EXTRAIT DES AFFICHES DES ÉVÉCHÉS ET LORRAINB, DU 8 SEPTEMBRE
Suite de la séance publique de la Société royale de Metz.
• . M. Rœderer a terminé la séance par la lecture du Prospectus d'un Musée, sous la
direction de la Société royale; et par Téloge de M. Pilatre de Rozier;
Nous nous proposons de donner dans ces feuilles un extrait des différents ouvrages dont nous venons de parler, ainsi que le prospectus du nuisée. Nous croyons devoir commencer par V Éloge de M. Pilatre de Rozier ^ que son peu d'étendue nous permet de rapporter en entier. Le pifUic a déjà prononcé sur ce discours d*une manière flatteuse pour Fauteur : cependant^ en ToiTrant à la lecture^ nous croyons devoir annoncer un fait dont nous sommes instruits: c*est que M. Roederer n'a eu qu'un temps très-court pour le composer, et qu'il le regarde plutôt comme une esquisse des principaux traits qui poun*aient ser\'irà l'éloge de notre compatriote^ que comme son éloge même. Il avait été chargé par la Société royale de demander à Paris des instructions sur les travaux de M. Pilatre de Rozier, pendant ses dernières années ; mais tous les papiers de ce jeime savant étaient sous les scellés^ et ces scellés n'ont été levés que le i 4 août; de sorte que M. Rœderer n'a reçu que cinq jours avant la Saint- Louis^ les matériaux dont il avait besoin^ et quMl n'a pu en faire usage : if n'a même composé à la hâte le morceau qu'on va lire, que pour épargner à la Société •royale le regret de voir passer la séance publique de la Saint Louis, sans avoir jeté quelques fleurs sur la tombe du jeune Messin, dont les sciences déplorent la perte.
Pour entendre le début de Tauteur, il faut ne pas {)erdre de vue que la lecture de l'éloge dont il s'agit, a suivi immédiatement celle du prospectus du musée.
thOQE DE M. PILATRE DE ROZIER (1).
La Société royale se fait un devoir de déclarer qu^en formant le projet du musée qu'elle propose au public, elle a pris pour modèle, en plusieurs points, le musée institué dans la
(I) {NoUde VédUeur.) « PUatre de Rozier (J.-Fr.), né
à Metz en 1758, mort en 1785 Enthousiaste de la
découverte de Montgolfier... il fit plusieurs ascensions en aérostat, et tenta enfin de franchir la Manche en ballon, en y employant un procédé nouveau. Il s'éleva de Boulogne le 15 juin 1785 ; mais le feu prit à iTaérostat, et il périt.» (Extrait duDicfionnaire unimsel de Bouillct)
capitale par M. Pilatre de Rozier. Elle annonce aussi qu'elle a résolu de placer le buste de ce jeune savant dans la salie qu'elle destine à la lecture. Elle croit devoir cet honneur au fondateur du premier musée établi en France, à la première victime de l'aérostation. Elle se plaît d autant plus à le lui décerner, que sa naissance dans les murs de cette ville , fait de lui un objet d'affection particulière pour les Messins. Le nom de M. Pilatre doit d'ailleurs être toujours cher aux sciences par l'étonnante passion qu'il montra pour elles, par le prodigieux courage et la rare aptitude qu'il porta dans leur étude, et enfin par son généreux dévouement pour leur avancement et leur gloire.
La Société royale s'était empressée, dès 1783, d'encourager les talents qui se développaient en lui, en l'adoptant au nombre de ses membres; elle Taura été également de consacrer sa mémoire par un monument public, et par là elle aura vengé Metz du reproche qu'o» fait à tous les pays, de méconnaître le mérite des hommes qu'ils ont vus naître; et de cet autre, particulier aux habitants de cette ville, de n'avoir pour les sciences qu'une froide estime.
Qu'il me soit permis de hasarder quelques réflexions sur les droits de M. Pilatre aux regrets de son siècle et de la postérité.
J'avouerai d'abord sans peine qu'il n'a pas occupé un i*ang entre les savants du premier ordre : mais je crois pouvoir ajouter qu'il ne lui a manqué que de vivre encore quelque temps pour l'obtenir, et emporter la reconnaissance publique qui balance à se déclarer.
