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LE GÉNÉRAL HOCHE

Plusieurs papiers publics annoncent qu'il a été tiré un coup de pistolet, à Rennes , sur le général Hoche, et qu'heureusement les balles ne Tout point atteint.

On ne manque pas d'attribuer cet assassinat aux prêtres schismatiques , aux chouans, et aux Anglais : langage de parti; calomnies d'ennemis de la paix intérieure et extérieure.

Ce coup peut avoir été tiré par un Anglais, point par les A nglais ; par nn prélre^ point par les prêtres; par un chouan, point par les chouans. Il l'a été par un assassin, voilà le fait. Son pays, sa condition n*y font rien.

Mais on a besoin de refaire la chasse aux chouans et aux prélres, et de continuer la guerre avec les Anglais/ Qaaad tant d'intérêts demandent du trouble et des proscriptions, que serait-ce que la punition d'un ou deux assassins? Comment se bomerait-on à punir un coupable, quand tout invite à sévir contre des milliers de suspects? Comment se renfermerait-on dans les règles étroites d'une justice vulgaire, quand la justice révolutionnaire offre (à tous ceux qui l'administrent) tant de ressources pour le salut public^ (de leurs rapines et de leur existence particulière.)

S'est-on attendu, quand on a pacifié la Vendée, qu'il n'y resterait pas un homme méchant

et vindicatif? Est-ce sous la condition qu'il ne se commettrait de cent ans un crime dans tout le pays, qu'on y a proclamé l'amnistie? Les assassinats qui se commettent journellement à Paris et dans les environs, sont-ils un signe de contre-révolution , ou un motif de mettre Paris en état de siège? Non sans doute! Eh bien I cessez donc de montrer toute la Vendée, tout le Calvados, toute la chouanerie, comme coupables ou compiles d'une assassinat. Ne nous donnez pas cet assassinat pour un acte de guerre civile ; ne ressuscitez pas la guerre civile, sous prétexte qu'elle pourrait bien renaître.

Non, la chouannerie n'est point rétablie. Mais il y a des gens qui voudraient bien qu'elle le fût, ou du moins que l'on crût qu'elle Test, et qui ne négligeraient rien pour répandre des appréhensions à cet égard. La vérité est que les habitants des contrées pacifiées ne demandent que paix et repos. Le cri général est également contre les chouans et les jacobins. On fait généralement grand cas de Hoche; on rend justice à son humanité et à sa sagesse. C'est parce qu'il s'est concilié les respects de la chouannerie, et non parce qu'il l'a battue, qu'on a attenté sur sa vie. Ce que les ennemis de la république détestent le plus, ce ne sont ni les républicains furieux, ni les scélérats qui se disent les républicains : ce sont les honmies qui, comme Hoche, font des amis à la constitution et au gouvernement par toute la douceur, toute la modération compatibles avec une inflexible fermeté. Une circonstance bien remarquable dans l'assassinat de Hoche, c'est que le général sortait d'un spectacle où l'on avait joué, après la tragédie de Charles IX, V Intérieur des comités révolutionnaires, c'està-dire d'un spectacle donné dans un très-bon esprit, où deux tyrannies opposées sont successivement exposées à l'indignation des citoyens.

Puisse ce pacificateur de la Vendée, qui a entendu sans eflroi les balles homicides siffler à ses oreilles , ne pas plus s'alarmer pour la patrie que pour lui-même, et continuer à juger ce qui la regarde avec autant de sang-froid , qu'il met d'indifférence à ce qui ne regarde que sa vie.

{Journal de Paris, du 5 brumaire an v. — 26 octobre 1796.)

NOTES EXACTES SDR LA FAYETTE, ET SES COMPAGNONS D*1NF0KTIJNE , LATODR-MAUBOURG ET BURBAV-DB- PUZT.

Par un Amérieaia résidant à Vienne. {Prudmt$/Ution.)

Lorsque la Fayette, Latour-Maubourg et Bureau-de-Puzy étaient au pouvoir de la Prusse, ils avaient fini par obtenir toutes les consolations dont la captivité est susceptible: des livres, de Tencre, du papier; la faculté de correspondre, sous rinspectiou des commandants, avec leurs parents et amis ; la permission de se voir entre eux , celle même de recevoir quelques visites.

Aussitôt que le roi de Prusse les eut remis à ^Autriche, en déclarant qu'i7 ne voulait pltis être chargé de l'odieux de cet emprisonnement, le sort des prisonniers a changé au point que les cachots de Magdebourg , en comparaison de ceux d'Olmutz, ont paru être un séjour de liberté et de bonheur.

A Olmutz , on a conmiencé par supprimer toute correspondance extérieure avec les trois prisonniers, et môme toute relation intérieure de l'un à Tautre. On a également supprimé la promenade; on le-s a privés d'air, de mouvement, d'écriture, de livres, et de tout commerce avec les vivants.

La Fayette était parti de Prusse, ayant déjà plusieurs de ses parents assassinés sous la tyrannie de Robespierre, sachant sa femme arrêtée, arrachée à ses enfants, et traînée du fond de l'Auvergne dans les prisons de Paris, pai' ordre de RoI)espierre. A toutes les questions qu'il ne cessait de faire sur ces objets si chers, on ne répondait que par un silence msultant. On interceptait toutes les lettres qui annonçaient que sa fenmie et ses enfants étaient vi< vants.

Bureau-de-Puzy manifestait des inquiétudes aussi vives et aussi inutiles sur la destinée d'une jeune épouse avec laquelle le plus tendre amour Pavait uni , sept mois avant quMl fût enseveli dans des cachots.

Bientôt la santé de la Fayette est tombée dans un état si déplorable, que le médecin de la prison, ne pouvant résister au cri de sa conscience, a déclaré que c'était tuer ce prisonnier que de le priver d'air et de mouvement: ce n'est pas le premier médecin dont la probité et la compassion soient venues au secours de la Fayette. On n'a pas cru pouvoir braver un

avis donné si formellement; et en se réservant de déplacer ce médec^in si peu complaisant pour les vœux des geôliers, et si compatissant aux maux des captifs, on s*est cru , cette fois, obligé d'accorder au prisonnier quelques promenades, sous l'escorte d'un caporal ou prévôt, et d'un soldat.

C'est dans une de ces promenades que la Fayette a tenté son évasion, secondé par un médecin nommé Bolman, et par un Américain nommé Huguet. On sait combien il s'en est peu fallu que cette entreprise ne fût couronnée du succès le plus complet. l.es deux principales causes qui Tout fait échouer font honneur à la générosité de la Fayette : il n'a pas voulu que sa délivrance coûtftt la vie à un seul de ses geôliers. On s'est contenté de mettre en fuite le soldat, d'intimider le cocher, et de terrasser le prévôt. Ainsi, l'alarme a été promptement donnée à Olmutz. Un cheval s'étant cabré et renversé, la Fayette s'est trouvé séparé de ses Ubérateurs. 11 n'a pu supporter Vidée que peut-être ils étaient arrêtés. Il est revenu sur ses pas pour chercher à s'instruire de leur sort. N'apercevant personne, il n'a plus eu d'autre but que de gagner la frontière, et d'écrire de là , qu'il offrait de se mettre en prison si l'on voulait rendre la liberté à ses libérateurs. Lui-même a été repris au milieu de ces sollicitudes, et reconduit à la citadelle d'Olmutz, lié et garrotté, dans une calèche découverte.

On a commencé par l'enfermer dans le corps de garde , où on Ta désliabillé nu, et fouillé comme on fouille les ouvriers des mines de diamants; on l'a reconduit ensuite dans sa prison, d'où l'on avait ôté le peu de meubles qu'il avait.

Il était dans un état déplorable, les reins brisés, un bras foulé , une main abtmée par le prévôt, qui , en se débattant sous lui, lui avait mangé un doigt. U s'oubliait lui-même; l'inquiétude, qu'il ne pouvait contenir sur le sort de ses libérateurs, aggravant ses maux, lui causait une fièvre violente. Le général d'Arcot, digne geôlier des cachots d'Olmutz, arrive, et, pour première consolation, lui adresse ces mots : Les deux coquins qui ont osé vous enlever sont pris, ils seront pendus sous votre fenêtre ; et s'il ny a pas de bourreau, je leur en servirai.

Ce propos, très-digne en efTet d'un bourreau^ perce le cœur du malheureux la Fayette. Sa fièvre redouble^ son état empire^ la blessure de sa main s^envenime. On lui refuse quatre jours un médecin. Le cinquième , on lui en amène un^ qu'on avait choisi digne du lieu^ et qui^ pour toute réponse aux plaintes d'un homme tremblant de fièvre et presque perclus, lui répète, avec brutalité : Vous n'êtes pas bien malade.

A partir de ce moment , l'insolence et la barbarie du major , commis à la garde de la Fayette, ont surpassé tout ce qu'on peut exprimer. On n'a plus laissé les domestiques aiïrétés avec lui, le servir; et l'on n'en a pas moins gardé au cachot ces étrangers, prisonniers d'État. On lui a ôté ses couverts de table, et il n'a plus mangé qu'avec ses doigts. La porte de sa chambre ne s'est plus ouverte qu'aux lâches qui venaient l'insulter, et aux bourreaux qui voulaient le tourmenter.

Les seuls restes d'humanité qu'il ait pu entrevoir aumiUeu de toutes ces indignités, il les a trouvés dans la commission d'officiers qui a été chargée de l'interroger.

L'interrogatoire a duré quinze heures, en cinq fois différentes; sensible aux procédés de la commission, sans cesse préoccupé du danger de ses Ubérateurs, la Fayette a évité, dans ses réponses, tout ce qui pouvait aigrir. 11 a protesté, avec le plus de ménagement possible , contre une autorité à laquelle il ne pouvait reconnaître aucun droit sur sa personne. Interrogé sur ses titres, il a répondu : Citoyen des États-Unis de (^Amérique. Où il comptait fixer son domicile? En Amérique. Pourquoi il avait voulu s'évader? Parce que son arresta" tion était injuste^ et sa situation désagréable. Il conmience par nier tout ce qui est relatif aux deux amis qui s'étaient dévoués pour lui , craignant de proférer un seul mot qui les compromît. Mais au milieu de l'interrogatoire, on lui a prouvé leur arrestation, et montré leurs aveux écrits de leur main. Alors toutes ses réponses n'ont plus été qu'un plaidoyer perpétuel pour disculper ses libérateurs. La commission s'csl retirée. La Fayette a cessé de voir des hommes, et est retombé, sans distraction, dans les mains de ses persécuteurs.

Dans le court instant de liberté dont il avait joui, il avait appris que sa famille vivait; que

Robespierre avait, ainsi que ses complices, subi la peine de ses crimes , que la justice et l'humanité avaient reparu en France.

Bohnan et Huguet ont enfin été jugés après sept mois de la plus cruelle détention , et mis en Uberté.

La Fayette, le moins robuste des trois, et à qui la délicatesse de sa poitrine rend le défaut d'air mortel, est tombé dans une langueur qui , jointe aux peines de son cœur, si industrieusement entretenues , a fait craindre aux uns, et espérer aux autres un danger imminent pour sa vie.

L'arrivée imprévue de sa femme et de ses filles a opéré en lui une résurrection miraculeuse. Mais cette arrivée, ce qui l'a précédée, accompagnée, suivie, a résolu un grand problème. C'est désormais une vérité évidente , que l'empereur est cruellement compromis par ceux de ses officiers qui règlent le sort des prisonniers d'Olmutz. Madame de la Fayette s^est présentée, avec deux de ses filles, au gouvernement français, et lui a dit : Je viens vous demander un passe-port pour aller obtenir la liberté, ou partager la prison de mon mari. Le gouvernement français lui a accordé ce passeport, que la justice et l'humanité réclamaient pour elle. Une fois sortie de France, madame de la Fayette a senti que le succès de ses demandes dépendait de la célérité de sa marche ; qu'il fallait tomber subitement au milieu de Vienne sans y avoir été attendue de personne, et s'adresser directement à l'empereur. Annoncée à Vienne, voyageant sous son nom, elle eût été arrêtée à la frontière d'Autriche, ou du moins renvoyée ; elle a donc pris un passeport américain. Grâce à cette précaution , elle a franchi la frontière fatale , a couru nuit et jour avec ses deux filles, et est descendue à Vienne, chez un des principaux personnages de la cour. Elle était arrivée le 9 octobre. Le 4 0, l'empereur l'admet dans son cabinet, et lui accorde une audience particuUère. Madame de la Fayette a été dans cet entretien tout ce qu'on peut être, en plaidant une cause si chère. L'empereur parut se laisser toucher d'abord : Pour la liberté à présent, dit-il, je ne le puis; cela fie dépend pas de moi seul... Cesi une affaire très-compliquée... Pour la permission de le joindre, comment pourruis-je vous la refuser?... Je ferais, à voire place, ce que vous fai-

tfs... Je vous respecte... Je le plains. Il est trèsbien traité ;f en ai donné Vordre positif. Votre présence sera une grande consolation pour lui; j'en suis bien aise; lorsqu'il sortira y vous vous trouverez tous réunis pour voyager ensemble.

Madame de la Fayette a insisté avec respect, mais avec force; a demandé si âa présence et celle de ses deux filles ne simplifiaient pas beaucoup cette affaire ; s'il y avait rien de moins compliqué que de rendre à une femme son mari, à des enfants leur père, aux États- Unis une famille qui leur appartient, et qui, morte désormais à l'Europe, n'aspirait plus qu'à aller fixer son séjour et passer sa vie au milieu de ses concitoyens d'Amérique : elle a remercié l'empereur du premier bienfait qu'il lui accordait, en étendant sur elle le sort de son mari; mais elle a ajouté que, par respect même pour ce prince, elle se flattait que ses fers ne tarderaient pas à être brisés. Étendant ensuite sa sollicitude sur une classe de victimes que la tyrannie croit pouvoir opprimer impunément, parce que personne ne demande compte de leur oppression, madame de la Fayette a imploré au moins la liberté de ses malheureux domestiques, si étonnés de se voir transformés en prisonniers d'État; elle a observé qu'au moins l'affiaire de ceux-là n'était pas compliquée, et qu'il devait répugner à l'empereur, qu'en son nom, on dévouât, de sangfroid, aux tourments et à la mort, des créatures humaines; qu'on ne haïssait même pas, et auxquelles il n'y avait pas moyen de faire un reproche, a J'ai les mains liées, n répéta l'empereur, avec l'expression du regret et de la sensibilité. Madame de la Fayette a fait une dernière demande pour être autorisée à solliciter tous les adoucissements intérieurs qu'exigerait la santé de son mari. Sans doute, a répondu l'empereur, vous le trouverez fort bien traité. S*il y a quelque chose à demander, adressezvous au commandant, vous en serez contente. — A Votre Majesté même, a répondu madame de la Fayette ; j'ai le besoin J*ai le droit de lui écrire directement. — OM très-volontiers , a dit l'empereur avec l'accent de l'estime et du respect qu'inspire la vertu. Eh! quelle vertu, dans ce moment, était au-dessus de celle de madame de la Fayette?

Elle sort sinon heureuse, du moins soulagée, pleine de consolation pour le présent.

d'espérance pour l'avenir. Elle court annoncer à ses filles qu'elles vont être prisonnières, et toutes deux se jettent avec ravissement au cou de leur mère, qui leur a obtenu une telle faveur. Elle va faire entendre aux ministres le cri de la justice et de la douleur ; elle en trouve plusieurs qui lui paraissent entendre ce langage; elle leur remet un mémoire d'une raison, d'une clarté, d'une force irrésistibles. Partout Ton ne se pique pas de repousser tout ce qui est fait pour entraîner le cœur, et pour soumettre la conscience des honmies; elle recueille des vœux et de la bienveillance; partout elle trouve l'opinion établie, que ce qui lie les mains de l'empereur, est la haine de Pitt, et son insatiable avidité des maux d'un bonmie auquel il ne peut pardonner l'indépendance de l'Amérique, et qu'il craint de voir y retourner.

Le 45 octobre 1795, madame de la Fayette, après avoir été plus d'un an dans les cachots de Robespierre, après avoir vu périr sur Téchafaud sa mère, sa grand'mère, sa sœur, son oncle, sa tante, vient inunoler à son mari, dans la citadelle d'Obnutz, sa Uberté à peine recouvrée. L'instant de la réunion, l'instant où la Fayette vit entrer, dans cette obscure prison, cette famille adorée, sur laquelle on refusait, depuis un an, de lui dire un seul mot, est plus aisé à concevoir qu'à dépeindre. Sa première question est sur le sort de ses libérateurs, pour lesquels il tremble encore. Il apprend leur salut, et conmience à renaître luimême. Mais quelle révolution se fait dans les idées et dans le cœur de madame de la Fayette ! Quelle différence entre ce qu'on lui avait annoncé, et ce qu'elle voit, entre ce que l'empereur croit, et ce qu'on fait à son insu ! • . Ce mari qu'elle devait trouver bien traité, elle le trouve dans ^n dépérissement afTreux, exténué, mourant faute d'air depuis un an entier, à peine couvert de lambeaux, manquant de tout, privé de toute communication, même avec ses compagnons d'infortune; les ordres sont qu'ils ignorent l'existence les uns des autres ; et, pour se prémunir contre la possibilité d'un mouvement d'humanité, on n'y nomme point les prisonniers par leur nom; on les désigne par des nombres 1, 2, 3. Malade, faible, crachant le sang, la Fayette est privé de ses domestiques, captifs aussi, mais dont la vue et

DES PERSONNAGES AVEC LESQUELS L'AUTEUR A EU DES RELATIONS. <n\

les soins pourraient apporter quelque soulagement à leur maître.

Ce commandant, dont madame de la Fayette devait être contente, il n'est pas seulement insensible, il est invisible; elle n'a aucun moyen de parvenir jusqu'à lui.

Mais ce n'est pas tout. Est-il un homme, on ne dit pas généreux, mais humain, qui ne s'attende que madame de la Fayette et ses filles vont être à Olmutz des objets de respect et d'attention? Et qu'un sacrifice si noble à la suite de tant de souffrances, un emprisonnement volontaire après une si longue prison, le dévouement conjugal, la piété filiale, le courage, l'innocence, l'infortune vont émouvoir tous les cœurs? Eh bien I à Olmutz, madame de la Fayette et ses filles ont été non-seulement reçues sans ménagement et retenues prisonnières, elles s'y attendaient; mais une fois passées sous le fatal guichet, elles ont été traitées en criminelles, fouillées jusqu'à l'indécence. On leur a dérobé leur argent, enlevé leurs effets, 6té leurs couteaux, leurs ciseaux, jusqu'à leurs aiguilles et leurs couverts de table; elles sont réduites, comme la Fayette, à manger avec leurs doigts. Pour logement, on a ajouté au réduit qu'habite la Fayette, un réduit encore plus étroit et plus obscur, dans lequel un soldat prenait de temps en temps quelques heures de sommeil sur un grabat. C'est là, c'est sur ce même grabat, que la touchante mère et ses deux filles couchent, et sont ensevelies tout le temps qu'elles ne passent pas avec le prisonnier. Elles n'ont pu obtenir la permission d'entendre la messe : connaissant leur piété, l'on a joui de ce moyen de plus de les tourmenter.

Madame de la Fayette a demandé à écrire à l'empereur, invoquant la permission formelle qu'il lui en avait donnée : on lui a ri au nez. On l'a repoussée avec dédain, avec insulte : on lui a montré un mépris égal pour les ordres du souverain et pour les supplications de ses victimes. Ces révoltants détails, la conduite, les discours de l'empereur, prouvent, jusqu'à l'évidence , qu'une cause secrète et toute-puissante s'oppose à la liberté de la Fayette. Quelle peut être cette influence cachée? On ne peut en douter longtemps, et il est impossible de méconnaître ici la haine de l'Angleterre , l'acharnement de Pitt qui persécute jusqu'au tombeau le libérateur de l'Améiique; qui redoute

en lui un ardent ennemi du parti anglais à Philadelphie; qui le voit enfin comme un homme dont la mort seule peut le venger des maux qu'il lui a faits, et qu'il peut encore lui faire.

(Journal d*économie publique, du 30 fructidor an rv. — 16 septembre 1796.)

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