ATALA
La Critique d'Ataia par le citoyen Morellet^ a le même débit qu' A tala. On en prépare une seconde édition. L'ouvrage fait lire la critique, la critique fait lire l'ouvrage. Le goût , la raison, la sensibilité, se trouvent bien de Tune et de Tautre lecture. Quoique Ton ait voulu faire du succès à^Alala une affaire de parti , et de ses beautés un article de foi; quoique l'esprit de parti ordinairement ne reconnaisse rien de défectueux dans les ouvTages qu'il adopte, il n'est personne qui ose soutenir que les suppressions, les corrections indiquées par le critique , feraient perdre au roman une seule de ses beautés ; ainsi Fauteur pourrait, sans danger, céder aux observations très-nombreuses des gens dont le goût est blessé par plusieurs de ses tours et de ses expressions. Les hommes sensés doivent, au reste, savoir gré au citoyen Morellet de son zèle pour la pureté de la langue , et de son courage à défendre les idées raisonnables. Depuis quelque temps le mauvais goût emploie un singulier stratagème pour se dérober à la critique. Un barbouilleur ne fait pas un mauvais tableau, un poète ne fait pas de mauvais vers, et un auteur dramatique une mauvaise pièce, un comédien ne joue pas de travers une tragédie , qu'à la moindi*e critique dont on ose s'aviser, ils ne s'écrient : «Tout est perdu, c'en est fait du goût; il n'y a plus de sensibilité , plus d'imagination ; la froide raison se mêle de tout, flétrit tout, met partout son scalpel !i> etc. A entendre ces messieurs, il serait presque honteux de s'avouer raisonnable. Eh ! messieurs, si la sensibilité est un attribut de l'homme , la raison en est un autre , également noble, également nécessaire : permettez-nous de n'y pas renoncer, et de croire que tout ce qui n'est pas de bon sens, n'est pas non plus de bon goût.
— Il y a des gens qui , en parlant de Dennéy le libraire qui a mis en vente la critique à'Atala, par André Morellet, l'appellent gaiement le libraire Danné (Damné).
( Journal de Paris , dty( prairial an ix. — 26 mai 1799.)
DELPHIRB.
Sur un article du Mercure xur le roman de Delphine (de madamede Slaél.) 1 1 nivôse an xi. — !♦' janvier 1803.
Nous allons présenter, sans réflexions, quelques phrases extraites d'un article inséré dans le dernier numéro d'un journal longtemps distingué pour l'élégance du style, la finesse et l'urbanité de la critique. Cet article concerne le roman de Delphine.
Le journaliste enseigne d'abord à se défier des femmes dont la prétention est de paraître extrêmement passionnées. Il les donne pour des hypocrites : t Regardez -les, dit -il, elles sont grandes, grosxesy grfmses , Jortes ; leur figure est enluminée de trop de santé.» (P. 71.)
« Ces femmes sont tout bonnement des égoïstes exaltées, caractère ne dans te siècle dernier. » (Page 7i.)
«... On ne dit d'aucune personne qu'elle a du génie, à moins qu'elle, etc. » (itnd.)
a . . . Autrefois on appelait des commères ces femmes insupportables qui veulent toujours dominer la conversation. » {llnd.)
a Une femme tendre n'a jamais qu'un amant; mais les femmes passionnées sont $f{ffttesà recommencer.it (Page 73.)
a J'en suis désespéré pour les dames qui font aujourd'hui des romans; mais elles ont mo'ns de pudeur que les hommes qui en ont fait. » {Ibid.)
a . . . L'imagination du lecteur ne retrouve jamais dans Delphine l'héroïne prinfanière dont on lui avait fait le portrait, n (Page 74.)
a ... Si le nom de l'auteur n'était pas connu, on ne l'aurait certainement pas attribué à une femme qui , quoique née dan» fa finance ^ doit savoir ce qui se passait dans la haute société. » (Page 76.)
a. . • Delphine trouve très -mauvais que Mathilde amène un confesseur à sa mère, quoiqu'elle en ait véritablement besoin. Le prêtre est renvoyé, et Delphine monte à califourchon sur le sublime pour conduire au ciel fdme un peu noire de madame de Vernon. » (Page 78.)
a Delphine a trouvé très-indécent qu'un mari s'emportât en voyant sa moitié dans les bras d'un tiers... » (ibid.)
«Delphine et Léonce.. s^eiUrelacent dam le< bras l'un de f autre. » (fbid.)
«Il est sans exemple qu'un amant^ tel fougueux quon Ip suppose, se permette de refuser le salut à un homme qui.... etc. (Page 79.)
« Il devient indispensable que Delphine perde encore connaissance pour éviter un sacrilège^ et qu'elle tombée malade pour sauver /e matériel de sa vertu, d (Ibid.)
a Que madame de Staël calomnie la religion, c'est son inétier... mais lorsqu'elle />em/... une prise d'habit, qu'elle peigne du moins avec vérité le matériel A^ la cérémonie. » ( Page 80.)
a Delphine est déiste^ et rien n'est si plaisant que sa manière de vivre avec son Être suprêine; ... c'est le plus dtô'e de ménage qu'on ait jamais rencontré. On sent confibien il est aisé de se faire une morale^ qttand on est dfjà en Arrangement réglé avec Dieu. » (Page 8i.)
« Il est permis à madame de Staël de n'avoir point de patrie... , elle est née dans un paijs qui n'est plus... elle n'a jamais eu une patrie q»t'. par illusion. » ( Page 83.)
Gomment un article écrit de ce style se trouve-t-U dans le Mercurt* , à côté d'un morceau signé de la Harpe , et sous la lettre initiale d'un nom cher aux amis du goût et de la décence (I)?