ACTE m, SCÈNE II. 4i
Dont Tamour vous oblige à m'arraclier mes fers ? N'êtes* vous plus sensible à des flammes si saintes? La mort aVec vos jours les auroit-elle éteintes? £t^ m'enviant Fhonneur.de vivre sous vos lois, Veut -elle que je meure une seconde fois?
CLÉONICE
En ces propos obscurs qui peut
CLORIDAN
Ainsi, Perside S est acquis chez les morts le titre d'homicide. Ainsi , cruelle , ainsi la voix et les regards Qui me flattoient au monde , ici me sont des dards. Oubli , mon seul remède , où coule ici ton onde , Eteins , beau fleuve , éteins le plus beau feu du monde ! Relève, cher espoir, mon courage abattu, Je sens mon mfortune et je sais ta vertu ; Que , sortant de tes eaux , on sort de tout servage , Et qu'on trouve toujours sa franchise au rivage. Cherchons la guérison dans son humide sein ; Adieu, tu ne peux plus divertir mon dessein.
( Il fuit dans le cliAteau. )
CLÉONICE
Tu crois donc, inhumain, couvrir ta tyrannie
Du voile spécieux d'une feinte manie ;
Et, pour te dégager, tu crois que c'est assez
Que de paraître fou à mes yeux insensés.
Ta feinte est trop h nu, mets un peu plus d'étude
 pallier mon mal et ton ingratitude ;
Pour sortir de ces lieux, il est hors de saison
De feindre être sorti des bords de la raison ;
Fuse pour t'échapper de cette étrange sorte ,
Où ton moindre vouloir te peut ouvrir la porte.
Il est vrai que'je t'aime , et qu'un brasier si beau
M'est cher, et ne peut plus être éteint qu'au tombeau;
Que ce cœur ne pourra te croire absent et vivre ,
Enfin que j'ai la mort ou ton objet à suivre;
Qu'en ces extrémités il me faut recevoir
Les conseils de l'amour ou ceux du désespoir;
Mais fuis , si le soupçon de ma suite t'arrête :
La Parque a pour, mes maux une assistance prête ;
On trouve son repos dans la perte du jour,
Et son trait est plus doux que tous les traits d'amour,
Il livre une douleur plus brève et moins aiguë.
Qui me détourneroit le fer ou la ciguë,
Ou qui feroit veiller des argus pour m'ôtçr
L'heureuse occasion de me précipiter,
Se promettroit en Vain de retenir mon âme ,
Et j'éteindrois ma vie avecque de la flamme.
Celle qui pour mourir trompa tant d'habitàns,
Ne m'a dans ce dessein précédé que du temps.
Mais ce corps pâle et froid succombe en sa foiblesse,
La mort me vient saisir et ma force me laisse.