Des expériences faites avec autant de courage que de sagacité et d'attention, avaient découvert à M. Pilastre les véritables qualités du gaz méphitique, et lui en avaient fourni une théorie nouvelle qu'il avait rédigée; j'ai vu, l'hiver dernier, entre ses mains, des épreuves de son ouvrage dont le gouvernement a ordonné rimpression, et qui sans, doute ne tardera pas à paraître. Il avait imaginé aussi un masque propre à préserver de tout danger les hommes contraints à se plonger quelquefois dans ce fluide empoisonné. Le temps n'a pas encore prononcé sur ces découvertes; mais quelque peu d'importance qu'on puisse y attacher, du moins elles attesteront toujours l'intrépidité, le zèle et les vues de M. Pilaire.
11 est peu d'hommes qui aient le pur amour
des sciences; c'est à la gloire des savants qu'on aspire presque toujours: elle est ordinairement le but des travaux, l'objet des recherches;M. Pilaire a été du petit nombre des âmes vraiment nobles , fortes , qui aiment les sciences pour elles-mêmes. Il n'était sans doute point insensible à la gloire , mais il semblait n'en vouloir que pour la rapporter aux sciences, et donner plus d'autorité aux découvertes utiles qu'il se sentait capable de faire ; il n'en voulait que pour disposer Tattention publique à les recevoir et à les accueillir. Il avait reconnu que les découvertes utiles, mais peu brillantes, sont longtemps négligées, que le public est tardif à en prendre possesssion, à moins que leur auteur ne leur attire les regards par un nom imposant; et qu'ainsi, l'intérêt des sciences elles-mêmes contraint à l'ambition de la gloire ceux qui leur rendent le culte le plus désintéressé.— a J^ai fait, me disait-il un jour, des expériences importantes sur les gaz, j'ai inventé un masque antiméphitique ; je suis resté ignoré., et ma découverte a été négligée. Maintenant que j ai navigué dans les airs, j'ai des honneurs et des pensions, et l'on daignera peut-être profiter de mon utile invention. »
M. Pilatre veillait davantage aux intérêts des sciences qu'à ceux de sa renommée; il calculait souvent jusqu'où pouvaient aller ses découvertes, jamais jusqu'où pouvait aller sa gloire ; il savait bien où il y avait une vérité importante à conquérir, mais non où il y avait des suffrages à se concilier. Tous ceux qui ont vu de près M. Pilaire confirmeront ce que j'en dis; ils n'auront sûrement pas oublié Taimable et franche modestie de ce jeune savant; elle était mêlée à la plus intéressante candeur, elle était celle du talent qui s'ignore, du mérite inoccupi^ de lui-même. Il ne courait point audevant des éloges ; il ne les fuyait pas ; il les recevait sans en être enivré et sans en rougir : tels sont sans doute les caractères de la modestie, car la rougeur de l'homme qu'attaque la louange décèle un orgueil qui veut se dissimuler et qui perd contenance ; comme la fuite de ceux qui semblent la craindre n'est souvent qu'un raffmement de vanité , ils ne se déro- Ijont aux regards que pour qu'on remarque qu'ils s*y sont dérobés ; ils ne se cachent que pour qu on voie qu'ils se sont cachés ; rarenwni nu*me n'ont-ils pas eu soin de s échapper
au moment ou ils étaient les plus sûrs d'être aperçus. L'homme vraiment modeste craint surtout d'attirer la buange sur sa modestie.
L'été dernier, Paris et Versailles ont vu M. Pilatre donnant à un souverain étranger le spectacle de la plus belle expérience aérostatique qui eût encore été faite, réunissant sur lui les regards de la famille royale, honoré, comblé de ses attentions les plus touchantes et les plus flatteuses; il embrasse tendrementsesamîs en s'élevant aux nues, et il redescend tendre au milieu d'eux. Je l'ai vu dans sa gloire, comme nous sommes dans la vie commune ; pourtant cette gloire était sa première, et il n'avait pas encore trente ans.
