VIII. — MÉLANGES
Un arrêté du 13 fructidor ordonne , en exécution de la loi du 3 brumaire, que, le 1*' vendémiaire, Tanniversaire de la fondation de la République sera fêté dans toutes les communes ; il y aura un programme particulier pour Paris.
En attendant, le Dibbcteub général de l'instruction publique prévient qu'il y aura des courses de chars au Champ-de-Mars; que les concurrents xe fourniront de chars et de chevaux; que la forme des chars se rapprochera le plus qu'il sera possible de celle des chars antiques ; que, pour être admis à concourir, il faudra se faire inscrire, avant le 30 fructidor 9 a la imbsction gbnébalb de r Instruction publique, rue de Grenelle.
Le tout signé : Le directeur qénbbal de l* instruction publique y Ginouené.
C'est au sujet de cet avis qu'un de nos abon*
nés, homme insti*uit, honmie de goût, qui sent les arts, et n'est nijoumaliste ni Morose, comme le suppose la Décade philosophique, s'est plaint, un peu durement à la vérité, de ce qu'on voulait faire rétrograder en France l'art des voitures jusqu'aux chars antiques, qui n'étaient ni solides, ni roulants, ni doux, ni commodes (feuille du !•' septembre 1796). La Décade prétend qu'il est possible de conserver les formes antiques, et par conséquent les roues basses et d'une seule pièce , c'est-à-dire les roulettes des temps où l'on ne savait pas faire une grande roue, et cependant rendre les nouveaux chars plus commodes et plus rotUants. C'est ce que n'avoueront pas les cochers, qui, sans sentir les arts, sentent fort bien les secousses des voitures montées sur des roues basses, et jugent fort bien de la peine que leurs chenaux ont à les traîner.
MÉLANGES
La Décade demande^ au surplus^ 8i le^onrnaliste Morose non-seulement connaît et sent les arts , mais encore s'il aimerait mieux voir du haut de wiskis se casser les bras et quelques tètes; elle ajoute encore une foule de questions à son sujet : Sait-il?.., Croit-il?,.. Connait'ilf... /^rnor^-M/?... Voilà bien du régen^ tisme exercé sur un journaliste qui n'a aucune part à l'article dont il s'agit.
Oh ! qu'un journaliste Morose aurait eu autre chose à reprendre que la forme des chars de course^ dans cet avis du dibectbur génbo BAL^ qui suppose une cinquième roue attachée au char de l'administration publique, et un double siège de direction générale à côté du directoire exécutif y seule direction générale de quelque partie de Tadministration que ce soit. Le journaliste Morose aurait-il été mal venu à demander s'il peut exister dans l'État d'autre signature publique que celle du magistrat dont la place est constituée par une loi spéciale! et si la* direction générale de IHnstruction publi' que n'est pas un petit débris du char antique des abus de l'ancien régime?
{Journal de Paris ^ du 27 fructidor an nr. — 13 septembre 1790.)
{Note de téditeur,) Dans la suite, en relisant cet article, mon père le trouva un peu dur, et y ajouta en marge les mots suivants , qui dénotent son esprit de justice et la t)onté de son cœur : •
<c J'eus grand tort de répondre par une attaque personnelle à M. Ginguené , homme de bien , honune de sens, ami de la liberté , littérateur distingué. J'avais à lui reprocher un peu de morgue et de pédanterie; il fallait m'en tenir à un peu de moquerie.
« Le dernier alinéa est condamnable, et a servi à me prouver que, la plume à la main, on fait, comme avec les fleurets, plus de mal qu*on n'avait voulu. On commence avec le bouton ; on en vient à ôter le bouton ; on prend ensuite l'épée, etc. Pauvre raison ! ■
JACQUES L^iCOURTÉ
ADX PHOFElftTAIBBS DU JOURNAL DE PARIS.
N'auriei-vous pas besoin, citoyens, d'un collaborateur de plus? Je vous offre mes services.
