LBTTRB DE M. ROBDEBBR AU ROI DE NAPLES, A RAYONNE
Naples, le? juillet i808.
Sire,
Je fais mes dispositions pour partir le 12.
Je suis prêt à me rendre à Bayonne , à Madrid, partout où Votre Majesté voudra.
Cependant, Sire, si je ne pouvais me flatter de vous être utile à Madrid de quelques semaines, je serais nécessaire pour ce temps-là aux affaires de ma famille, aux miennes ; peutêtre ne serais-je pas inutile aux vôtres. Permettez-moi, Sire, de rappeler à Votre Majesté ma position.
Votre Majesté sart combien les chaleurs de* Tété passé m'ont vieilli, et elle avait eu la bonté de me promettre un congé pour le mois de juillet et d'août. Ma santé, mes yeux surtout, ont un pressant besoin des secours et des conseils de Tart. Mes affaires laissées à l'abandon depuis deux ans et demi, celles de mes enfants, qui ont depuis six mois la succession de leur aïeul ouverte à Francfort, demandent quelques
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soins et quelques arrangements. J'ai à^Paris une fille de vingt ans, dont mon absence retarde depuis deux ans rétablissement. Enfin , Sire, permettez-moi de m'en vanter, je n'ai pas le sol avec moi ; il faut que j'emprunte à M. Falconnet de quoi payer mon voyage, n ne serait guère convenable qu'un sénateur à qui Tempereur a donné 55 mille livres de revenu en France, qui en a 40 mille de patrimoine, et à qui il suffit de quelques semaines pour arranger ses finances, arrivât à la cour du roi d'Espagne comme un vieux courtisan obéré.
J'ajoute , et j'aurais dû commencer par là, que si l'empereur est retourné à Paris, Sa Majesté peut trouver mauvais que je n'aie pas demandé sa permission et un congé au sénat pour aller en Espagne.
Cependant, Sire, toutes ces objections s'évanouiraient si j'avais l'espérance de quelque utilité dès les premiers moments de votre arrivée en Espagne. L'empereur me pardonnerait aisément, le sénat me louerait de mon zèle pour Votre Majesté.
Mais , Sire, cette espérance je ne la conçois pas. L'art de la finance n a rien à faire en Espagne avant que l'ordre et la soumission y soient rétablies et que les perceptions anciennes aient recommencé, que des administrations organisées par Votre Majesté soient remplies d'administrateurs nommés par elle. Cela ne peut se faire que par Votre Majesté elle-même , par son courage et sa patience, sa fermeté et sa douceur, en un mot, par son caractère. Votre Majesté a daigné m'écrire, le 17 juin, que les abus existant en Espagne et les réformes à y faire sont les mêmes qu'à Naples , que ce sont les finances de Naples à recommencer. Eh bien , Sire , à Madrid comme à Naples , c'est à Votre Majesté, à elle personnellement, à elle seule , qu'il appartient de jeter les bases des finances. Dans les monarchies, les bases des finances sont le caractère des rois. Comment a commencé la restauration de Naples? Sur quels fondements s'est relevé le crédit? Vous avez commencé, Sire, par rétablir l'obéissance en déployant de la force, en voyageant, en vous montrant où il fallait. Vous avez rétabli les perceptions régulières , et fait cesser des exactions difficiles à réprimer ; vous avez lié des administrateurs aux intérêts de votre service, en leur inspirant de la confiance pour voire
personne : c'est alors seulement que l'industrie financière a pu concourir à vos desseins, et que, secondée par votre caractère, elle a pu fonder l'impôt sur l'abolition des privilèges pour lesquels votre justice a été inflexible; et sur rimpôt, des moyens de crédit que votre fermeté a aussi garantis, même contre ses propres besoins. Ce que Votre Majesté a fait à Naples, elle sera dans la nécessité de le recommencer à Madrid; c'est pour cela qu'avant la fin de septembre je ne pourrais utilement lui remettre sous les yeux ses opérations de Naples en matière de finance.