C'était vraiment pour l'honneur de l'aérostation que M* Pilatre hasardait sa vie. J'ai toujours été frappé d'une expression qui se rencontre dans le rapport qu*il a publié de l'expérience du mois de juillet 47^4; elle m'a paru découvrir la véritable situation de son àme pendant sa course aérienne. — o Je fus longtemps, dit-il, au-dessus d'une longue chaîne de nuages, mais je sortis enfin de cette scène ennuyeuse, n — Ennuyeuse! Un honune frappé d'ennui au-dessus des nuages ! Il n'est donc pas vrai que cette élévation , si peu faite pour l'homme, lui procure des plaisirs inconnus et des délices nouvelles? Il n'est donc pas vrai que la situation de l'Ame .dans ces navigationssoit une extase, comme on Ta dit? Ces jouissances tant exaltées ne sont donc que celles de l'amour- propre, et leur peinture n'est qu'une exagération ou un mensonge de la vanité qui vante ses propres plaisirs? M. Pilatre, dont les récits furent exempts de cette exagération, le fut donc de la vanité qui en est le principe chez ses rivaux. Il ne cherchait donc que la gloire de l'aérostation ou ses progrès.
Ah ! s'il était possible au moraliste de connaître la situation de Tàme de tous ces navigateurs pendant la durée de leurs voyages , comme il l'est au physicien de connaître Tétat du baromètre à différentes hauteurs, on ne tarderait sans doute pas à constater que, dans le monde physique conmie dans le monde moral , la plupart des hommes qui s'élèvent dans une sphère supérieure à celle où ils ont été jetés , n'ont d'autre plaisir à attendre de leur élévation que celui d'être montés aux yeux de leurs égaux, et de descendre plus grands au
milieu d'eux. M. Pilaire nous a dit leur secret.
Le signe auquel on peut le mieux reconnatire si un savant aime les sciences ayant les honneurs^ c'est l'afTection qu'il éprouve en apprenant qu'un rival lui enlève la gloire d'une découverte qu'il poursuivait lui-même^ ou a triomphé d'une difûculté qu'il tâchait de surmonter. Qu'on juge M. Pilatre sur cet indice, on reconnaîtra bien la pureté de Tintérét qu'il donnait à l'aérostatîon. Depuis deux mois, il attendait à Boulogne un vent favorable pour passer en Angleterre, dans son ballon, lorsque M. Blanchard lui enleva Phonneur d'avoir, le premier, franchi la mer sans y toucher. M. Pilati*e vole à l'endroit de sa descente ; il est le premier à le féliciter. Il revient avec lui à Paris dans la même voiture; il l'annonce et rinstalle pompeusement dans son musée ; il inscrit son nom dans le tableau des fondateurs de cet établissement ; en un mot , il rend les plus grands honneurs à M. Blanchard, et se montre envers lui tellement supérieur à l'envie , que peut- être il mérita de lui en inspirer.
La passion de M. Pilatre pour les sciences, ne fiit pas le seul titre de succès qu'il trouva en lui-même. Son courage prodigieux, était une autre qualité qui lui présageait la plus grande gl(Mre. Ce n'était point ce courage du cœur, qui se précipitant à travers les dangers, évite leur aspect par sa rapidité même, mais ce courage d'esprit qui considère les périls de tout près, qui les soumet au calcul, qui eu mesure toute ïimminence y et qui s'y expose tranquillement, les étudiant même encore au moment d'y succomber; en un mot, ce courage qui appelle autour de la témérité, et semble lui soumettre la prudence, la raison, la sagesse, et toutes les qualités qui la condamnent. C'est de cette espèce de courage que les sciences ont besoin; quelques savants en ont donné l'exemple, mais aucun n'a porté ce mérite aussi loin que M. Pilatre ; et nous n'aurions peut-être ni Pémétique, ni l'inoculation, si ceux qui ont fait ces utiles présents à l'humanité, avaient été obligés d'en faire sur euxmênies les premiers essais.
