LETTRE DE M. ROEDBRER AU ROI DE NAPLES, A RAYONNE
Sire,
Naples, le 25 juin 1808.
Le meilleur ministre des finances que pût avoir ce pays-ci serait M. Dauchy, qui possède les connaissances et a le caractère les plus éminemment propres au double service du trésor royal et des contributions , deux parties distinctes, mais qu'il ne convient pas de séparer
Après M. Dauchy, maisà distance, viendrait M. Fréville, qui a les mêmes principes, mais moins de savoir de détail et moins d'expérience.
Parmi les Napolitains, je ne connais que le duc de Carignano de convenable. Mais s'il y a des ministres français dans les autres départements, il défendra mollement la trésorerie. Dans les contributions , il n'aura peut-être pas la fermeté et Timpartialité convenables, étant intéressé à la conservation des privilèges.
M. Zurlo est un homme d'un vrai talent; mais son nom n^est point favorable au crédit.
Un Français sera seul inflexible contre les privilégiés, contre les ministres, contre tous les mendiants de toutes les classes et de toutes les conditions. Un Napolitain fera revivre toutes les vieilles pensions de l'ancienne cour , et emploiera à de lâches faveurs les 140 mille ducats de rente viagère, que votre successeur pourrait appliquer à l'indemnité des moines des premiers monastères qu'il lui plairait de supprimer.
Ges i 40 mille ducats de rente viagère, encore aujourd'hui disponibles, peuvent donner une pension de 120 ducats à 1 1 66 moines dont l'Étal
LETTRES DU ROI JOSEPH
peut s'appliquer les biens. Ainsi, voilà environ vingt-cinq ou trente maisons de moines des mieux reniées qui peuvent demain être réunies sans exciter la moindre clameur, grâce au crédit du grand livre. Tout tient à ce crédit. Qu'il s'affermisse, les moines viendront au-devant des suppressions jusqu'à concurrence des 140 mille ducats de rente, comme ont fait les religieuses de Naples.
Supprimer des couvents dans des pays paresseux par rinfluence du climat, par la fécondité de la terre, ta nK)dicité des besoins, c'est fonder le patrimoine royal sur le patrimoine de la paresse. Le point délicat est de supprimer sans faire crier les parties intéressées en obtenant leur aveu > c'est à quoi Votre Majesté a réussi en fondant ici la caisse des rentes , et en se refusant à donner aux protégés et aux créatures de l'ancienne cour la partie de ces rentes qui est constituée en viager, pour la domier aux anciens sei*vices civils, militaires, et aux moines de qui vous avez réuni les biens.
Ce système. Sire, ne sera suivi que par un Français à Naples.
LBTTRE DB M. ROBDBRER AU ROI DB NAPLES, A BATONNR.
Naples, le 2&juin 1808.
Sire,
J'ai reçu hier la réponse de MM. Hoppe d'Amsterdam, sur la demande que je leur avais faite de nouvelles remises sur Paris^ pour ce qu'ils redoivent encore sur l'emprunt. Cette réponse est du 10 courant; comme je l'avais prévu , sire, elle est à peu près négative : ils me disent :
« Nous pi*enons note de vos iastructions. « Mais nous serons contrariés dans leur exécute tion par la rareté des bonnes valeurs sur laa dite place (Paris), qui est la suite de celle a qui existe sur presque toutes les autres par u la nullité des affaires de commerce et de « change. S'il se présente quelque bonne occaii sion de liquider cet objet, nous nous emprestf serons d'en profiter. »
Après avoir conféré avec M. Falconnet sur cette lettre et l'avoir rapprochée des précédentes, il nous paraît, à l'un et à l'autre , que si MM. Hoppe ont hésité à confier pour le moment leur signature, ils ne révoquent pas pour cela
DE LA REINE JULIE, ETC
la liberté que leurs précédentes lettres m'bnC donnée de tirer sur eux le montant de ce qu'ils redoivent.
En conséquence. Sire, je crois pouvoir faire passer dès c« moment 500,000 fr. à la disposition de Votre Majesté, et pour cet effet je transmets à MM. Baguenault et C assignation de cette somme sur MM. Hoppe, et je charge MM. Baguenault de la tenir à l'ordre de M. Des* landes, sous l'autorisation de Votre Majesté.
Je me hâte de fabe cette disposition, dans la cramte de voir d'autres mains disposer ici de tout, avant que le crédit de votre maison sur le trésor soit soldé.
Voici l'état de ce crédit.
D'après le compte que j'ai remis à Votre Majesté la veille de son départ, il lui revenait pour solde, 467,812 ducats.
