‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 129 sur 406 · ACTE I, SCÈNE IL i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL i

GLÉAG^irOR.

Aussi, te figurant ce plaisir sans égal ,

Je veux que par mon bien tu juges de mon mal.

La veille de ce jour qui rendoit ma fortune

A nulle autre pareille, avec nulle commune,

Attendant un festin dressé superbement

A deux pas de mon parc, elle et moi seulement

(Car nous célébrions là cet heureux hyménée ),

Nous parlions à Tenvi de notre destinée ;

Et, par mille baisers et donnés et rendus,

Je cueillois les premiers des fruits qui m'étoient dus :

Quand trois hommes armés (extrême violence!)

Le poignard sur le sein m'imposent le silence :

Et trois dedans le char qui les avoit portés

Jettent cet abrégé de toutes les beautés :

Le cocher aussitôt touche avec tant d'adresse ,

Que rien de ses chevaux n'égale la vitesse ;

Et ceux qui me tenoient, montant d'un saut léger

Des coursiers de grand prix, crioient pour m'aflliger:

La victoire est à nous! Ménandre a Doristée!

Et moi, l'âme, à ces mots, de fureur agitée ,

Je suis, mais vainement, leur course que le pas

Des chevaux du soleil même n'égale pas.

Enfin, le cœur saisi de l'ennui qui me presse.

Je tombe en les suivant; mon courage me laisse :

Je sens clore mes yeux , je perds tout sentiment ,

Et je reste en ce lieu froid et sans mouvement.

TH^ANBRE.

0 sensible malheur !

CLÉAGÉNOR.

Juge si l'assemblée Par notre éloigneraent se vit long -temps troublée!

i84 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,

On nous chercha partout, dans le parc, dans le bois. Et l'on me trouve enfin dans l'état où j'étois; V On me crut mort long-temps , et tous en soupirèrent; Mais je revis le jour, leurs pleurs me ranimèrent, Et je leur racontai cet accident fatal . Qui faisoit de mon bien triompher moa rival. On me mène au logis, où tout le monde en armes Se dispose à chercher cet auteur de mes larmes ; Mais las ! depuis trois mois on poursuit vainement Ce traître usurpateur dSin trésor si charmant. On court sur la solide et sur l'humide plaine , Et dessus toutes deux mon espérance est vaine , On visite; sans fruit l'un et l'autre élément. Je ne dois plus chercher que la mort seulement.

THIÊANDRE.

Ami, ta peine est grande, il faut que je l'avoue; Ainsi de notre espoir la Fortune se joue; Ainsi les plus heureux ont un frêle destin, Et tel n'est pas le soir ce qu'il fut le matin : Suisvrai-je avecque toi cette route incertaine? N'épargne ni mon temps, ni mes pas, ni ma peine; Je t'offre tous mes soins.

CLÉAGÉNOR.

Ils seroient superflus; Mon malheur est extrême, et je n'espère plus: Je n'attends qu^p la mort. Adieu.

Quoi! de la sorte?

GLÉAGÉirOR.

On mène devant tteoi le cheval qui me porte , Et j'étois descendu .pour prendre un peu de l'eau

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