‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 250 sur 406 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CLÉONTE, LYSIS liéy LA REINE, CLORIMAND,

et AUTRES SERVITEURS.

CLÉOJVTE.

EoYain j'ai poursuivi ces âmes criminelles, La peur leur a donné de favorables ailes : D'eux tous, ce cavalier est le plus généreux, Qui vient le front ouvert vous répondre pour eux.

LTSIS. ,

Je ne souhaite point la gloire qu'il me donne,

Madame, je n'entends répondre de personne.

Et mille cabarets à Palerme font foi

Que bien souvent j'ai peine à bien payer pour moi.

Ah! mon maître, est-ce vous? voyez ces mains liées!

Avez-vous aujourd'hui mes peines oubliées?

Ke suis-je plus Lysis, et puis-je voir ce front

Ne se pas témoigner sensible à mon affront?

Me laisse2;-vous souffrir la qualité de traître?

Ai-je été quelquefois infidèle à mon maître?

Et n'ai-je tous les jours défié le trépas

Où vos commandemens ont appelé mes pas?

CLORIMAND, joar/o/z^ (i Cléonte.

Cet homme est de mes gens , et j'aime sa folie Pour ce qu'elle est contraire à ma mélancolie. Ayant dans les chemins souffert de longs travaux, W ne suit que de loin les pas de nos chevaux : Ainsi, le rencontrant , vous l'avez cru du nombre Qu'on a vu disparoître à l'objet de votre ombre.

LA REIICE.

Rompez-lui ces liens, rassurez ses esprits.

Il nous doit excuser, sachant qu'on s'est mépris.

LTSIS.

Non, je n'excuse rien : afin que je pardonne. Il faut qu'absolument mon maître me l'ordonne. Ou je rends par ce bras mon esprit satisfait , Sacrifiant leurs jours à l'affront qu'ils m'ont fait.

CLORIMAWD. ,

Tout beau! tout beau! Lysis, nous parlons à la reine: Lui tenant ces discours tu mérites sa haine, Et, si sa majesté suivoit mon sentiment, D'éternelles prisons seroient ton châtiment.

i,YSis, à genoux.

Ah! madame, excusez; rien que mon ignorance N'a porté mon esprit à cette irrévérence : ' Si je dois le pardon aux seigneurs que voici, M'étant mépris comme eux, on me le doit aussi. Il est vrai que je hais la qualité de traître, Et que j'aime l'honneur à cause de mon maître. Mais Taffront est passé, je me veux contenir. Et leur donner leur grâce afin de l'obtenir.

Vraiment j'en fais état : sa candeur est aimable. Et sa bouffonne humeur n'est pas désagréable. Cléonte, ayez souci de ce jeune étranger; Si jamais votre esprit se plut à m'obhger. Honorez sa vertu de la même caresse Que si je me donnois moi-même pour hôtesse: Je connois son mérite, et, si vous l'estimez. Assurez-vous qu'en lui c'est moi que vous aimez.

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