Mais Votre Majesté n'ayant pas approuvé la remise de 30,000 ducats supposée faite au ministre de Gallo , et Payant bornée à 1 1 , 1 56 ducats, le crédit de sa maison a été relevé à 486,787 ducats.
C'est donc sur cette sommeqa'il faut compter.
22 mai. Le Trésor royal doit à la maison royak pour solde 186,787
25 — M. Ferri Pisani m'a présenté un bon de 3,102
29 — Ordre du roi de payer à
M. Lucien. 45y4â4 |
24 — Ordre d'inscrire M. de Noya pour D** 3,000 de rente, au compte de SaMajesté 12,000|
24 juin. Assignation sur Baguenault pour 000,000 fr. i 13,636 '
Le Trésor royal redoit à la maison royale. 1 2,595
11 est bien entendu quece compte ne concerne que l'arriéré ; et que pour le courant je dois compléter pour chaque mois la somme de 400,000 ducats , sur quoi point de difficulté.
Je suis avec le plus profond respect, etc.
À If. ROEDEREB, A NAPLES.
Bayoune, le 26 juin 1808.
Si les affaires vous l'auront permis, vous serez parti ou à la veille de partir. Je pense que vous devez venir ici par le plus court chemin. Il sera possible que vous y trouviez encore
LETTRES DU ROI JOSEPH
l'empereur, qui est toujours dans Fintention de vous nommer son ambassadeur auprès de moi. 'Ne laissez aucune affaire en arrière : dès que vous aurez quitté Naples, je ne veux plus rien avoir à y faire pour tout ce dont vous avez été chargé. Voyez M. Macédonio aussi, et terminez tout, absolument tout, d^une manière ou d'autre. Tout ce que vous ferez je le trouverai bon, pourvu que ce soit définitif.
N'oubliez pas de faire retirer les obligations de M. de Gallo : je suis bien aise de lui donner encore cette preuve de mon intérêt ; il est trèsbien ici pour moi.
Est-ce que l'ancienne affaire de Saligni et de Mathieu n'est pas entièrement terminée? Ils prétendent que non. Girardin est toujours malade, il paraît qu'il s'en retourne à Paris.
Votre affectionné,
Joseph.
À If. ROBDKRBB, A KAPLBS.
Bayonne, le 30 juin 180S.
Je reçois votre lettre du 20. Cette lettre ne vous trouvera peut-être pas à Naples. Je partirai bientôt pour Madrid, où je vous verrai bientôt.
Votre affectionné ,
Joseph.
A M. ROBDBEER, A NAPLrS.
Bayonne, le i*' juillet 1808.
Lorsque je vous m écrit de faire inscrire le maréchal Dumas au grand livre pour 4,000 ducats (1), j'ai pensé que s'il se détermine à quitter Naples et qu'il ait des dettes , occasion-
(1) (Note de l'éditeur.) La pénurie des finances n'avait pas permis que la liste civile, réglée à cent mille ducats par mois, soit 5,280,000 fr. par an, fût exactement payée. Le roi, en partant, ne jugea pas convenable de se faire reconnaître créancier du Trésor pour le complément arriéré; mais Sa Majesté en disposa en faveur de ses officiers, sans épuiser le Trésor, en leur assignant des dotations sur le grand livre de la dette publique. Les donataires étaient des généraux français, les colonels de la garde et les aides de camp de Sa Majesté, et aussi quelques seigneurs napolitains.
Cette disposition fut l'objet de grandes plaintes du roi Joachim lorsqu'il monta sur le trône de Naples. On le verra avec détail dans les pièces qui suivront eelta correspondance. (Pages 45 et suivantes.)
DE LA REINE JULIE, ETC. ÎL
nées par les dépenses qu'il a faites nouvellement pour sa maison, à payer, il pourrait le faire avec ce capital. Il doit vendre ses meubles, puisque je laisse les miens au nouveau gouvernement, gratuitement. Ce calcul ne peut pas être le sien : ce qui est convenable pour moi ne Test pas pour lui.
Votre affectionné,
Joseph.
A M. aOBBEREB, À NAPLES.
Bayonne, le 2 juillet ISOS.
J'ai demandé à Témpereur s'il désirait que vous vous rendiez à Paris avant de venir à Madrid ; il vous laisse le maître de faire ce qui vous conviendra davantage. Je fuppose que vous ne serez pas fâché d'y faire un tour après une si longue absence; ainsi, allez-y, pour peu que cela vous arrange, et arrangez-vous pour y rester le moins possible.
Vous aurez disposé les affaires à Naples pour que je n'aie plus aucune queue d'affaires avec ce pays-là.
Vous connaissez mon attachement pour vous.
Votre affectionné ,
Joseph.