Si Votre Majesté agréait que je passasse le mois d'août et la moitié de septemlH^ en France, je pourrais travailler pour elle à deux choses : la première, serait de lui chercher et de lui choisir quatre bons conmiis pour travailler soos M. d'Azanza'; carn>« ne se fera, rien. Sire, quelle que soit la bonne volonté du ministre, s'il n'a sous ses ordres des employés qui entendent des détails auxquels il a fallu consacrer ici une partie de mon temps, et pour lesquels j'ai tenu de véritables écoles; la deuxième, serait de me charger de négocier un emprunt en Hollande pour Votre Majesté.
Je serai à Lyon, Sire, du 24- au 30 juillet; j'attendrai là des ordres définitifs de Votre Majesté. Si elle me permet d'aller à Paris , je lui jure d'être le i"' octobre à Madrid. Si elle m'autorise à lui négocier un emprunt, et à enrôler quatre bons employés entendant bien le service d'une caisse des rentes, d'un grand livre, d'une caisse d'amortissement, je la prie de me donner des ordres pour la somme de l'emprunt et pour les traitements à promettre aux employés ; il faudrait promettre 15,000 fir. à chacun, pour avoir des honunes de quelque talent et de quelque expérience.
Quels que soient les ordres que Votre Majesté me donnera à Lyon , je m'y conformerai avec empressement.
Je suis avec le plus profond respect, etc.
P. S. Je joins une collection de toutes les lois et instructions concernant la dette publique.
A M. BOEDEREA, A NAPLES.
BayooDe, lo 7 juillet 1808.
J'ai reçu votre lettre du 25. J'ai disposé des
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440,000 ducats de rente viagère en autorisant la suppression d'une quantité de maisons religieuses^ dont les habitants trouveront à vivre avec les 100,000 ducals que vous avez. Les autres 40,000 sont afTectés à Tordre jusqu'à ce qu'il puisse être dans la possession des biens de Sicile.
L'empereur veut disposer de Ripalda et de quelques autres biens jusqu'à concurrence de 100,000 ducats. U faut donc les remplacer aux créanciers de l'État ; c'est ce que je désire que vous fassiez si vous êtes encore à Napleg. Leur gage restera toujours le même, avec d'autant plus de raison que Ripalda n'a pas pu être vendu.
Votre affectionné,
Joseph.
LKTTRK DE M. BOBDBRBR AU ROI DE IfAPLES, A BAYOISXR
Sire,
Naples, le 14 juillet 1808.
Votre Majesté se souvient de la gêne où se trouva la banque lorsqu'elle renvoya quelques généraux : ainsi je n'ai rien à lui dire en ce moment, où il a fallu pourvoir tant de partants. In garde , la maison de la reine , etc., payer des lettres dechangepour 200,000 francset envoyer à Corfou 200,000 autres fr., etc. ; toutcela dans l'espace d'un mois, sans compter le courant, le départ de deux bricks et d'une députation.
Jusqu'à présent, Sire, les services n'ont point souffert.
Une seule chose est en retard , c'est le départ de cent mulets ou chevaux, et de cent hommes d'équipage et autres que M. de Blaniac a ordonné de faire partir, et pour lesquels il faut 200,000 fr. en espèces qui m'ont manqué.
Je doute que cette marche soit économique, et que Ton n'eût pu épargner quelque chose sur 525,000 francs à quoi se montera le voyage de S. M. et celui des équipages. Mais cela ne me regarde point.
Je comptais cette semaine remettre les choses au courant, et fournir de quoi faire partir les équipages, lorsque j'ai reçu les deux lettres dont j'ai l'honneur de vous envoyer copie.
M. Mollien sait très-bien qu'ayant reçu le subside de quatre mois par avance , Votre Majesté a pensé que cet argent n'avait pas éic envoyé en poste à Naplcs pour Hvo distribue
goutte à goutte au soldat en quatre mois; et • en effet. Votre Majesté m'a ordonné de payer deux mois de solde au lieu d'un mois et demi en avril et mai , afin de faire jouir promptement le soldat de la munificence de l'empereur.
Cependant , Sire, ce subside est entièrement répété aujourd'hui par ordre de l'empereur ; on ne déduit pas même les 250,000 francs correspondant au mois de juin, et il faut que le trésor napolitain restitue sous quinze jours 500,000 francs, outre les 200,000 francs déjà payés il y a trois semaines et envoyés à Corfou. Ainsi voilà une dépense inattentue de 700,000 fr. qui tombe avec tant d'autres dans le même moment !
