‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 83 sur 359 · PIÈCES JUSTIFICATIVES. — N* III · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES. — N* III

réservé ceulx des esUtz ; demanda à monsieur le légat ^ et aux aatres, leurs opinions sur la requeste faicte par ceux desditzentatz, savoir, si elle étoit utile et raisonnable pour luy et son royaume. Sur ce fut le premier opinant moHskur l'évesque de ParU, après le premier pr^ident dudit Paris, et de celuif de Bordeaux; lesquels parlèrent bien longuement pour mieux ouvrir leurs esprits et entendement des autres > tellement que tout d'une voix et opinion 8*aceordèrent & ce que la requeste desdits estatzestoit bonne, juste et raisonnable, et par ensemble supplièrent au roy accorder ledit mariage (1).

Le mardy vint le roy comme dessus audit lieu, où furent mandez vers luy lesdits bstatz, ausquelz par son chancelier il fit dire ce que s'enssuit :

« Messieurs, le roy, nostre souverain seigneur, a « parfundément penssé à la requeste que luy fistes

• jeudy dernier passé. Sur quoy il vous fait dire que, « ainsy qu'il a accoustumé de faire en ses affaires, « mesmement en ceux qui touchent le bien et utilité « de son royaume et de ses subgets, lesquels il a fprt

• à cœur, tellement que bien souvent il veille quant

• les autres dorment , parquoy Tavez justement bap-

• Usé Père du peuple; et combien qu'il ne se deffie « point de vous et est bien asseuré que ne luy voudriez « foire requeste qui ne fust bonne et deuément fon- « dée, touttesfois a-il bien voulu mander et convoc-

• quer tous les princes de son sang, les seigneurs, ba-

• roDs et principaulx conseillers de son royaume,

• aussy de la duché de Bretagne, pour leur communi-

• quer la requeste que vous ensemble lui avez faite,

• pour sur ce avoir leur opinion et conseil ; et après

• ce qu*il a eu leur advis, luy ont remontré par plu-

• sieurs raisons évidentes pour le bien et utilité de

• son royaume , ses pays et subgets et de toute la

• chrctienneté, qu'il consente et accorde que le ma-

• riage de madame Claude de France, sa fille unic-

• que, et de monsieur le duc de Valois, se face, non-

• seulement luy ont donné ce conseil , mais luy ont

• d*un commun accord requis et prié ce consentir au-

• dit mariage comme vous autres.

• Et pour ce que le roy, nostre souverain seigneur,

• a tousjours désiré et désire sur toutes choses le

• bien et utilité de ses dits royaumes et subgets,

• et de faire chose qui soit agréable à Dieu et à la

• chrctienneté, après meure délibération s'est libéra- « lement condescendu et condescendent à vostre dite

• demande et requeste, et veut que le mariage se face

• de madame Claude, sa JUle, et de monsieur de Va-

• lois icy présent (1) ; et affin que cognoissiez que le - roy, nostre souverain seigneur, ne veut longuement

• différer la chose, il veut et ordonne que les fian- « cailles de maditte dame safiUe, et de mondit sieur

(I) Voilà rofflc« de la chambre haate dûment rempli. La chambre de» dépuUs propose nne loi; la propo«ltioa paMc à la chambre hanle. SX elle est adoptée . elle passe .i la sanction da roi. Us articles la, I», M et ti de la charte ne disent pas mleui.

(a) VoUà la sanction royale à la salle da vole des deux chambrrs. C'e»l ce qoe veut rartlcle m de la charte : U roi ieul stmctUmne et promulgue les loti.

de Valois se lacent jeudy prochain vepant, pour, après qu'ils seront en leur âge, consommer ledit mariage.

• Et combien que par cy-devant a esté ponrparlé du mariage de maditte dame Claude avec autre (1), toutes fois il n'y a eu chose traittée qui puisse nuire ou empescher ledit mariage, car il n*y a eu que parolles.

« Et pour ce que nous sommes tous mortels, et qu'il n'y a chose plus certaine que la mort, ny plus incertaine que l'heure d'icelle, le roy, nostre souverain seigneur, veut que si le cas advenoit qu'il allast de vie à trespas, sans avoir lignée masculine, que vous promettiez et juriez, et faictes promettre et jurer par les habilans de citez et villes dont vous estes envoyez, selon la forme qui vous sera baillée par escrit^ de faire accomplir et consommer ledit mariage, et obeyrey et tiendrez, ledit cas advenant, mondit sieur de Valois vostre vray roy, prince et souverain seigneur, et que de tout ce envoyerez vos lettres et scillés de chacune cité et ville en dedans la feste de la Magdeleine prochain venant, combien que le roy, avec l'ayde de Dieu , a bon espoir de vivre, qu'il fera consommer ledit mariage et verra les enfans de ses enfans. »

Aprèe ce que mondit sieur le chancelier eust fin)' son propos, ledit docteur Brico pour lesdits estatz commença à dire : « Domine, magnijicasti gentem et

• multiplicasli IxtUiam, et autres plusieurs alléga-

• tions de la sainte Escriture, disant : Vox popuU, vox

• Dei; hxc est dies guam/ecU Dominus et guam expec-

• tavimus, et vevUmus in ea. > Et après ceux desdits estatz se mirent à genoux, et aussi ledit docteur, et dit :

• Sire, nous vous remercions très-humblement, de la'

