CL^AGÉNOR
Ce déplorable état où mes jours sont réduits.... Mais combien ce discours accroîtra mes ennuis ! Si tu me veux laisser la force qui me reste , Ami, dispense-moi d'un rapport si funeste. Écoute toutefois.
THÉANDRE
Non, non, n'achève pas.
GLÉAOiirOR.
J'aimerai ce discours, s'il cause mon trépas; Ecoute; et, si jamais ton âme fut atteinte, Crois que ton jugement approuvera ma plainte. J'aime, et les plus beaux yeux que je pouvois aimer Ont enfin , cher ami , l'honneur de m'enflammer. Doristée est l'objet dont les aimables charmes....
Et tu n'achèves point ?
CLEAGJÉICOR.
Laisse couler mes larmes:
C'est celle que je sers.
THÉANDRE
Je ne la connois pas.
i82 CLÉAGÉNQR ET DORISTÉE,
GLEAGIÎNOK.
Florence a vu briller et naître ses appas ; C'est là que cet objet, dont toute âme est ravie, A tenu ma raison sous ses lois asservie , Et que cette beauté, par des vœux mutuels, Rendit comme les siens mes vœux continuels. Nous flattions à l'envi notre commun martyre, Et l'amour eut sur nous un si paisible empire , Que nous n'avons jamais , du penser seulement. Tous deux ni murmuré , ni plaint notre tourment : Nos parens approuvoient notre amitié commune. En ce temps j'eusse osé défier la fortune; Et, parmi ces douceurs, nous semblions à la cour Etre moins les .captifs que les maîtres d'amour : Les plus heureux amans ne pouvoient sans envie • Comparer leur repos au bien de notre vie.
THÉANDRE
Donc, quel revers du sort te rend si mécontent? Je ne vois point encor de quoi t'afïliger tant.
CLÉAGÉNOR.
Je n'adorois pas seul cette rare merveille ;
Pour elle un cavalier eut une ardeur pareille :
Mais il fit sur son cœur d'inutiles efforts.
Et ne la trouva point sensible à ses transports.
Il tâche à traverser notre commune joie;
Mais tout rit à mes vœux , quelque effort qu'il em,plo^ ;
Et le soleil enfin nous amenoit le jour
Qu'hymen nous préparoit le fruit de nôtre amour :
Juge de quels transports je me sentois atteindre !..
THÉANDRE
Jusqu'ici tout va bien, et tu n'es point à plaindre.