Je devais partir après-demain; mais puisqu'il y a de l'embarras ici, je ne veux pas m'en aller en déserteur. Je vais faire partir 250,000 francs pour Corfou ; vos équipages partiront dix jours plus tard. Votre Majesté ne m'en saura pas mauvais gré ; voilà tout ce que je lui demande.
J'ai reçu hier le paquet que Voire Majesté m'a fait adresser de Lyon. Je ferai demain sa commission pour M. La Murra.
Je ne sais encore à qui laisser le portefeuille. Le prince Bisignano persiste à refuser. Carignano parti, Nolli parti ou partant, Acquaviva m'a refusé. Macédonio n'est pas aussi bien pour Votre Majesté qu'il aurait dû l'être, et ferait languir la contribution foncière. Je tàlcrai encore M. de Bisignano; s'il refuse, je m'adresserai à M. Miot. ( Plusieurs lignes manquent ici,)
.... Je viens d'assurer celle de l'Académie. — Celle de la caisse d'amortissement est achevée.— J 'ai soldé avec Falconnet tous les comptes de l'emprunt de Hollande. — J'ai soldé avec les négociants le compte de l'abbaye de Trémiti, qui, valant 13,000 ducats, aura été payée 187,000 ducats en espèces. — Je finis demain de solder le mois de juin à Thibault. — Je prendrai sur le crédit de juillet la dépense du départ des équipages. — J'ai fait au prince Gérace une longue instruction pour le payement de l'emprunt de Hollande. — MM. Hoppe m'ont envoyé des lettres de change que je renvoie, attendu l'assignation que j'ai fournie sur eux à M. Baguenault à la dis|)Osilion de Votre Majesté. Ainsi votre départ n'a point troublé leur confiance, et l'assignation sera payée.
Il est temps, Sire, d'envoyer ici des pouvoirs
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ou un roi. Tout va très-bien à Naples, mais i*obéissance et l'impôt molliraient bientôt en province, si Ton n'avait quelqu'un en position d'y tenir la main.
J'ai remis à madame de Gallo les obligations de son mari. Elle a déterré chez je ne sais quel banquier une obligation de 300 ducats, qui était en émission depuis un mois : elle a été la chercher elle-même et me Ta rapportée, et je l'ai échangée.
Je suis avec le plus profond respect , etc.
LBTTaB DB M. RORDRRER AU ROI D£ IfAPLBS, A BATOIfMB.
(Cette lettre est sans date, mais elle est évidemmeDt de 1808 , après qu'on eut connu la constitution donnée au royaume par le roi, en date de Bayonne.)
Sire, Il dépend peut-être de Votre Majesté d Radoucir la position des Français qui sont à Naples. Elle ferait cesser leur anxiété en obtenant de l'empereur que les hommes de talent, de science qui mériteraient d'être citoyens de Naples, ne perdissent pas pour cela le droit de cité en France. Le talent, le savoir, la vertu, étant nécessaires à tous les pays, pourquoi ne seraient-ils pas des titres de cité pour tous les pays? Je me persuade que c'est l'intention de Votre Majesté de ne rien faire perdre à des hommes dont Tacquisition sera un avantage pour le royaume de Naples ; et peut-être ne fais-Je qu^exprimer un sous-entendu du statut constitutionnel dont tous les Français de quelque mérite se plaignent. J'ai pris sur moi de l'interpréter ainsi à plusieurs qui m'offraient leur démission. Les militaires ont pris parti pour le civil dans cette affaire. On accuse le marquis de Gallo de vous avoir sollicité de faire ce statut. D*autres y voient moins les adieui du roi de Naples , que les adieux forcés du prince français. Cela, quoi qu'il en soit, rend nos derniers moments ici fort pénibles. Et, bien que la joie des Napolitains ne soit, peut-être, pas aussi générale que le marquis de Gallo a pu le croire , et qu'elle ne se montre avec indécence dans aucun, il suffit aux Français de penser qu'elle est au fond de l'âme du grand nombre, pour qu'ils souffrent beaucoup.