• part de tous vos subgets, de l'accord qu'il vous a plu

• leur faire ; nous prions Dieu qu'il vous veuille lon- « guement laisser vivre en bonne prospérité et santé,

• la règne, madame voire fille, monsieur de Valois, et « messieurs de votre sang ; et quant a vous envoyer

• les lettres et scellés qu'il vous a pieu nous ordonner, « toutes les citez et villes par lesquelles nous sommes « envoyés sont et seront prests à vous obéir, car il n'y « a villes ny citez qui n'ait un fouet à trois cordons : « premier cordon est le cœur de vos subgets, qui vous

• aiment parfaitement ; le second cordon est force, car « tous en général et particulier sont délibérez de met-

• tre corps et biens en danger pour vous ; le troisième « cordon est muniments de prières et oraisons que vos « subgets font tous les jours pour votre bonne santé

• et prospérité, disant : Vive, vive lerogieX après son « règne luy doint Dieu le royaume de Paradis 1 »

Après ce que ledit docteur eust parlé, monsieur le chancelier alla parler au roi , puis retourna en sa place, et dit en soubsriant ces paroUes ausdits des estatz : • Messieurs, le roy cognoit de plus en plus « l'amour et affection que ses bons subgets ont à luy.

•I) u s'agit Id de Charles. arcliWae d'Autriche, depoU roi d'B»payne, el empereur sous le nom de Lharles-Qolnu

LOUIS XIL

« et vous fait dire qoe s'il vous a e»té bon roy avec « Tatde de Dieu, il se parfoicerade vous faire du biea « en mieux , et vous le donra à congnoistre par effet,

• tant en général qu'en particulier; et pour ce que le

• roy sçait que vous, messieurs, qui eâtes icy pré- 9 sens, estes les principaux du conseil des villes et « citez qui vous ont envoyez devers lui , et que vos- « tre absence pourroit porter préjudice à la chose pu-

• blicque , à cause des affaires qui surviennent de « jour à autre, il vous donne congé de vous en re-

• tourner, et est d'avis que seulement demeurent ung

• de* chascune desdites villes, pour luy dire les

• affaires dlcelle, si aucunes en ont, à quoy le roy

• leur fera boqne et briève expédition. » Lors se leva ledit chancelier, et prit ung livre des sainctes Evangilles, sur lequel tous ceux desdits estatz jurèrent d'entretenir ce qui dessus est dit, et le faire ratifier par lesdits citez et villes.

Le jeudy vingt^uniesme dudit mois de may, le roy et la teyne vinrent en la salle, qui estoit richement parée ; et tost après y fut apportée madame Claude, laquelle le s^gneur infant de Foix portoit sur son bras.

Et avec eux vinrent le 4uc de Valois et tous les princes et barons, aussy madame de Bourbon d'Angoulesme et les autres princesses, et tant desuitte de dames et damoiselles, qu'il sembloit que le royaume de fémynie y fust arrivé.

Lors moniieur le chancelier lut certains articles de traité de mariage, contenant en substance que si le roy avoit lignée masculine ledit mariage consommé, il donnoit audit sieur duc de Valois et à laditte dame, pour son dot, les comtés d'Ast et de Bloys, les selpieuries de Soissons et de Coucy ; et la reyne en ce cas donne à laditte dame Claude cent mil escus ; et au cas que le roy eust lignée masculine, et que celuy qui seroit roy ne voulust recouvrer lesdites comtés et seigneuries, il seroit tenu de donner pour récompense

audit simr duc de Valois (il était lors le présomptif héritier de la couronne), et à laditte dame, vingt mil francs de renie en titre du duché.

Après furent faictes et solemnisées les fiançailles de mondit siewr de Valois et de maditte dame Claude, et les fiança monsieur le légat.

Depuis lesdites fiançailles le roy a fait passer k monstres et en armes les gentilshommes de sa maison, qui fut le lundy en suivant ; et durant ce jour et toute la sepmaine ont esté faictes joustes et tournois, où le roy pour les voir estoit à cheval sur ung grand coursier, soy monstrant le plus joyeux du monde.

D'autre part le roy a pris le serment des princes et barons de son royaume, et pareillement de ceux de Pretagne, dont iceux et chascun par soy a baillié ses lettres et scellés en la forme qui s'ensuit :

« Nous, ete., promettons et jurons Sur nos foys et honneurs, et sur les sainctes Evangilles de Dieu pour ce par nous corporellement touchées, que nous ferons et procurerons par effet, de tout nostre pouvoir , jusques à y exposer corps et biens, que le mariage de madame Claude de France et de monsieur le duc de Valois, lequel il a plû au roy, par le commun ad vis, accord et consentement de nous et de tous les autres princes de son sang, ceulx de son conseil, et les principaux seigneurs, barons, citez et bonnes villes du royaume, consentir, conclure et accorder, se fera, accomplira et consommera incontinent que iceux sieur et dame seront en asge pour accomplir et consommer ledit mariage, et pour ce faire n'espargnerons corps ne biens, mais les y exposerons, comme dit est ; et si le roy, que Dieu ne veuille ! va de vie à trespas sans laisser enfans masies; nous tiendrons et réputerons mondit «f^r de Valois pour nostre roy et souverain seigneur, et comme tel luy obeyrons. En tesmoingt de ce, nous avons signé ces présentes de noslre main, et à icelles fait mettre scel armoyé de nos armes. A Tours, le vingt-uniesme de may quinze cent six. »

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