‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 161 sur 406 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DIANE seule.

Lâche, c'est trop souffrir, et ton âme discrcle Est trop long-temps malade et trop long-temps muette. LWupportable excès de ton affection Te dispense de honte et de discrétion; Tant d'autres sous ce joug ont range leurs années, Tant d'autres ont aimé qu'on n'a pas condamnées, Et tant de jeunes cœurs se sont laissé charmer. Qu'enfin à leur exemple il t'est permis d'aimer. Ne pouvant éviter cette ardeur criminelle, Cest beaucoup faire au moins que l'offense soit belle : La force du vainqueur rend les coups glorieux, I Et le tourment est beau que causent de beaux yeux. Donc, crahitive, fais voir la douleur qui te touche, Ke, timide cœur, ce secret à ma bouche; Force ici tout respect, c'est là qu'il faut oser: Qui demande avec crainte, enseigne à refuser.

La honte vient trop tard choquer cette entreprise,

Par le dessein l'offense est à moitié commise;

Le mal où l'on consent est presque exécuté,

Et c'est avoir failli que l'avoir souliaité.

a24 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,

Peut-être qu'un succès le rendra légitime, Qu'une sainte action procédera d'un crime; Hymen peut en ma gloire allumer ses flambeaux, Et les événemens ont fait des crimes beaux; Il semble mépriser cette union des âmes Qui fait des feux d'Amour de légitimes flammes : II craint le mariage à l'égal du trépas; Mais ses froides humeurs souvent ne durent pas. Lorsque nous craignons moins, Amour nous sait surpre Et ce dieu force enfin si l'on ne veut se rendre. Le voilà, sois timide, implore du secours. Qu'une bouche de fille ait un mâle discours.

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