PAR LES ESTATZ DU ROYAUME
POUR L'ENGAGER A CONSENTIR AU MARIAGE DE MADAME CLAUDE DE FRANCE AVEC MONSEIGNEUR FRANÇOIS, DUC DE VALOIS (|).
( Ce récit se rapporte au chapitre XVII.)
Le jeudy qualorziesme de may l'an quinze cent six, le ro^ de France estant en Plessis-lez-Tours, assis en une grande salle, en siège royal , à deztre d'un eosté de nwns\mr le Ugat d'AmboUe, du cardinal de Nar^ àonne{7), du chanceUer, et grand quantité d'archevesques et évesques ; et de l'autre costé de monsieur U duc de Valois, et de tous les princes du sang, et autres seigneurs et barons dudit royaume, en grand nombre, aussy du premier président de la cour du parle- »t«t< (3), et plusieurs conseillers, donna audience publique aux députez des bstatz du botacmk lors illec assemblez (4), lesquels par la bouche d un docteur de Paris, nommé maistre Thomas Brico, firent remonstrer audit seigneur roy, en langage fran^is, comment ils estoient venuz vers luy en toute humilité et révérence, pour luy dire aucunes choses concernans grandement le bien de sa personne, l'utilité et prouffit de son royaume et de toute la chrétiennetc; assçavoir qoe, au mois d'avril en l'an passé (5), il avoit été moult griefvemenl malade, dont tous ceux de son royaume avoient esté en grand soucy, craindant de le perdre, oognoissant les grands biens qu'il avoii faits en plusieurs choses singulières; assçavoir, pour la première, qu'il avoit maintenu son royaume et son peuple en si bonne paix, que par le passé n'avoil esté en plus grande tranquillité, et tellement qu'ils sçavoient que les pouUes portoient le bacinet sur la teste, en foçon qu'il n'y avoit si hardi de rien prendre sans
(I) Dan» la Colteetion des iuu$ çénérmiT, L X, p. m, ceUe relation est Imprimée comme tirée d'un manuMcrU; mala elle «e Iroare, comme Je Tal dit, dam In Lettrée de Ijouie Xll. 1. 1, p. 4s
(fl) Guillaume Briçonnet.
(») Celait iean de Ganney, lequel a été depula cbanceUer de France.
(I) Noos verront pltii loin ce que c'étaient que ces députée du roifaume. Disons seulement Ici qu'nn ne trouvera pas un seul ffrand parmi eux. Remarquons qu'i l'époque de imm. le roi d'Angleterre recevait les députés des communes de la même manière que le fit LouU Xll.
(») L'année commençait alors à l*âques. AlnM. solvant le calendrier reçu aujourd'hui, c'éUll au mois d'avril de l'année ims.
payer ; aussy qu'il avoit quitté sur son peuple le quart des tailles ; secondement, qu'il avoit réformé la jusUce de son royaume et mis bons juges partout, et mcsmement à la cour de parlement à Paris : et pour ces causes, et autres qui seroient longues à réciter, il devoit être appelle le roy Loys douzième. Père du peupU. Et après, ledit Brlco, et tous ceux desdits EsUtz, se mirent à genoux, et dit ioeluy BrU» : « Sire,
• nous sommes icy venus sous vostre bon plaisir pour « vous Eure une requeste pout le général bien de vos- « tre royaume, qui est telle, que vos très-humbles « sujets vous supplient qu'il vousplaUe de donner ma-
• dame Claude de France, votre JUle unlcgue (I), en « mariage à momsieur François, duc de Vahls, icy
• présent, qui est tout François {2\» disant oultre plusieurs belles parolles qui esmeuient le roy et les assistans à pleurer.
Ce fait, le roy appela monsieur le légat, le cardinal de Narbome et monsieur le chancelier. Ils parlèrent un espace ensemble ; après se remit chascun en son lieu, et dit ledit chancelier, par l'ordonnance du roy, à ceulx desdits esUtz : ■ Que le roy avoit bien ouy et
• entendu leur requeste et remonstrance; et que quant « aux louanges par eux à luy données, qu'elles ve-
• noient de Dieu ; que s'U avoit blen/aU, U déslroit en-
• cores de mieux faire; et au regard de la requeste « touchant ledit mariage, qu'il n'en avoit jamais oui
• parler ; que de cette matière il conununiqueroit « avec les princes de son sang, pour en avoir leur « ad vis (3). ■
Le lundy en suivant, le roy vint au mesme lieu où il avoit esté ledit jeudy, accompagné comme dessus,
(0 Madame Renée de France, seconde Slledu roi Loote Xll, n'était pas encore née.
(t) rous tupplient quUi voueplaUe: cette formule répond à la forme prescrite par la charte qui nous gouverne aujourd'hui, lorsque la chambre des députés demande que le roi proptue.
i%) Le roi consulta d'autres que les princes du lang, comme on va le voir.