‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 21 sur 208 · TROISIÈME EPISODE · texte numérisé non relu

TROISIÈME EPISODE

Questions /dites par V empereur à M, Rœderer sur le royaume de Naples.

{Note de l'éditeur.) J'ai placé à la page 561 du troisième volume de cette collection , une lettre de mon père à l'empereur, en date du ... novembre 1809, par laquelle il lui fait l'envoi d'un travail dans lequel, ev{ reproduisant les questions que S. M. lui avait adressées sur le royaume de Naples, pendant un dîner à Fontainebleau , il y répond avec plus d'extension et plus de précision qu'il n'avait pu le faire de vive voix, sachant quel prix S. M. attachait à des renseignements d'une nature si grave et si importante.

En produisant la lettre d'envoi de mon père à l'empereur, je disais que, pour ne pas interrompre la série des pièces que je publiais , je produirais ce travail ultérieurement. — C'est ici sa place.

Toutefois , je crois convenable de le faire précéder par l'extrait de trois lettres que mon père m'écrivit à ce sujet , soit pour m'en annoncer l'envoi prochain , soit pour me l'adresser lorsqu'il fut prêt. J'étais alors préfet du Trasimène.

« Paris, le 27 novembre 1809.

« J'ai eu l'honneur de dîner avec Leurs

Majestés (à Fontainebleau). Tu te rappelles que je t'ai dit que tu devais diriger ton attention vers la solution de quelques questions générales qui sont les faisceaux d une multitude de questions particulières, et dont la solution est l'expression abrégée d'une multitude d'observations de détail. Par exemple :

RÉPONSES AUX QUESTIONS DE L'EMPEREUR

quelle est la populatiou du pays? quelle est retendue du territoire? dans quels rapports est la population avec le territoire? dans quel rapport a-1-elle été et pourrait -elle être? quels sont les principaux produits du pays^ produits naturels, produits industriels? Le pays fournit-il à la consommation du pays en denrées de première nécessité? y fournit-il en objets de conrunodité et de luxe? où vend-il son superflu? où achète-t-il ce qui lui manque? quel est le caractère général des habitants? sont-ils paresseux ou laborieux? A combien de temps peut-on évaluer le travail journalier de tout ftge et de tout sexe dans le pays? quelle classe est la plus disposée à s'affectionner à la France ? jusqu'à quel point une autre en est-elle éloignée? quels moyens seraient les plus propres, i^ à bonifier le sort des habitants ; 2" à concilier l'affection à Tempereur? quels sont les moyens de commerce qu'a donnés le gouvernement ancien? État des chemins, des canaux, des ports; ce qu'il faudrait ajouter, changer dans ces parties. Quelles lois ou prohibitions peuvent favoriser ou contrarier le commerce ?... Eh bien! toutes ces questions , ou à peu près, l'empereur me les a faites sur le royaume de Naples pendant le diner, en peu de mots, auxquels j'ai tâché de répondre de même. Toute l'administration d'un pays doit aboutir à ces résultats-là. Je ne puis donc te donner une meilleure ins^ truction sur les objets auxquels tu dois consacrer des recherches, qu'en t'adressant par un prochain courrier les questions que m'a faites Sa Majesté, avec les réponses que je rédige en ce moment pour développer, confirmer ou réformer celles que j'ai faites très-brièvement en dtnant. Ce sera un programme de l'empereur lui-même, que tu auras pour guide de tes travaux... »

<t Paris, le 21 décembre 1810.

«Je t'envoie les questions que m'a faites l'empereur. Elles te serviront de programme pour ta préfecture. N'oublie pas que toutes les questions particulières en administration doivent toutes tendre à la solution des questions générales de population et de richesse, parce que c'est ce qui fait la force et ie bien-être des peuples, Vartnée et \bl finance du prince... »

« Paris, le 4 mars 1810.

a Dans 1rs questions queTempereur m'a

faites sur le royaume de Naples, il n'a pas corn-» pris celle-ci : Dans quelle proportion se trou» vent les prolétaires avec les cens qui ont quelque chose? Je te conseille de l'ajouter au programme sur lequel tu dois recueillir des notions. Tu m'as souvent entendu dire que le système de la police générale avait été manqué à Naples, parce qu'on avait transporté dans ce pays, où les| prolétaires sont aux possidenti comme 8 ou iO sont à i , le système français, où ces premiers sont aux seconds conmie 3 à I • On fera la même faute en Espagne , quoique j'aie beaucoup réclamé, dans le temps, près du roi. Il faut la police de Charlemagne et d'Alfred dans des pays où la population est ainsi partagée, et qui sort d'une révolution, ou qui est en révolution. Quand la garde natianaie&'esi formée spontanément en France, au moment de la désorganisation générale, elle n'a pas eu pour objet de renverser le trône, nuiis seulement de conserver les propriétés contre les prolétaires déchahiés par les factions. Dans les pays populeux de l'Italie, anciennement les prolétaires étaient esclaves; on n'avait rien à craindre de gens qu*on tenait sous clef, et qu'on tuait à volonté. Depuis, les prolétaires ont été contenus par le r^ime féodal. Aujourd'hui, tout cela n'existe plus; il faut y suppléer par un système de police qui oblige ceux qui ont quelque chose à répondre de ceux qui n'ont rien; et qui, par la même rmson, soumette ceux qui n'ont rien, sous plusieurs rapports, à ceux qui ont quelque chose (1). J'ai toujours eu en idée de donner sur cela un mémoire à l'empereur ; je suis sûr que de ce côté-là j'aurais été bien entendu. Le roi a eu de bonnes raisons pour se borner à imiter la France en beaucoup de points; mais il faut pourtant se conformer aux circonstances locales, et l'empereur ne le ti*ouverait point mal, tout au contraire.

a Je me flatte que quand Sa Majesté ira en Italie, tu seras en état de lui rendre bon compte de ton département sous tous les rq>ports... x>

(1) (Note de Véditeur.) Ce système est développé dans une pièce intitulée Mémoire sur le partage des biens communaux et sur la police munic^le du royaume de Naples, qui sera insérée, ci-après, dans ce volume.

SUR LE ROYAUME DE NAPLES

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