A M. ROBDBRBR, A NAPUES.
Madrid, le 24 juillet 160«.
Je reçois votre lettre ; vous ferez bien, monsieur, d'aller passer les chaleurs à Paris, et de voir l'empereur avant de venir ici.
Agréez mon attachement.
Votre affectionné , Joseph.
A M. ROEDBRER, A PAR».
Yittoria, le 29 septembre 1808.
J*ai reçu votre lettre, monsieur. Je n'ai pas encore de nouvelles que Sa Majesté l'empereur ait donné d'ordres pour que vous veniez en Espagne, comme il m'avait autorisé à vous récrire de Bayonne, comme je fis. J'ai reçu une lettre de votre fils de Naples : quels qpe soient vos projets sur lui , si vous pensez qu'il poisse ^re convenablement près de moi, vous pouvez me l'envoyer; mais consultez en cela son goût, et ce qui est plus convenable pour son sort futur et la vie à laquelle vous le destinez.
Agréez, mon cher Rœderer, ma sincère amitié. Nous sommes assez bien ici ; les ennemis viennent d'être culbutés partout où ils se sont présentés.
Votre affectionné,
Jossm.
A M. ROBDBRBR ^ A PARIS.
Yittoria, le i*' octobre 1808.
Je profite du départ de M. de Girardin pour vous donner de mes nouvelles. Je suis encore à deviner les raisons qui ont engagé l'empereur à faire envoyer des lettres de créance à M. Laforest, après m'avoir autorisé à vous écrire qu'il vous destinait cette mission. Je conçois encore moins pourquoi il vous refuse la permission de porter Tordre des Deux-Siciles ; à son arrivée ici j'espère être éclairé là-dessus, et me trouver dans le cas d'éclairer la religion de Sa Majesté Impériale, si elle a été surprise par quelque intrigant haut ou bas.
L'année est refaite, réorganisée , en état d'agir vigoureusement; je me porte bien, vous regrette et vous aime beaucoup.
Girardin vous dira mon opinion sur votre fils Antoine , si vos projets ne sont pas de le fixer en France , et s'il est disposé à s'en éloigner
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tout à fait ; car j'avoue que les positions mixtes, comme celle de M. de Girardin par exemple , sont fort embarrassantes pour lui et pour moi. J'ai reçu, il y a quinze jours, votre longue lettre, que j*ai trouvée bien courte : aviS au lecteur.
Girardin voit en noir sur l'Espagne.
Votre afTectionné ami,
Joseph.
LBTTRB DE If. SOBDEHBR AU ROI D*B8PAGlfE.
Sire,
Paris, le 1^ novembre 1808.
J'ai rhonneur d'adresser à Votre Majesté , !• le récit de Taudience que mon fils a eue du roi de Naples le 16 septembre; 2* la copie de la réponse que j'adresse à Sa Majesté (I).
Si j'en juge par ce qu'il m'en a coûté pour surmonter les mouvements qui m'emportaient en écrivant cette lettre, elle est parfaitement respectueuse ; c'est ce qu'elle doit être.
L'empereur ne m'ayant pas accordé la permission de porter la décoration que Votre Majesté a daigné me donner, je me vois toujours réduit à craindre que Naples, et Paris même, ne me tiennent pour condamné par Sa Majesté Impériale sur les accusations de votre successeur, et j'invoque de nouveaux témoignages de votre bonté près d'elle.
M. de Girardin m'a remis la lettre que Votre Majesté a daigné m'écrire, et m'a rapporté ses dispositions pleines de bonté pour mon fils Antoine. Agréez-en ma reconnaissance ; mais , Sire, n'espérant pas que ce jeune homme pût être utile à rien dans un pays dont il ignore la langue, et où l'établissement des Français est un grand embarras pour Votre Majesté , j'avais demandé pour lui à l'empereur, avec l'approbation de la reine, une charge de maître des requêtes, croyant qu après avoir été quatre ans auditeur et deux ans administrateur de la contribution foncière à Naples, et étant âgé de vingt-sept ans, il pouvait espérer de passer pardessus les sous-préfectures.
