ACTE II, SCÈNE II
Tai lu dans les secrets de son âme innocente : Son crime est seulement d'avoir aimé l'iqfante. Pour avoir mérité sa réciproque amour, Son roi se proposoit de le priver du jour; Mais dans peu tu sauras plus au long cette histoire. Il suffit, ce vainqueur triomphe de ma gloire; lefeindrois vainement^ il le faut avouer. Reporte des liens qu'on ne peut dénouer; £t, si tu ne promets du secours à mes peines , Je dois bien redouter de mourir dans ses chaînes.
ISABELLE
In quoi puis-je obéir à votre majesté?
Tous savez mon ardeur et ma fidélité.
Je la sais , ma mignonne , et c'est aussi la cause Qui fait que sur tes soins mon espoir se repose ; Que je xais engager mon bonheur à ta foi, M que tous mes desseins ne s'ouvriront qu'à toi. Teins de brûlei^ pour lui d^une ardeur sans seconde; Cest l'unique remède où mon espoir se fonde. Ecris, pleure, languis , fais parler tes attraits; Fais tirer à l'Amour les plus doux de ses traits; Tu peux, si ton esprit tous ces moyens essaie, Par une fausse ardeur en causer une vraie.
ISABELLE
Mais en feignant, madame, un feu si véhément, " me faut donc résoudre à perdre mon amant?
simple, qui ne sais pas qu'à la fille avisée, ^-buser tous les cœurs est une chose aisée!
Telle en trahit un cent, et se fait aimer d'eux ; Et tu n'espères pas d'en pouvoir tromper deux?
ISABELLE
Si pour vous obéir ma perte est nécessaire.
J'offre mes jours, madame, au désir de vous plaire;
Ne m'honorez jamais de votre affection,
Si le tout ne répond à votre intention. .
Mes yeux, pour commencer, apprendront de ma glace
Avec quels mouvemens ils auront plus de grâce, -
Par quels ris je pourrai m'acquérir plus de vœux,
Et par quelle frisure embellir mes cheveux ;
Pour rendre à mes désirs son âme résignée ,
S'il vous plaît, j^emploîrai le fard et la saignée;
Mes mains emprunteront la blancheur des onguens;
Je veux, pour les polir, avoir au lit des gants;
Je consens qu'un tailleur inventif et fidèle, .
Pour me rendre le port et la taille plus belle,
N'épargne en mes habits ni baleine, ni fer,
Et me serre le corps jusques à m'étouffer;
Je parlerai toujours de soupirs et de flamme
A ce jeune étranger qui vous a ravi l'âme;
Je n'épargnerai point les pas de cent valets ,
Et mille cœurs navrés empliront mes poulets;
Je m'y qualifîrai du nom de prisonnière.
Lui du nom de mon tout, de ma seule lumière;
Ce ne seront qu'amours, que soupirs et que vœux;
Je les cachèterai de mes propres cheveux;
Je verserai des pleurs, il me verra malade
Si quelqu'autre en obtient seulement une œillade.
Ma mignonne, tout beau, c'est trop bien m'obéir, Et , pensant m'obliger, tu pourrois me trahir.