‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 19 sur 406 · ACTE III, SCÈNE I. 3i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I. 3i

Brûler pour de la glace, adorer qui me hait! C'est là que ta rigueur commet une injustice, C'est oîi le châtiment est pire que le vice , Où tu ne parois plus au rang des immortels , Où ta rage nous porte à rompre tes autels ; C'est où ta cruauté fait mépriser l'essence D'un faux dieu , dont l'excès témoigne l'impuissance ; Qui vit aux passions comme nous attaché , Et ne peut égaler le supplice au péché. Qu'ont oublié jamais et mon front et mon geste De tout ce qui peut rendre un beau feu manifeste ! Et toutefois je frappe avec tous ces appas Un rocher qui répond, mais qui ne ressent pas.

( Le page passe derrière elle. )

Ah! Cloridan, cruel et barbare homicide, Quel objet peut donc vivre en ton âme?

LE PAGE

Perside !

CLiOICICE.

Quelle voix impudente interrompt mes regrets?

LE PAGE

Mais qui vous fait ici pénétrer nos secrets ?

Puis-je entendre en ces lieux si mal traiter mon maître ,

Et parler d'un seigneur qu'on n'y saurait conooître?

GLÉONICE.

Ton maître, Cloridan!

LE PAGE

Pour qui Perside sent Les pudiques ardeurs d'un brasier innocent ; Que je sers , que je cherche, à qui ce mot s'adresse. Mais ma charge m'accuse , et son repoa me pre&se.

CLEONICE.

Mais sais -tu quel endroit habite cet amant? Eh! donne une minute à mon contentement.

LE PAGE

C'est Corinlhe; on me nuit pour peu qu'on me détourne.

CLEONICE.

Simple, c'est en ce heu que ton maître séjourne : Des sujets importans l'ont arrêté chez nous. Reviens, et me fais voir un visage plus doux; Il n'est plus à Perside, il est à Cléonice.

( Il rcYicnt à elle. )

LE PAGE

Le sort en m'affligeant me rend un bon office; Trahissant ma maîtresse, il m'épargne des pas.

CLÉONICE

Et si l'or a sur toi d'assez puissans appas , Pourvu que ton désir à ton destin réponde , Tu deviens aujourd'hui le plus heureux du monde. Tiens, me peux -tu payer de ces joyaux offerts? Eus-tu jamais les bras serrés de si beaux fers? Jouis de cette somme entre tes mains remise ; L'or ne te plaît-il point ; est-il assez de mise ? Use des droits qu'ici le sort t'a procurés, Et ne sois plus captif qu'en des liens dorés.

LE PAGE

Semblable au malheureux qui se croit riche en songe , Que la fortune flatte avec un beau mensonge , Mais qu'un soupçon timide a d'autre part atteint, Je doute si mon bien est véritable ou feint : Et, quoiqu'on voie. ici la vérité si nue.

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