‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 24 sur 406 · ACTE m, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IL

Que je prise bien plus ma mort que votre vie :

Si Perside est ici , les tounnens y sont doux ,

Et le moindre des morts est plus heureux que vous.

Vante, dieu des amans, vanle« ton avantage,

Tes frères désormais environt ton partage ;

Ils n'ont jamais trouvé de miracles si beaux,

Dans Fempire des cieux ni dans le sein des eaux ,

Et les moindre appas dont ma belle est pourvue ;

Mais qu'au moins tes plaisirs soient bornés de la vue!

Dieux! que je m'entretiens d'inutiles propos.

Et que je me tourmente en ce lieu de repos !

Ah ! que sensiblement un rival vous outrage ,

Mortels, si même une ombre est capable d'ombrage !

Quittons ces vains discours , et parmi tant d'esprits

Tâchons à découvrir celui de ma Cypris.

Mais , quoi ! rien ne paraît en ce mortel empire ,

Et j'entends seulement que quelque ombre y soupire;

Suivons ce petit bruit, et cherchons pas à pas

Quelqu'un qui nous apprenne où brillent ses appas.

Belle âme, si ma voix ici ne t'importune,

Cet esprit que la mort a joint à ta fortune ,

Et qui sort fraîchement de son vivant cercueil,

Conjure ta pitié d'un favorable accueil ;

Fais connaître à mon ombre , à cet abord saisie ,

Que même dans l'enfer règne la courtoisie ;

Par les droits les plus beaux que l'amour y prétend.

Viens me conduire aux lieux où Perside m'attend. ^

Mais, dieux! comme elle fuit, cette ombre impitoyable!

Craintive, as -tu trouvé mon abord effroyable?

Ai -je encor de là -haut quelque trait retenu ,

Et ne suis «je à tes yeux un esprit assez nu?

Si je vis plus long «temps dans cette inquiétude.

4o L'HYPOCONDRIAQUE,

Enfin lu répondras de ton ingratitude;

Mon beau soleil , sensible à ces affronts soufferts ,

Peut tout anéantir ce qui vit aux enfers ;

Et, s'il daigne éclairer sur ces rivages sombres,

Vous mourrez à l'instant, vaines et faibles ombres.

( Cléouice-et sa nourrice arrivent.)

CLÉONICE

Donc, pour me procurer un traitement plus doux, Ni la flamme ni l'eau ne peuvent rien sur vous ; Donccontre vos froideursmesfeuxn'ontpointde charmes^ Et mon affection ne peut rien par mes larmes.

CLORIDA.N, la prenant pour Perside, Enfin mon bien succède à mes longues erreurs: Saint et sacré sujet de mes douces fureurs. Notre commun bonheur a nos courses finies. Et Tamour voit enfin nos âmes réunies.

Sus, mêlons les baisers à des trsinsports si doux^ Ma déesse , et rendons tous ces esprits jaloux. Dieux ! qui dans ces plaisirs conserveroit sa vie ? Si la mort n'eût osé , l'amour nous l'eût ravie.

CLÉONICE

J'ai toujours espéré que mes soupirs, un jour, Rendroient ce beau rocher sensible à mon amour; Mais témoigne à mon œil, encore tout humide, Que tu n'auras jamais de dessein pour Perside ; Méprise ses faveurs, et me romps ces liens Qui choquent mon humeur, pour t'enchaîner aux miens.

CLORIDAV. '

Perside, eh! quel malheur a changé ce courage, Et vous porte à me faire un si cruel outrage ? Vos appas m'ont -ils fait un rival aux enfers ,

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