REAL
Le 31 mai 1792, Real était substitut du procureur de la commune. Ce jour, la commune prit un arrêté, qui chargeait Henriot d'arracher de vive force, du sein de la convention , les vingt et un membres que la proscription avait dévoués à la mort, je crois même de dissoudrç la convention.
Kéal seul refusa de signer et d'approuver cet arrêté. Henriot n'en iiiveslit pas moins la convention ; il se disposait à exécuter la délibération, lorsque les citoyens de Paris, alarmés pour la représentation nationale , se rassemblèrent et cernèrent le rassemblement même, sans savoir à la vérité ce qu'il fallait faire, sans être conduits par aucun guide, éclairés par aucune lumière.
Cependant Barrère, inquiet à la tribime de la convention, ou feignant de l'être, proposa à l'assemblée la fameuse promenade qui devait constater, selon lui, la parfaite liberté dont jouissaient les représentants du peuple. La convention sort ; les bataillons de Henriot s'entr'ouvrenl, malgré lui, pour la laisser passer : à ce moment, des émissaires de la commune viennent lui rapporter que tout est perdu; que l'assemblée a franchi Penceinte que formaient autour d'elle les patriotes de Henriot ; que par ce moyen elle se trouve réunie aux Parisiens accourus pour sa défense, et qu'ainsi on va se saisir de Henriot et de ses principaux adhérents. Grand effroi dans la commune ; grande consternation. Real prend alors la parole :
c( Citoyens, dit-il à ses collègues , il est trèsprobable que votre repentir trop tardif vous sera inutile, et qu'une rétractation de vos ordres sera superflue. Cependant l'ordre donné à Henriot m'inspire une telle horreur, la plus
faible possibilité d'un attentai conunis sur la représentation nationale m'épouvante tellement, que je n'hésite point à partager vos périls, si vous voulez faire cesser absolument ceux de l'assemblée; je vais signer votre délibération, si vous voulez la révoquer; je consens à périr avec vous, si vous défendez à Henriot de faire périr personne, d — La peur, qui bouche Fesprit aux lâches, leur ouvre les oreilles. Réal est écouté, applaudi; il signe l'arrêté criminel, et l'ordre de ne point l'exécuter est expédié à Henriot.
Je tiens ce beau trait d'Achille Duchfttelet, ce guerrier citoyen et homme d'esprit qui , blessé par le feu autrichien en défendant la liberté de son pays, jeté ensuite dans un cachot avec tant d'autres victimes, lassé enfin par la tyrannie, qui n'avait pu vaincre sou courage, s*esi donné la mort.
(Journal deParis^ du 20 pluviôse an m.— • 8 février 1795.)