C'était une chose étonnante que la tranquillité d'esprit qu'annonçait la contenance de M. Pilatre dans toutes ses entreprises. Toutes ses facultés étaient présentes et libres aux expériences les plus périlleuses : il faisait de la
manière la plus simple les choses les plus extraordinaires : son âme ne sembla jamais exaltée : jamais l'enthousiasme ne parut l'avoir gagné : on voyait que son courage empruntait toute son énergie de sa raison et de son caractère. Quand il descendait dans des cuve3 remplies d'air méphitique pour épiei* l'action de ce poison sur lui-même, on eût dit qu'il allait l'observer sur un objet indifférent. Il faisait, il ordonnait toutes les dispositions de ses voyages aériens comme si c'eût été un autre qui eût dû les faire : au moment de son départ, il veillait encore sur tout ce qui l'environnait, et personne ne travaillait pour lui qu'à son commandement; en un mot, il s'élevait dans les airs comme pour aller se bercer dans les nuages.
Enfin, la préparation de l'esprit de M. Pilatre n'était pas moins favorable que son caractère à son essor dans les sciences. Une des qualités de son esprit était de bien réduire ses idées : c'est par le talent de bien réduire ses idées qu'on les met à l'aise dans l'entendement, qu'on leur fait gagner de l'espace, qu*on leur procure du jeu entre elles; tandis que les idées mal dirigées se gênent, s'embarrassent, se croisent dans les plus larges têtes, qui souvent se trouvent ainsi surchargées de richesses dont le jugement ne saurait disposer.
Cette qualité de l'esprit de M. Pilatre, lui venait de la manière dont il avait étudié: il avait passé ses premières années, occupé aux travaux de la pharmacie , chez M. Thirion; et alors c'était, pour ainsi dire, à la dérobée, qu'il prenait dans les livres de ce chimiste quelques notions de physique et de chimie (1). A mesure que ces idées entraient dans sa tête, elles y prenaient forcément un long repos , et s'y dégageaient de tout accessoire inutile; ensuite, elles s'y déposaient lentement, elles s'y plaçaient, s'y établissaient à l'endroit oii elles y occupaient le moins d'espace, et dans la position où elles donnaient aux idées voisines et en recevaient le plus de force et de lumière : ce n'était qu'après cette disposition qu'il en recevait d'autres auxquelles la méditation l'avait déjà préparé , et qui venaient ensuite comme d'elles-mêmes
(1) Je ne parle ici que des premiers temps que M. Pilaire a passés chez M. Thirion ; car dès que ce savant eut remarqué les dispositions de son élève, il l'encouragea et favorisa son développement.
se ranger à leur place, prendre possession de son esprit et s^y fixer pour jamais.
Depuis longtemps M. Piiatre recueillait les fruits de cette façon d'étudier : chez lui une connaissance nouvelle était aussitôt dirigée qu'acquise ; il lui était redevable aussi d'une élocution nette et facile , et d'une méthode de démonstration très-lumineuse : car on a beau distinguer le don de la parole de celui de la pensée, le discours n'est embarrassé que chez ceux dont les idées sont en désordre.
Telle était la préparation de M. Piiatre aux grands travaux et aux grands succès; telles étaient, pour l'agrandissement des sciences, les dispositions de cet homme heureusement organisé. On ne peut y méconnaître une puissante force d'ascension vers les hautes découvertes; et si les espérances que donnait M. Piiatre ne sont pas seules des titres à Fimmortalité, sa catastrophe lui a sans doute acquis le privilège d'obtenir les regrets dus aux talents reconnus. Sa gloire doit recevoir quel-* que accroissement de son malheur, et emprunter quelque chose de l'intérêt que sa mort inspirera toujours. Une grande estime pour M. Piiatre doit se mêler éternellement à leffroi que causera le souvenir de sa chute, et aux larmes que coûteront aux siècles les plus recU"!lés, cette première expérience d'une nouvelle et terrible manière de mourir.
EXTEAIT DOI«« LETTHB DB M. ROBDEBEft A ^, LE COMTE DB CABAMAIf, LlEUTEIfAIfT GÉNÉRAL, A METZ.
