistration. a Cette « proposition, à\i'\\,Jlt frémir ceux qui étaient a sincèrement attachés au jeune roi. On n'en- « visageait, dès lors, [dès tors, comme aujoura d*hui est sous-entendu) ces grandes assema blées que comme le contre-poids de l'autoa rite royale; et l'on croyait (dès lors, comme a aujourd'hui) qu'il était dangereux d'accoutua mer le peuple à disputer avec son maître. » L'historien qui voit dans une assemblée nationale une atteinte à l'autorité royale, a dû, sans doute, voir un factieux, un sujet en révolte dans Louis, duc d'Orléans. Et, s'il est vrai qu'il soit dangereux d*accoutumer le peuple à discuter avec son maître, et que ce danger soi de nature à faire frémir les personnes sincè-i remuent attachées au roi, que devait penser ce même historien de Louis d'Orléans, devenu roi, qui convoque les états généraux, et qui .

(i) Mémoires, Uv. V, an 1477, p. 218 et 219, édit. in 'fol.

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interdit au pariement de jamais recevoir de lois qui ne soient conformes à leur vœu? Pouvait-il ne pas le regarder^ ou comme un ennemi déclaré des droits et des intérêts de la couronne^ un infidèle dépositaire de Tautorité royale remise entre ses mains pour passer intacte à ses successeurs^ ou comme un prince d'une aveugle bontés de peu d'esprit^ et incapable de prévoir les conséquences de ce qu'il faisait?

C'est ce dernier parti qu'a préféré Gamier^ évitant de se brouiller par une censure indiscrète avec les parlements qui exaltaient Louis XII, mais s*armant, contre Louis d'Orléans, des opinions de la cour contre les états généraux.

En vain Gamier espère concilier les éloges qu'il s'efforce de donner au monarque, avec la censure qu'il fait de l'héritier présomptif, en disant que Louis changea de caractère au moment où il se couvrit des symboles de la royauté y et qu'à sa turbulence succéda cette bonté qui en fit le père de ses sujets, 0^ cette sagesse qui ne garda de Cautorité souveraine que le pouvoir défaire du bien (i). Louis ne changea point de caractère. Louis, devenu roi, reconnut les droits de la nation, qu'il avait invoqués comme duc d'Orléans. S'il fut rebelle comme prince héréditaire , comme roi il fut spoliateur de la royauté : coupable, s'il sut ce qu'il-faisait; imbécile, s'il ne le sut pas. Telle serait inévitablement la conséquence de l'opinion de Garnier.

Le président Hénault, savant historien, critique judicieux, mais surintendant de la maison de M^^ Leczinska, femme de Louis XV , et «courtisan corrompu, mettait en principe qu'exlairer et obéir était le devoir des parlements envers les rois; qu'après avoir exposé la write comme ils la voyaient, leur résistance devait finir quand le prince persistait dans sa volonté (2) ; que les étais généraux même n'ont ^que la'voix de la remontrance et de la trèshumble supplication; que, qui veut le roi^ si veut la loi (3). U assure que les étals de 1614 ont été les derniers, parce qu'on a reconnu /'t-

(1) Histoire de France, t. XXL p. 20.

(2) Abrégé chronohgiqw y remarques particulières sur la dernière race, p. 773 et 774, édit in-4".

(3) Ibid., année 1614.

nutilité des états généraux (1). Comment aurait-il vu dans un prince du sang qui demande des états généraux, autre chose qu'un rebelle ; et un mauvais roi dans celui qui avait défendu aux cours d'obéir aux ordres réitérés du prince, s'ils étaient contraires aux lois de l'État, aux lois votées par la nation?

Aussi, dès les premières lignes qu'il a écrites sur le règne de ce prince, forcé de citer les mémorables paroles qui signalèrent son avènement au trône. Le roi de France ne venge pas les querelles du duc d Orléans, Hénaultmarque sa mauvaise disposition pour Louis XII : Le moi d^ Adrien y dit-il, n'est pas moins beau; par^ venu à l'empire, il dit à un homme qui le haissait : Vous voilà sauvé. On ne s'attendait guère à cette citation de l'histoire romaine, dans une histoire de France où l'avarice des paroles et des réflexions est poussée au plus loin. D'ailleurs, les mots des deux princes ne se ressemblent point : celui d'Adrien exprime un sentiment généreux; celui de Louis XII est d'une politique généreuse , spirituelle et profonde. Le nK>t d'Adrien peint le cœur de l'homme; celui de Louis XII découvre la sagesse du monarque. Ce n'est pas Louis Xn qui pardonne ses ennemis personnels; c'est le roi de France qui affermit le zèle et la fidélité des serviteurs de la royauté, au moment qu'il en est investi. Mais les historiens qui ont voué leur plume au pouvoir absolu ne peuvent se résoudre à reconnaître dans Louis XII un peu de l'esprit qu'ils se trouvent à eux-mêmes.

N'oubUons pas, d'ailleurs, les soins d'Hénault pour dérober à Louis XII la gloire de {dusieurs changements qui furent son ouvrage, et l'altribuer à d'autres princes : n'oublions pas qu'il a voulu faire honneur, par exemple» à François l*% de la restauration des lettres et de la révolution opérée dans la condition des femmes en France, et par suite dans les mœurs nationales; qu'il a voulu faire honneur à Charles IX de la séparation delà robe et de l'épée. Ne nous dissimulons pas qu'écrivant sous le règne et à la cour d'un prince à la fois dissolu et despotique, il dut être avare d'éloges pour un roi populaire; et reporter, autant qu'il le pouvait, ses titres de gloire sur la tète d'autres

(1) Abrégé chronologique, e\c,, année 1614.

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