ACTE II,. SCENE IL
ISABELLE
Je demeure confuse à ces tristes propos. Hé! qui de vos voisiiis trouble votre repos?
Un qui rend de^ plus fiers les armes inutiles ,
Qui brûle ses sujets, qui oemolit des villes,
Qui se fait redouter des plus ambitieux ,
Qui meut toute la terre et fait la guerre aux cieux;
Un de qui la puissance , ou nuisible , ou seconde ,
Quand il Ta résolu, blesse ou guérit le monde.
ISABELLE
Si l'on s'armoit, madame, et qu'on lui résistât! Mais est-il bien avant déjà dans cet état?
LA REIITE.
^}k jusques au cœur il a porté ses armes ; Déjà ses cruautés t'ont arraché des larmes; Tu le sens , tu le crains , il marche sur tes pas ; Tu l'as nommé cent fois, et ne le connois pas ?
ISABELLE
)ue vous causez de trouble à mon âme incertaine! Montrez-le moi , madame , et me tirez de peine.
^e qui se plaint Âdraste , exprimant son souci ?
ISABELLE
û'Amour.
Et c'est de qui je me veux plaindre aussi, -•e tyran de nos cœurs a ma raison blessée; -»et aveugle démon gouverne ma pensée ; ^i jamais un mortel expira par le feu, -•rois-moi, je ne vis plus, V)u je mourrai dans peu.
ISABELLE
Il est vrai que l'amour fait de rudes atteintes, Mais cela ne peut pas autoriser vos plaintes; Celui se plaint, qui brûle, et ne peut posséder: Mais pourquoi vous, madame, à qui tout doit céder? Aimez-vous un rocher, un^bre, une fontaine? Sont-ce là les objets qui causent votre peine? Un rocher, répondant à vos divins accens , Par votre propre voix a-t-il charmé vos sens? Un arbre, pour vous voir de son amour éprise, A-t-il fourni des traits au dieu qui vous maîtrise? Un ruisseau vous a-t-il vos yeux représentés , Et touché votre cœur par vos propres beautés ?
LA REITTE.
Amour , qui connoissoit mon âme si facile,
Pour me venir dompter a quitté la Sicile :
Amour même est venu sous ses lois me ranger ,
Et tu le viens de voir en habit étranger :
Tu l'as vu qui marchoit à côté de Cléônte.
Mais je crois que ces lieux vont rougir de ma honte.
Dieux! eussé-je espéré si lourdement faillir.
Et qu'on me pût défaire aussitôt qu'assaillir?
Qu'un moment, qu'un regard pût vaincre ma constance?
Mais l'Amour est un dieu, tout cède à sa puissance.
ISABELLE
Cet étranger, madame, est possible de rang Qui puisse par l'hymen le joindre à votre sang. Adraste me contoit sa rencontre imprévue. Et commençoit encor quand nous vous avons vue.
Son roi vouloit qu'ici l'on achevât son sort. Des traîtres l'assaiiloient , j'ai diverti sa mort ,