SUE LA DEUXIÈME SATIRE DU POÈTE GAMPAGNF
Voyez, jeunes littérateurs, à quel point la vanité peut dégrader un homme !
Ce pauvre Campagne avait composé, l'an passé, une ridicule satire; il désirait que le Journal de Paris en fit l'éloge; il vint me voir pour me la recommander. Je lui dis qu'elle me paraissait mauvaise; que, d'ailleurs, elle traitait avec injustice un jeune poète dramatique que j'aimais, et dont j'estimais les talents. Croiriez-vous qu'il n'eut pas honte de me répondre ces paroles : « Je ne savais pas que vous fussiez des amis d'Amault. Mais il ne faut pas que cela vous empêche de rendre un compte favorable de ma satire. Comme toute l'édition n'est pas encore tirée, je |H)urrai mettre un autre nom à la place d'Amault. » Je me levai avec vivacité. J'étais indigné. « Cela suffit,
lui dis-je, monsieur; je rendrai compte de votre satire, ou je prierai un de mes collaborateurs de s'en charger. »
Je remis la satire à mon collaborateur sans lui en dire mon sentiment; il en fit un extrait qui fut inséré dans le Journal de Paris, Cet extrait était plein de moquerie pour Campagne. Campagne accourt au bureau du journal ; il demande qui a rédigé l'extrait. Il apprend que ce n'est pas moi, et il ne désespère point encore d'être vanté dans le Journal de Paris. En conséquence , il m* écrit une lettre dans lar quelle il se met à genoux devant mes rares talents, pour obtenir l'éloge des siens, et où , pourtant, il me menace tout doucement de sa prochaine satire, s'il n'oblient pas ce qu'il me demande; de sorte que je resterai un homme de rares talents si je le loue, et que je serai un objet de satire si je ne le loue pas. Mais lisez vous-même sa lettre; la voici : « Je ne puis concevoir, monsieur, d'après la
LITTÉRATEURS
M conduite honnête et Tranche que j'ai tenue « vis-à-vis de vous^ comment vous avez pu a donner entrée dans votre journal à une critî- « que pareille à celle que l'on a faite de ma « satire. Cet ouvrage, sans doute, n'est pas « exempt de défauts y mais c'est une mauvaise « foi impardonnable de dissimuler ses beautés « pour ne représenter que ses côtés faibles, a Je pense que cet article n'a été imprimé dans « votre feuille qu'à votre insu , car assurément d vous n'auriez pas souffert que des vers qui « ont le surOrage des gens de lettres les plus « distingués aient été analysés avec si peu de « de goût. Vous auriez trop senti que cette crice tique compromettait votre journal, et faisait « tort à la confiance que vos rares talents lui a ont acquise.. J'espère donc, monsieur^ que « vous voudrez bien démentir en partie cette a critique. Croyez-moi , il n'est jamais prudent « de se brouiller avec un auteur satirique. En « rendant immortels, par on ridicule, lesmaua vais auteurs qui n'ont pu encore atteindre a la célébrité, je saurai toujours distinguer a ceux qui, comme vous, méritent une place « honorable dans toute critique judicieuse.
a J'aiThonneur d'être, monsieur, avec tous a les sentiments que vous êtes fait pour inspirer, « votre très-humble serviteur.
et J.-V. Gampaons. »
Je n'ai point répondu à cette lettre ; je n'ai point rempli l'attente de l'auteur. En Conséquence, il m'a attaqué dans une seconde satire, ôîi il me refuse non-seulement le talent, mais même la probité. Quel trafic ignoble que celui de louer pour être loué! et quelle basse vengeance que d'insulter un honnête homme parce qu'on n'a pu obtenir ses éloges pour de mauvais hémistiches ! Mes amis, gardez- vous de la vanité!
{Journal d'Économie publique, d^'xit, t. IIÎ, pag. 239, — 20 nivôse an v. — 9 janvier 1797.)
Le citoyen Campagne vient d'écrire à Paul P' une vigoureuse épttre. Elle a l'air d'être en vers, et ces vers, si c*en est ou si c'en sonf, sont très-bien raisonnes. L'intention est fort louable. Il menace Paul des droits de l'homme en ces mots :
Ces droits bravent ta rage ; ils sauront lai survivre.
L'auteur, dans une préface, se plaint avec amertume de l'injustice criante qui a, dit^il^ étoufTé , à cause de vingt hémistiches faibles^ une ancienne satire de lui , où se trouvaient cinq cents vers A^une force supérieure.
{Journal de Paris, du 25 vendémiaire an vui. — 17 octobre 1799.)