DORANTE, DIANE
DOBANTE.
liE page me plaît fort ; ses charmes sont puissans , Et ses yeux m'ont ravi mille vœux innocens.
DIANE
L'art ajuste si peu sa beauté naturelle , Sa grâce est si naïve , et son adresse est telle , Qu'en sa moindre action , en son geste , en ses pas ^ li'ceil le plus envieux remarque des appas.
DORANTE, à part.
0 signe trop certain de sa naissante flamme ! Iq même feu me brûle et consume son âme.
DIANE
Son entretien est rare, et celui dont la voix Anima des rochers et fit danser des bois, ITeut rien de comparable aux charmes de la sienne. D fait des vérités de la fable ancienne ; ït par des airs si doux il enchante nos sens , Que Toreille est ravie à ses moindres accens. Mais la guitare, jointe à sa voix délectable , Tom: L i4
ftio CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Est en ses belles mains un charme inévitable ; Il touchoit ce matin la vôtre avec tant d'art, Que vous perdez beaucoup de Tentendre si tard, Et que vous l'avoûrez mériter davantage Que 'ce qu'en fait juger la qualité de page.
DOUANTE^ à part.
Que ces mots proférés avec tant* diction Témoignent clairement son inclination !
Cesse enfin, ma raison, ta vaine résistance; Commençons à faillir, condamnant son offense; Faisons-lui ressentir qu'Amour voila ses yeux. Et condamnons son mal pour le commettre mieux.
DIANE
Madame, prenez part en ces douces merveilles; Laissez à ces doux airs enchanter vos oreilles ; Donnez-vous le plaisir de l'entendre un moment, Et vous estimerez ce divertissement.
Mais n'en parlez-vous point avec plus d'avantage Que ne vous le permet votre sexe et votre âge ? Quelque charme qu'il ait et quelque qualité , Ces admirations passent l'honnêteté.
L'amour .par cette voie a mille âmes blessées, Il entre dans les cœurs par ces douces penséeç; Il fait de ces appas un poison dangereux , Et ce qu'on estimoit arrache enfin des vœux.
DIANE
Il m'est cher comme à vous, son mérite est cxtf^êrti^ Mais j'aime plus que lui mon honneur et moi-^néoic^ L'amour n'a point encor par ses feux dissolus