‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 79 sur 208 · RIOUFFE · texte numérisé non relu

RIOUFFE

M. Riouffe a de l'esprit, du savoir; il a de la gaieté et de l'élévation dans le caractère, de la délicatesse dans l'âme; de la gentillesse, de la grâce , de l'élégance dans le discours. Il saisit très-bien le ridicule. Il contrefait d'après nature. Il raille poliment et agréablement. U se pâme en écoutant de beaux vers ou de passable musique. Il s'élève avec un grand orateur, avec un grand poète. Il sent une grande pensée, une grande action , en morale , en politique. Il sent et dit à propos un bon mot, un mot brillant. Mais il est persuadé qu'il n'y a pas beaucoup d*hommes qui réunissent les mêmes qualités au même point. Il est persuadé aussi que les connaissances positives, les talents d'exécution , la précision de l'esprit , ne sont que des signes de médioorité. Aussi, fautil que vous ayez bien du mérite à ses yeux, si dans la conversation sérieuse il n'est pas tranchant, et si dans une discussion il ne reçoit pas vos objections et vos doutes d'assez haut pour que vous sentiez l'infériorité de votre position y quelle que puisse être Tégalité de vos moyens. Vous le serrez, vous lui mettez l'argument sur la poitrine, vous l'appliquez sur sa bouche de manière à la lui fermer, n'importe ! il >ous prie de retourner aux cléments de la

chose : c'est par là que vous auriez dû commencer ; il faut absolument que vous retourniez au collège avant de pouvoir discuter avec lui. Si vous insistez, il va vous prendre par la main et vous y reconduire.

Si dans ce que vous lui dites il y a une force qu'il ne puisse méconnaître, il y trouve de la sécheresse, et se rejette dans les vérités de sentiment : si vous touchez les vérités qui affectent l'âme, il vous rappelle à la précision. S'il dispute contre ce qui est juste, il invoque ce qui est beau. S'il dispute contre ce qiû est beau, il invoque ce qui est juste.

S'il s'agit de choses de métier que vous pratiquiez tous les jours et qu'il ignore, malheur au métier! Ce métier est inférieur, misérable ! il ne sait pas tout ce qui s'y rapporte, parce qu'il ne charge pas sa tête de semblables puérilités. Il ne voudrait pas être supérieur dans un genre médiocre. S'il est des choses que vous sachiez mieux que lui, ce sont celles qu'un homme distingué ne doit pas savoir.

Il a de l'ambition; il pourrait prétendre à la considération, mais il incline beaucoup pour l'importance. Il se ferait volontiers courtisan, si Ton pouvait l'être en ne faisant la cour qu'à un seul homme, et en voulant imposer à tous les autres.

Il n'est pas un homme de parti violent, il n'est pas intolérant, il n'est pas médisant , il n'est pas méchant, il n'est pas puissant , et il a une foule d'ennemis : c'est qu'il est suffisant, et que les gens médiocres sont innombrables.

ROBEBiOT.

Roberjot est né à Mâcon en 1753 ou 1754.

Ses parents, ou des illusions de jeunesse, et il en est sans doute d'aussi indépendantes de la volonté que les hasards de la naissance, l'engagèrent d'abord dans l'état ecclésiastique.

Il devint curé de sa ville natale. Le bien qu'il pouvait faire dans cette fonction, le fit passer quelque temps sur les erreurs qu'il y fallait prêcher. Il était l'ami des pauvres, le consolateur des malheureux ; il soutenait les bons, et ramenait les méchants.

Ce n'était pas en patron qui veut des clients, ni en bienfaiteur qui veut des louanges , que Roberjot s'occupait des misérables ; c'était en sincère ami de l'humanité : il ne faisait pas

seulement l'aumône à tel ou tel pauvre^ il recherchait encore les moyens de faire cesser la pauvreté ; il n'était pas le curé de sa paroisse uniquement^ il était celui de tous les lieux où il y a de la misère.

Cependant sa raison se fatigua de la théologie^ et la secoua.

La révolution vint; il lembrassa.

Il put devenir citoyen ; il quitta Thabit de prêtre.

La décence, la modestie^ la bonté, toutes les vertus qu'il avait pratiquées comme homme d'Église^ il les pratiqua comme citoyen.

