SUR UNE LETTRE
Que k$ Artistes français gui ont concouru à l'exécution de ToBATOBio d Haydn, ont écrite à ce compositeur ^ en lui faisant hommage d'une médaille d'or.
Au nom de Dieu, messieurs les musiciens, un peu de mesure dans vos expressions ! Nous respectons tous l'enthousiasme qui vous transporte, lorsque vous exécutez la Création du inonde; nous le partageons même, lorsque vous faites l'air, la terre , la mer, la lumière, l'homme, la femme , à grands coups d'archet, de cor et de trombone. Il est juste que chacun de vous soit, dans cette affaire, aussi échauffé que le fut Dieu lui-même, puisque, faits à son image, vous travaillez à son exemple. Mais quand c'est fini, quand vous êtes descendus de la voûte azurée, et remis de votre œuvre des sept jours, vous serait-il égal de parler comme nous, et de ne pas croire que Haydn et vous, avez réellement fait le monde? Eh ! quoi donc, vous nous parlez des merveilles de votre musique , avec plus de pompe qu'aucun poète n'en a mis à chanter la création même 1
Ma foi, messieurs, avec votre médaille d'or, avec votre admibation, votre bespect , votre
ENTHOUSIASME pOUr LE SUBLIME AUTEUR DE l'iMMOBTEl'"* ouvrage de la CRÉATIOn DU
MONDE (c*est-à-dire d'une partition de musique), et pour les traces lumineuses dont il embellit le présent et enrichit i avenir ^ en éten-
dont LES ROUTES immenses de l'harmonie, et en prouvant quelles n'ont pas de bornes^ avec votre enthousiasme et votre respect^ et votre admiration, et votre médaille d'or pour le compositeur Haydn, je ne vois pas ce que vous avez mis en réserve dans vos nobles ftmes,pour les héros qui s'immolent à la patrie , pour les génies qui éclairent l'humanité, et même pour l'auteur de la création et le père de la nature.
Encore une fois, messieurs de la musique, de fa mesure^ de la mesure! Ne dégoûtez pas de l'éloge. C'est la monnaie de l'opinion publique pour les grandes choses, pour les choses utiles, importantes, difficiles, périlleuses. A l'exemple d'Haydn, résen'ez vos cantiques pour les grandes œuvres , et non pour d'autres cantiques. Ne confondez pas tous les genres de mérite et tous les genres de gloire ; et puisque avec vos notes et vos instruments vous savez si bien débrouiller le chaos , t&chez de n'y pas retomber lorsque vous avez la main à l'écriloire.
Je vous salue avec respect,
Jean-Jacques Diapason.
(Journal de Paris, du 6 thermidor ao ix. — 25 juillet 1801).
c'est a qui gâtera lb mieti la uvsiQcm