(1) {NotedeVéditeur.) Les deux volumineuses pièces dont il s'agit ici seront placées à la suite de cette correspondance, pour ne pas en interrompre le cours. La lettre suivante du roi termina cette affaire, dont nous n'entendîmes plus parler ; et lorsque le roi Joachim vint à Paris quelqne temps après, il accueillit fort bien mon père.
Nous nous sommes flattés que Votre Majesté consentirait qu'il conservât le titre de son chambellan comme roi de Naples, et je lui demande cette foveur.
Daignerez-vous, Sire, protéger les intérêts du fils et ceux du père au|»*ès de l'empereur? Mon fils établi et ensuite marié, il ne me restera plus d'autre désir à satisfaire que celui d'aller quelquefois à Madrid faire ma coiu* à Votre Majesté, et mettre à ses pieds mes hommages d'étemel respect et d'étemelle reconnaissance.
En marge de cette lettre, U note suivante est écrite de la main de M. Rœderer :
« 9 novembre lt)08. Lettre du roi d*Espagne Joseph en réponse à la communication que j'eus Thonneur de donner à S. M. de ma lettre au roi de Naples Joachim en date du 1" novembre 1808. »
A M. LE SÂNATBVB mOBDEEBm, A PASIS.
Vittoria, le 9 novembre 1S08.
Je reçois votre lettre du !•' du courant; j'ai été bien aise d'apprendre par vous-même, le parti que vous prenez pour votre fils; je ne suis pas injuste, et je conçois que Ton préfère son pays et sa famille à l'Espagne, surtout lorsque l'emploi que j'offre n'est pas assez important pour que mon bonheur doive en dépendre. M. de Girardin est moins raisonnable que vous (1) , aussi il ne sera pas aussi content de moi que j'espère que vous le serez , vous et votre fils, parce que vous êtes raisonnables et qu'il ne l'est pas ; on ne peut pas habiter le même jour deux pays séparés par les Pyrénées.
Votre lettre au roi Joachim est bien écrite, et je l'avoue. // tttnpo è galant uotno ; les Napolitains sentiront que ce proverbe est juste.
Les gens de votre trempe ne doivent pas s'affecter des jugements des sots et des fnpons ; et j'ose dh*e que vous devez être fier de mon
(1) {Note de l'éditeur,) Pour comprendre ce que dit ici le roi, il faut lire, au tome II des Mémoires de Girardin, le récit qu'il fait de la conversation quMl eut à Madrid, à cette époque, avec le roi, qui désirait le conserver près de lui comme premier écuyer, titre quUl portait depuis la formation de la maison de S. M. en France, comme prince français. Mais Girardin prétendait n'avoir personne au-dessus de lui dans la maison du roi d'Espagne. Il voulait être grand écuyer, et le roi voulait pour cette charge un grand d'Espagne : de là la rupture.
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estime comme je le suis de votre amitié. Vous êtes fait pour apprécier les jugements des hommes qui vous ressemblent. Sceptres , bâtons, mitres, etc., ne grandissent pas plus un pauvre sire que les talons rouges de défunte mémoire. Dites toujours à MM. Lacépède, Lagrange , Monge, etc., que j'estime plus leur opinion que toutes les grandeurs que Taveugle hasard donne, et que je partage avec tant de pauvres princes de tous les siècles. L'empereur envoie aujourd'hui Tautorisation à M. de Lacépède pour que vous portiez Tordre que j'ai institué. J'espère que vous viendrez me voir, et que je vivrai assez pour vous témoigner combien je vous estime et combien je sais vous distinguer des bas fripons, la honte de tous les partis, que Tempereur connaît comme moi.
J'ai eu une longue conversation avec Tempereur sur votre compte. Je lui ai dit tout ce qu'il devait savoir sur Naples ; son œil d*aigle a tout vu en un instant. Vous savez que je l'aime assez pour avoir été content du plaisir qu'il a éprouvé à rendre justice à un homme que j'aime et qu'il estime aussi bien véritablement. Les hommes en place sourient quelquefois aux intrigants , mais ils n'aiment que les honnêtes gens. Le soleil échaufTe aussi le serpent; il féconde surtout les plantes bienfaisantes. Votre affectionné ami ,
Joseph.