‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 160 sur 406 · ACTE m, SCÈNE VI. aai · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE VI. aai

THéAfiORE.

J'en ai beaucoup appris, aimable Doristée, Et, devant qu'avoir vu ces iniiocens attraits, le savois de quel sort vous ressentiez les traits. Cléagénor...

PHILLMOND.

O dieux!

THEAIfDRE.

Rencontré dans ces plaines, Me conta l'autre jour vos amours et vos peines, ÏX me dit que trois mois étoient presque passés Depuis qu'il poursuivoit ces astres éclipsés. Me laissant, il suivit sa première entreprise. Et ne put m'accorder un moment de remise.

PHILÉMOND.

Sachant mes premiers maux, oyez ce qui suivit

Des mains de son rival un autre me ravit ,

Qui, près d'exécuter son audace effrontée,

prouva de son bras la valeur indomptée :

Car de bonheur alors il passait par le bois

Oq la force avoit mis mon honneur aux abois.

Après cet accident trop long à vous déduire,

le croyois que le ciel éloit las de me nuire;

Hais que mesmaux sont longs, et que mesbienssont courts !

Que je conservai peu cette ame de mes jours!

Vallant quérir de l'eau d'une proche fontaine ,

l^x insignes voleurs parurent dans la plaine ,

Qui, ne trouvant en moi rien de quoi butiner,

ïTépargnèrent efforts ni coups pour m'emmener,

Et vouloient m'obliger à leur commerce infâme,

^e se Bgurant pas que je fusse une femme:

^VL-x CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,

Votre valeur enfin- m'affranchit de leurs lois ;

Mais je n'osai pour lors avouer qui j'^toisj

Et, me 'trouvant si loin, sans bien, sans connoissanci

Je vous offris mes soins et mon obéissance,

Attendant le conseil de ce vieux médecin

Qui de tant de travaux est la source et la fin.

THÉANDRE

Votre moindre aventure est digne de mémoire: Mais par les maux, madame, on arrive à la gloire, Et votre mauvais sort en vous nuisant m'est doux, Si je puis obliger et votre amant et vous. Je ne vais épargner ni soins ni diligence A vous faire bientôt posséder sa présence; Et si je n'accomplis ce que je vous promets, Si je ne vous le rends , ne m'estimez jamais. Attendant toutefois cette heureuse journée Oîi votre affection doit être couronnée, Pour ne donner matière à de faux sentimens , Retenez un faux titre et de faux vêtemens; Empêchez les soupçons d'une jalouse femme Qui croit sans fondement que tout objet m'enflamme Et tiendroit pour effets de vos charmes puissans Mes regards les plus saints et les phis inriocens.

PHILÉMOND.

O divine faveur dont mon âme est ravie, J'établis sur vos soins -tout l'espoir de ma vie ! Pressez cet heureux jour qui finit mon tourment : Qui peut obliger tôt oblige doublement.

FIN DU TROISIÈME ACTE

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