Il fit plus : il en acquit y il en montra de nouvelles. En quittant TÉglise pour la morale^ il voyait ses devoirs s'accroître , et non finir.

La liberté naissante avait besoin d'apôtrps; il le fut. La morale avait besoin d'appui contre la licence; il en servit.

Roberjot pensait que ces deux missions n*en faisaient qu'une, et que la liberté et la morale sont inséparables. C'est ce que^ savaient trèsbien les patriotes de 89^ au nombre desquels il était; c'est ce que méconnurent trop longtemps ces pa^rto^es tardifs, qui cmrent, depuis^ racheter par leurs excès la honte de leurs retards.

Pendant l'assemblée constituante, il fut nommé président de l'administration de son département. Il remplit très-bien cette fonction, à laquelle il était particulièrement propre.

Convaincu alors que rien ne sied mieux au citoyen, et surtout au magistrat, que d'être père de famille, il se maria.

Il fut nommé suppléant à la convention en

fl y entra vers le milieu de 93.

Dans cette année, il fut envoyé en mission près de l'armée de Sambre-et-Meuse ; il veilla à ses besoins et échauffa son zèle.

Après la conquête de la Belgique, il y organisa les autorités publiques, et travailla luimême à la sécorité particulière. Il rappela dans leur domicile les manufacturiers fugitifs, tous les hommes utiles. Il ranima le travail par la confiance ; la richesse et les mœurs , par le tmvail.

Il entra en Hollande avec Tarmée française ; fut ministre plénipotentiaire de la république, à la Haye.

Il fut ensuite envoyé à Hambourg : ce fut

pendant cette mission que , rappelé à ses habitudes philanthropiques, il rédigea ses utiles mémoires sur les établissements de charité de Hambourg, mémoires qui ont été imprimés, il y a quelques mois, dans la eolleetion relative <JMX éiablfS9enfen(s iP humanité y publiée par ordre du ministre de l'intérieur.

Étant à Hambourg, il fut nommé ambassadeur de la république française près de la république batave.

Enfin, de cette fonction il passa à celle de ministre plénipotentiaire à Rastadt^ qui a été sa dernière.

Roberjot avait des connaissances variées ; il avait fait une étude particulière de l'économie publique, des intérêts du commerce et des manufactures; digne occupation d'un sincère ami de rhumanité, occupation plus propre aussi qu'on ne croit à former un négociateur , s'il est vrai que la diplomatie doive être la science des intérêts respectifs des nations, et non l'art de l'intrigue et de la fraude.

Il joignait à ses connaissances un esprit sage et uneàme douce-

Il était impossible d'envoyer au congrès, d'où l'Europe attendait la paix, un ministre dont le caractère personnel témoignât mieux le désir que la république française avait de la conclure.

Il faisait le bonheur de sa femme, elle faisait le sien. 11 était aussi bon père que bon époux.

Ministre de paix en Allemagne, sous la garde du droit des gens et de la morale universelle, confiant dans la foi de soldats autrichiens qu'il croyait être préposés à la sûreté de la légation française ; sans armes, sans défense, au bruit des coups portés à ses collègues , il a été assassiné et tué dans les bras de sa femme, sur le grand chemin , par ces mêryes soldats autrichiens qui devaient servir d'escorte à la légation, et en vertu d'ordres plus lâches et plus atroces que leurs coups.

(Journal de Paris , du 24 floréal an vu. — 13 mai 1797).

(Noie de VcdOeur.) Le portrait de Robespiet^c est au loinc III, page 205. Le parallèle de Uobespicrre et de Dantoo est au iiicine vohune , page 27 1 .

M. DE SÉGUR,^ CONSEILLEE D*ÉTAT , GRAND M aItRE DES CÊRÉMOIVIES.

Cette plaisanterie fut faite à rAcadémie fran-

çaise dans le mois de janvier 1806. L'on discutait alors le mot action. Je ne sais comment il arriva que quelqu'un prononça le mot incarnation ; et je dis tout bas à mes voisins, qui étaient MM. de Ségur et de Boufflers, que Vinr carnation était Vaction que j'aimais le mieux. C'est sur ce mot que M. de Ségur fit l'impromptu que Ton trouve dans cetle chemise :

Roederer, en fait d^action , Aime assez rincarnation.

Mais, différent de son divin modèle, Il lui faut commencer cette action si belle Par la résurrection.

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