On dit que vous devriez bien prendre couleur ; mais, pour cela, vous n'auriez pas besoin de teinturier, et ce n'est pas à ce titre que je me propose.
Les lecteurs aiment beaucoup les articles de deux lignes : c'est à quoi j'exceUe.
Si, par malheur, il m'en échappait un de six , je le couperais en deux parties, que je séparerais par un autre article.
Je me flatte de mettre tant de papillotage dans un journal qu'on ne puisse pas couper une papillote qui ne porte un sens c(Mnplet
Je suis à tout, je m'introduis partout, je vois tout, je veille sur tout, je dis tout.
Les halles, le palais; les prisons, les salons; Frascati , la Grève ; les carrefours , les ruelles; rinstitut, le Vaudeville ; les conseils , le directoire, tout est de ma juridiction.
Quand on me fait sortir de quelque maison par la fenêtre , j'écoute à la porte.
Je veille sur les mœurs des femmes célèbres, sur la gloire des armées, sur les élections de rinstitut, sur le bon état des statuer et monuments publics, sur les boues et lanternes, sur l'allure des cabriolets, sur l'état du baromètre et du thermomètre, sur la prosodie des opéras nouveaux, sur les factieux qui mettent la patrie en danger, sur le gouvernement qui laisse les factieux en sécurité.
Quand je n'ai rien à dire du présent, je parle de l'avenir. Quand je n'ose parler d'un mal actuel, je parle du mal qui doit en résulter.
Par exemple, si je vois en place, dans les départements, des administrateurs dangereux, je dis : Songez à leur influence sur les élections de germinal.
Si je vois toutes les fortes taxes de l'emprunt forcé ne rien produire , je fais remarquer que les. taxes modérées imposées sur les fortunes médiocres sont les seules payées. Je mets ainsi de la prudence à tout. Je sujs
l'homme qu'il vous faut. Je ne vous coû^ pas cher. Je serai exact. Donnez-moi de l emploi ; cela vous portera bonheur pour le wste de l'année.
Jacques L'ÉcouB-rf.
( Journal de Paris , du 8 vendémiaire an Tiii. — 30 septembre 1799.)
EXTRAIT DES LETTEB8
DE JACQUES t'écorax*
Je n'entends pas comment, dans un p^^ policé, il pourrait être permis à un horr^^ d'annoncer au public que tel jour.
MÉLANGES
heure, dans tel lieu^ il se tuera pour de Targent. Par cette raison , je n'entends pas comment la police de Paris souffre qu'un citoyen annonce que tel jour, en tel lieu, il courra^ pour de l'argent et sans utilité pour le public, le risque de se tuer. Le spectacle de dangers utiles est un spectacle utile, parce que la présence d'un grand nombre de spectateurs ajoute au courage nécessaire pour affronter ces dangers; mais le spectacle d'un danger inutile, tel que celui d*une ascension sans essai de direction, ou d'un vol aérien de haut en bas, tandis qu'il ne peut être utile de voler si Ton ne peut voler de bas en haut, de tels spectacles n'offrent que le scandale de la cupidité , provoquant la curiosité des mauvais cœurs.
(Journal de Paris ^ du 10 vendémiaire ao viu. — 8 octobre 1799.)
On désire impatiemment que TApollon du Belvédère soit enBn exposé aux regards des amateurs. On espère que ses formes et son attitude apprendront à sentir tout le charme de la contenance actuelle de nos jeunes élégants. Sans doute TApoUon a les épaules bien élevées et bien anguleuses, les bras bien serrés au corps, et les coudes bien reculés en arrière, comme des jambes de cigale; car voilà la tournure à la mode.
( Journal de Paris , du 20 vendémiaire an viu. — 12 octobre 1799.)
