ACTE III, SCÈNE IV
Et jetant Ters le ciel un œil triste et mourant : Tentrois sans lui parler, quand , d'une voix tremblante }ui figuroit assez Tennui qui le tourmente : '■ Ma fille , m'a-t-il dit , si tu sers Filémon , je père de madame , et si tu sais mon nom , H)Iige un malheureux, assure cette belle Quelle me nonmfie à toft lâche, aveugle, infidèle, It que le vil objet qui cause ses mépris . bien touohé mes yeux , mais non pas mes esprits ; y il est vrai qu'autrefois j'estimois son visage , bmme on prise une fleur , de la neige , une image ; bis que j'avois ma peine , et mon honneur plus cher, [ue de brûler pour elle et de la rechercher ; ju'elle se vante à tort de promesses frivoles , t qui n'obligent point n'étant que des paroles ; |a elle doit mes écrits à l'importunité , lue cent fois son amour m'en a sollicité ; l que j'écrivois plus pour exercer ma veine jae pour entretenir son espérance vaine, tnmte m'auroit cru; mais cet objet charmant iem'a pas accordé de parler un moment, i la nécessité de souffrir sa colère , lui rompt notre alliance et qui me désespère , orce ma liberté de s'engager ailleurs.
Kl je rencontre au moins des traitemens meilleurs, e vais trouver Rosinde. »
ORAlfTE.
O dieux ! pour me déplaire , •^ traître va s'offrir à ma pire adversaire. )ue ce superbe esprit triomphe de mes biens , -* possède un captif qui sort de mes li^ns! ^ '^ ne le peux souffrir, que cet amant volage
3o© LÀ DIANE,
A ro{yet de ma haine aille offrir son hommage. J'accorde son pardon aux maux qu'il a soufferts^ J'accepte sa franchise et je lui rends ses fers. Mais s'il s'est obligé d'aimer cette maîtresse. Crois-tu qu'il se résolve à rompre sa promesse?
CELIItJÊE.
Je peux tout ruiner, quand même Lysimant
N'y consentiroit pas ; écoutez seulement.
Passant chez mes parens le cours de mon enfance ,
Au village où le ciel m'a fait prendre naissance ,
Durant cinq ou six ans j'ai gardé mes troupeaux
Vers un lieu que Rosinde a près de nos hameaux;
Et dans cette maison j'avois une compagne,
Qui les gardoit aussi dans la même campagne.
Notre sort accordoit son esprit et le mien ;
Je trouvois des douceurs en son jeune entretien,
Et me plaisois surtout d'entendre cette fille ,
Me parler de Rosinde et vanter sa famille ;
Elle me disoit tout : enfin j'appris un jour ,
(M'enquérant quel objet possédoit son amour,)
Qu'elle étoit, dès six ans, promise en mariage
A l'un de ses cousins égal de biens et d'âge,
Fils d'une Portugaise, et qui n'eut qu'une sœur
Qui le laissa bientôt unique possesseur.
A ses tristes parens la mort la vint soustraire ,
Comme on la nourrissoit au logis de mon père.
Lysandre, c'est son nom, lorsqu'il fut un peu grand,
Fut visiter sa mère et quitta son parent ;
Mais bientôt de cet heur sa mère fut privée :
Elle mourut un mois après son arrivée.
Depuis , par ses parens il se fit accorder
Un nombre de vaisseaux qu'il voulut hasarder: