‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 94 sur 208 · I. — DE LA REPRÉSENTATION DE PIÈGES NOUVELLES ET ANCIENNES · texte numérisé non relu

I. — DE LA REPRÉSENTATION DE PIÈGES NOUVELLES ET ANCIENNES

QUranCS CINONNATIJS»

Tragédie ea 3 actes, par AraauU.

Le but de l'auteur a été de mettre sur la scène la popularité hypocrite qui , dans les ré^ publiques^ cache si souvent l'ambition du pou* voir suprême. Spurius Mélius, riche citoyen de Rome, a fait venir des grains dans un temps de disette; il les distribue au peuple pour le gagner et s'ouvrir un chemin à la tyrannie. CincinnatuS; qui^ de sa retraite^ a pénétré les projets de Mélius, accourt à Rome, et l'accuse devant le sénat. Mélius se défend et menace, Gincinnatus est nommé dictateur. Il donne ordre d'arrêter Mélius. Gelui-ci résiste, et pro* voque le peuple à la sédition. Servilius, général de la cavalerie , le tue au milieu de ses clients. Tel est le fond de la pièce.

On voit que les deux grands ressorts de la terreur et de la pitié sont étrangers à ce sujet. Tout son intérêt consiste dans un danger public, et dans le développement de deux grands caractères politiques mis en opposition l'un avec l'autre : celui d'un conspirateur populaire, et celui d'un vrai citoyen, jaloux de la liberté de son pays.

Cette espèce de dangers et de caractères excitent, attachent, sans doute, la sollicitude civique, l'amour inquiet de la patrie, qui, chez les peuples libres, est un sentiment de l'âme. Mais, il faut le dire, ce sentiment, toujours moins profond, moins intime, moins

pur, moins généreux que ceux dont la nature elle-même a mis le principe dans notre sein , donne moins de prise aux arts d'imitation , et ne touche point, dans le fond de Tàme, aux principes de la terreur et de la pitié.

Tout le monde a une famille, des amis, des objets d'amour; tous les sexes, tous les âges, toutes les conditions partagent ces intérêts. Tout le monde ne sent pas de même qu^W a une patrie ; un sexe entier le sent faiblement , la vieillesse ne le sent plus , la jeunesse ne le sent point encore : nul n'a toujours l'intérêt public également présent à son esprit. L'amour de ht patrie est un sentiment acquis et non inné ; ce n'est pas un don de la nature, c'est un bicnffût de la patrie même ; et, comme tout ce qui vient de la main des hommes, il est moins également réparti que ce qui vient de la nature. Il sufRsait que l'amour de la patrie fût moins général pour qu'il réussit moins au théâtre que les affections de la nature. Remarquez qu'au théâtre le poète et l'acteur ne font que la moitié de l'ouvrage : c'est Faction des spectateurs les uns sur les autres qui l'achève. Dans un spectacle vide, dans un spectacle où les applaudissements sont interdits, les spectateurs sont difficiles à émouvoir, et Tart n'y réussit pas toujours. Le mélange des hommes et des fenmies dans nos spectacles, ce mélange qui lui-même donne déjà des émotions vives aux uns et aux autres, y rend nécessaire l'unanimité des impressions entre les deux sexes

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