J'ai vu hier une cotisation à l'emprunt forcé, expédiée par l'administration de Beauvais. Elle porte ces mots : aN..., comme tutrice de son deuxième fils, ex -noble, payera 2,000 fr. b (Somme plus forte que le revenu.) Notez que cet ex-noble est un enfant de six ans, né quatre ans après l'abolition de la noblesse, né dans la république pendant la Convention, dont son père était membre. Ainsi on peut naître ex-nobU! Ainsi l'on taxe comme exnobles les enfants des ex-représentants exceptés de toutes les sujétions qui regardent les ex nobles; ainsi on fait des rôles de nobles pour l'emprunt Carcé, quoique la loi n'en parle pas! Bons et judicieux administrateurs!
(Journal de Paris, du 24 vendémiaire an vui. — 16 octobre 1799.)
VOYAGE SEIfTlMBlfTAL A SAlNT-GBRMAm BN LATB , BT BBTOCm. ^
En passant, hier matin, au marché de la rue Traversière, pour aller prendre une voiture devant les Tuileries, je vis de très-beau raisin de Fontainebleau, et je cédai au désir d'en acheter. On m'en enveloppa une grappe bien dorée dans une feuille de papier imprimé. Je jetai les yeux sur ce papier : c'était une partie de la correspondance de Voltaire et du cardinal de Bernis. Pauvre librairie! voilà comment se fait aujourd'hui le commerce des livres.
— Arrêté à la barrière de Neuilly pour payer le droit de passe, je vis un âne auquel on avait coupé les oreilles, comme à un cheval anglais. Je demandai à la femme qui le menait pourquoi cette mutilation; elle me ré{)ondit gaillardement : C'est qu'il braillait trop. Verl)eux perturbateurs, si cette raison-là allait être trouvée bonne!...
— En revenant ce matin à Paris, j'ai eu la curiosité de voir les prisonniers russes qui sont à la caserne de Ruelle.
En approchant de la grille, je me rappelais ce vers d'Horace, qui était à la mode diems un certain monde , il y a quatre mois, O Rus (ô Russe), ^naïuio te ojrptmm.' Messieurs, ehbien! les voilà arrivés. Vos vœux sont accomplis.
Ils sont environ six cents hommes, car ce sont des hommes; féroces peut-être à la guerre, mais point du tout farouches.
Leur langue parait être fort douce à l'oreille , et, à juger de leur langage par leur physionomie et leur contenance, il est celui de tous les hommes sans lumière. Pour être barbare il n'est pas nécessaire d'être Russe.
Us sont gardés par des hommes de la garnison de Gorfou, qu'ils avaient gardés eux-mêmes, il y a quatre mois.
Nous avons causé avec trois de leurs officiers : ils parient bien le français. L'un d'eux est un très-joli jeune homme, très-poli et très-gai. Il espère bien qu'il aura le plaisir de venir à Paris , et on peut présumer qu'il ne s*y déplaira pas.
Le général Lefevre a ordonné qu'on pourvût convenablement à leurs besoins.
— Combien on voit de choses quand on voyage ! En rentrant à Paris par la barrière des
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Champs-Elysées, j'ai remarqué qu'on creusait des fondations^ntre les deux loges des préposés^ au droit de barrière, à peu près vers le milieu du chemin, de sorte que le bâtiment qui s'élèvera en cet endroit sera juste aligné sur un des deux chevaux de Marly et sur la Henommée du Pont-Toiimanl, comme pour les masquer, a Que va-t-on faire là? ai-je demandé au commis du droit de barrière. — Citoyen , c'est une loge pour les commis de l'octroi de bienfaisance. — C'est dommage, ai-je répliqué , qu'on ne l'ait pas mise juste au milieu du chemin, de manière qu'elle se présentât devant la statue de la liberté. L'impôt est si beau à voir qu'il faut toujours le montrer en face, et jamais de côté. »
(Journal de Paris, du 28 veodémiairc an viii. — 20 octobre 1799.)