‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 173 sur 208 · V. — MODES · texte numérisé non relu

V. — MODES

▼ummBH ANGLAISES.

Les modes sont sujettes aux lois de la végétation. D'abord on en voit le germe; ensuite ce germe grandit, et chaque jour le développement en est sensible. Ensuite la décroissance et la fin. Quand vous voyez de petites boucles aux souliers, de petits boutons aux habits, soyez sûrs que bientôt vous verrez des tableaux aux boutonnières et des boucles de harnais sur les pieds.

11 en est de même des voitures. Il y a trente ans, nous avons vu les caisses à deux pieds de terre; ensuite elles se sont élevées à la hauteur du premier étage des maisons. Et comme des grandes boucles et des larged boutons on est revenu aux grelots et aux agrafes des sandales de capucins, de même les voitures vont redescendre de la hauteur de leurs ressorts dans la boue.

Déjk elles ont beaucoup perdu , en France, de leur élévation ; mais elles vont se trouver à terre tout à l'heure , car à Londres c'est ainsi qu'elles sont maintenant, et l'émulation de la

mode est grande entre Paris et la capitale de l'Angleterre.

Pour accélérer ce grand événement, nous allons publier une lettre adressée au rédacteur du Moming-Post par une dame anglaiise. Cette lettre prouve l'humilité actuelle des voitures; cette humilité, notre vanité ne peut pas se dispenser de l'imiter sans retard, d'autant qu'elle est fort ridicule. Voici la lettre.

a Monsieur l'éditeur, au nom de Dieu, employez tout votre crédit pour faire tomber ces abominables voitures basses qui traînent aujourd'hui dans'les rues de la capitale leurs formes massives et grotesques... Il est absolument impossible, quand on est dans un de ces tombereaux, d'éviter les regards impertinents du moindre batteur de pavé. Dans un char plus élevé, nous pourrions regarder du haut de notre grandeur nos adorateurs, et les voir passer sans être assujetties à la fatigue de leui rendre le salut. Aujourd'hui, si nous faisons semblant de ne pas les apercevoir, ils peuvent aisément, par le geste ou la voix , nous avertir de leur présence. Je vous en supplie, mon

MODES

très-cher monsieur^ délivrez-nous d'un pareil esclavage; en discréditant une mode si détestable^ vous ol>ligerez éternellement, etc. « Lucrétia Lofty. »

l Journal de Paris, du 30 germinal an viii. — 20 avril 1800.)

— Il y a deux ans^ les voitures étaient si élevées que de la portière on pouvait entrer^ sans lever la jambe , au premier étage d'une maison. Aujourd'hui, les voitures sont si basses que la caisse traîne à terre, pour peu que les roues entrent dans une ornière.

— Au lieu de sièges énormes pour asseoir les cochers, on a maintenant de petits sièges semblables à un carricle; de sorte que, pour mener un carrosse, il faut aujourd'hui que le cocher soit en cabriolet.

— On ne rencontre plus aujourd'hui un postillon qui ne vous dise qu'il a été piqueux chez quelque prince; point de piqueux qui n'ait été écuyer de quelque princesse ;- pas un laquais qui n'ait été valet de chambre; point de valet de chambre qui n'ait été madré d'hôtel. Un homme modeste n'ose presque se faire servir.

Mais aussi on entend très-souvent un citoyen un peu riche vous dire, comme un ci-devant prince : Mon écuyer, quand il devrait dire simplement : Mon piqueur; et : Mes valets de pied, quand il devrait dire : Mes domeaiiques. Cette folie n'est pas neuve; Lafontaine a dit :

Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages.

{Journal de Parïs^ du 21 ventôse an x. — 12 mars 1802.)

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