ACTE ni, SCÈNE II. agS
ORA.NTE.
Vous ne m'écoutez pas ?
ARISTE
Las! qu'est-il nécessaire, Quand les coups sont reçus , d'ouïr son adversaire? Et que me serviroient des torrens de discours , Fêtant plus en état d'espérer du secours ? Je sais, cruelle Orante, avec quel artifice Vous pouvez à mes yeux déguiser l'injustice ; - Vous ne manquez jamais d'art et d'inventions Pour faire autoriser toutes vos actions : S'il plaît à votre voix , en beaux termes féconde , le serai criminel aux yeux de tout le monde j Et, si Ton vous entend, vous aurez mérité La couronne et le prix de la fidélité. Moi, je n'ai point recours à des armes pareilles; Tai déjà trop long- temps possédé vos oreilles : Adieu , pour me déplaire obligez qui vous plaît ; Mon cœur à qui le veut cède son intérêt. Près de quitter Paris, je vous rends, infidèle. Ces gages criminels d'une amour criminelle^ Et j'atteste le ciel de la confusion Que j'ai d'avoir souffert à votre occasion.
O&ANTE
Vous m'honoriez beaucoup.
ARISTE
Bien plus que ne mérita Une fille orgueilleuse , inconstante , hypocrite , Qui trouve également tous devoirs importuns , Qui s'en rit, et d'ailleurs dont les traits sont conununs. ' I^e vous figurez pas causer autant de peine
agô LA DIANE,
Que le prince de Troie en souffrit pour Hélène. Lorsque je vous nommois charmante et san» défauts, A quelques vrais discours j'en ajoutois de faux: J'ai dit que votre esprit étoit inimitable , Mais j'étois complaisant bien plus que véritable; J'ai soupiré souvent sans beaucoup de douleur, Et j'ai vu des malheurs pires que mon malheur.
ORAITTE,
£ntendrai-je long-temps des discours de la sorte?
ARISTE.'
Entendez-les ou non , c'est ce qui ne m'importe ;
Mon cœur est dépouillé de tous ces vains respects,
Qui font faire aux amans des complimens suspects,
Elever leur maîtresse à la gloire des anges ,
Et rendre un esprit vain par de vaines louanges.
Je parle sans dessein , et si votre miroir
Parle autrement que moi, ne croyez pas vous voir.
Adieu , vivez heureuse entre les bras d'un autre ,
Et haïssez mon nom comme je hais le vôtre.
( A part en s'en allant. )
Las! malgré le respect que j'avois proposé De ne point violer, ma voix a trop osé: Pour ce qu'elle me plaît, je tâche à lui déplaire. Et rien que mon amour n'excite ma colère.