‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 154 sur 208 · IK — MŒURS · texte numérisé non relu

IK — MŒURS

Un patriote curieux, même inquiet, a observé hier l'esprit du spectacle où se rendent en plus grand nombre ces jeunes oisifs qui aflectent une vieille et ridicule élégance ; ces jeunes efféminés dont le menton, emmailloté dans de triples cravates, rappelle le capucinqui, pour jouer avec gloire le rôle de Zaïre, fourra sa barbe dans un étui de taffetas rose ; grands enfants qui, au reste, ne sont pàs la jeunesse française àoninous parlions avant-hier: il s'agit du théâtre de la rue Feydeau. On jouait le Cercle, cette i^etite pièce dans laquelle Poinsinet a passablement réussi à peindre le ridicule de la frivolité. La citoyenne Contât et Fleury en ont rempli les principaux rôles avec la perfection qui leur est ordinaire. Eh bien! rien de ce qui était autrefois en possession d'exciter le rire ou les applaudissements ne les a excités hier; le public a eu du plaisir, mais il l'a dû aux acteurs, et la part d'auteur dans le succès de la pièce a été presque nulle. Que prouve ce changement auquel ne s'atteur daient ni les acteurs ni les spectateurs? A quoi l'attribuer? Vient-il de ce que le ridicule de la frivolité, peu important dans nos ancien* nés mœurs, toujours plus propre à exciter le rire que la risée, toujours ménagé par la frivolité même qui est la grande dispensatrice du ridicule , est devenu tout à fait indifférent depuis que le ridicule du vice est lui-

j même effacé par celui de la scélératesse, que , nous avons enfin le loisir de remarquer et I la force de sentir? Ou bien sommes-nous en droit de dire que la frivolité, attribut de l'esprit noonarchique, ce caractère qui ne saisit I les défauts, les vices, la scélératesse que du côté ridicule , a fait place en nous à ce carac- ! tère grave, solide, et vraiment républicain,flui, non-seulement dans le crime, mais n^me dans les défauts des manières, ne s'occupe ja- I mais que du côté sérieux ! Sommes-nous di* gnes de cette dernière interprétation ?

(Journal de Paris, du 10 ventése^ao m.

— 28 février 1795.)

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