« ... Hier, à une séance publique du musée de Paris, qui s'est réuni au premier musée de M. Piiatre de Rozier, au Palais-Royal, nous avons eu un spectacle intéressant. La séance commença par un long et ennuyeux discours, pendant lequel le public eut le loisir de remarquer, entre les membres du musée, rangés devant une table, une petite figure noire montée sur un corps de quatre pieds de haut, la tête moutonnée en laine bien crépue; derrière elle était une autre personne inconnue, qui lui parlait de temps en temps. Le président du musée lui adressait aussi, de temps en temps, la parole avec un air de respect... C'était un roi d'Afrique âgé de vingt ans. couronné de-
puis un an par son père, reconnu par ses peuples, et ensuite envoyé en Europe sur un bâtiment français qui était allé sur les côtes d'Afrique pour y commercer. C'était le capitaine de ce vaisseau qui se trouvait derrière le monarque : il s'appelait LandolfT. Nous apprîmes tout cela par un mémoire que lut M. Moreau de Saint-Méry, sur les États d*Ouaires , voisins du Bénin. Ces premiers sont ceux du prince. Les auditeurs furent vivement touchés du ré cit d'une circonstance de son voyage. Le capî taine Landolff tomba à la mer : les matelots avaient à peine aperçu cet accident, que déjà le jeune roi d'Ouairei était à la nage , et tenait par les habits le navigateur à qui il était confié. Mais les femmes rirent beaucoup d'appren • dre que, tandis que Sa Hautesse les contemplait au musée de Paris, cinquante femmes bien belles et bien noires, soupiraient de son absence au fond de son si^rail. Quelques instants après ce récit , on fit des expériences d'électricité; le prince les vit avec étonnement, mais avec intelligence.
a Est-ce que l'Afrique voudrait aussi se mêler d'avoir des lumières, et que les connaissances de TEurope seraient destinées à percer dans cette dernière retraite de la barbarie? Il me semble, M. le comte, que nous pouvons espérer cette révolution , et sa probabilité*fait regretter de n'être pas venu au monde cinquante années plus tard : nous aurions peut-être vu l'Amérique gouvernant l'Europe , et l'Afrique cessant de vendre des hommes, que, jusque-là, nous ne cesserons pas d'acheter. Si la raison est destinée à faire le tour du monde , ce sera sans doute à la suite des princes : et malheur à ceux qui resteront accroupis dans leur luxe et leur mollesse!
«M. Piiatre de Rozier a fait, dans la précédente séance publique, une expérience qui prouve que le gaz inflammable n'est point un poison. Il en a avalé deux pintes, qu'il a expirées ensuite, et qu'il a enflammées à la sortie de sa bouche. — Cette expérience lui a donné lieu de se plaindre d'un professeur de chimie de Metz, qui avait nié la possibilité d'avaler du gaz inflammable. Il l'attend pour la lui prouver.
« Paris, le . . . décembre 1784. •»
• DES PERSONNAGES AVEC LESQUELS
POISSON ET LAGRAKtiE.
Les papiers publics ont parlée il y a quinze Jours, de la sanction donnée par Tiliustre Lagrange à une méthode qui lui fut proposée |>ar un élève de l'École polytechnique; mais nous n^en avons rien dit, parce que nous savions que Tanecdote n^était pas exactement telle qu'on la rapportait. Quand on cite un prodige tel qu'un enfant de seize ans offrant une idée neuve en mathématiques à un homme tel que Lagrangc, et le prodige encore plus grand qu'un grand maître tel que Lagrange, accueillant et célébrant un changement fait à sa méthode par un élève de seize ans^ il faut dire précisément le fait. Or, le voici tel que le citoyen Guy ton , directeur de rÉcole , le rapporte :
« Le citoyen Lagrange, dans sa leçon du i5 pluviôse^ expliquant sa théorie des fonctions analytiques y donna le développement du binôme de Newton. Un élève, le citoyen Poisson, lit quelques changements à la méthode que le citoyen Lagrange avait suivie. Rentré avec ses camarades dans les salles de travail, il les soumit à leur discussion : ils furent d'abord jugés sévèrement; après un plus mûr examen, le jugement fut plus favorable ; on convint d'en faire part au citoyen Lagrange. Le citoyen Poisson rédigea une note qui lui fut envoyée. A la leçon suivante, du 25 pluviôse, le citoyen Lagrange lut la note du citoyen Poisson, l'expliqua , nomma son auteur, et annonça qu'il en ferait usage, m
Quelle distance entre le citoyen Lagrange et ce professeur d'Allemagne qui mourut en chaire suflbqué, d'un argument rétorqué !
{Journal de Paris, du 15 ventôse an vu. — 5 mare 1799.)