ACTE V, SCÈNE VI. a
Bépond à mon attente , et ne m'a point surpris. Cet être provident , qui régit toutes choses , Montre son intérêt en de si justes causes; Il abandonne enfin le vice en son excès , £t le droit d'entreprendre assure du succès.
CLKAGÉNOR.
&{^renez en deux mots quelle heureuse aventure De ce monstre odieux a purgé la nature, imené dès l'aurore en ce fatal séjour hup deux guides sans yeux, la Fureur et TAmour, La voix de mon génie, à mon âme portée, KTa dit : Cherche en ce lieu Ménandre et Doristée ; La suite de tes maux aujourd'hui finira; Tu délivreras Tune , et l'autre périra.
Tai consulté long-temps , et tenu pour frivoles Et pour un faux espoir ces muettes paroles ; Quand à deux pas de moi, Ménandre, sans me voir (Car le bois me cachoit) : O rage! ô désespoir! 0 malheur! ça-t-il dit, sans m'arracher la vie On a d'entre mes bras cette ingrate ravie. Ace triste discours^ j'ai reconnu sa voix: Je me suis fait passage au travers de ce bois ; £t sautant, furieux, de mon cheval sur Therbc, J'ai vu son marcher grave et son maintien superbe. Ma rencontre en ce lieu ne l'a non plus ému Que s'il l'eût espérée ou s'il ne m'eût point vu. Sa froideur m'a surpris, mon sang s'est fait de glace, Ëtj'ai resté long-temps interdit sur la place. t«nfin me prévenant : Quel sort t'amène ici achever , m'a-t-il dit , ma vie et mon souci ? le plains nos maux communs ; tu cherches Doristée , le cherche comme toi ceux qui me l'ont ôtée : Tome I. 17
aSS CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Mais perdons tout espoir , et d'un commun dessein Cherchons-en le tableau gravé dans notre sein. Là ce désespéré, d'une constance rare.
Attend le rude assaut que ce bras lui prépare; Quand, poussé d'un démon plus juste que cruel ^ Je finis d'un seul coup sa vie et ce duel. De ses gens aussitôt une foule importune Eût fait de mon trépas suivre son infortune. Si le bruit de leurs pas et celui de leurs voix Ne m'eût fait éloigner par les détours du bois. J'ai gagné ce logis, où je trouve l'asile Qui rend de ces voleurs la poursuite inutile.
THÉAWDRE.
La justice du ciel éclate en son malhjeur; Mais Doristée enfin....
CLÉAGÉNOR,
O sensible douleur!
A ce ressouvenir ce fer est inutile ; Mon sein demeure entier et ma main immobile^ D'autres me l'ont ravie, et, par cet accident, Peut-être ce jeune astre est en son occident.
THÉANDRE
Quoi,' vous seul ignorez le sort de Doristée?
CLÉAGÉNOR.
Je sais qu'une autre fois les dieux me l'ont ôtée; Mais j'ignore en quel lieu peut respirer le jour Ce miracle accompli de sagesse et d'amour.
THÉANDRE
Ah! vous dois-je avouer....