‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 265 sur 406 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

CLORIMAND.

Ah ! ne fais point ce tort à ces divins appas : lifous aimons bien les dieux, et ne les voyons pas; Cirois que ses volontés ne sont point sans mystère ; ^e ce point te suffise et t'oblige à te taire. Idieu, fais bonne garde , et songe à m'avertir ii quelque objet venoit mes plaisirs divertir, ^entends déjà du bruit.

(La reine paroît à la fenêtre. )

Est-ce toi, ma lumière?

CLORIMAIVD.

^ous enviez toujours d'être ici la première, iitant si paresseux pour un bonheur si cher, e vous donne beaucoup de quoi me reprocher; lais voulez-vous toujours,, ma déesse , mon âme , fe la seule parole entretenir ma flamme? imerai-je long-temps sous de si dures lois? doré-je un écho ? n'êtes-vous qu'une voix ? t l'amour m'auroit-il réduit à la misère e vivre si constant pour chose si légère? tons-lui , ma déesse , un si fucheux bandeau ; aissons-lui voir le jour , donnons-lui son flambeau ; 1 nuit, nous allumons le feu qui nous fait plaindre, t les autres amans l'employent à l'éteindre; '. nbtre amour produit ses fleurs durant la nuit, n quel temps voulez-vous qu'il produise du fruit ? our le moins, attendant la fin de mes supplices, |ue comme un autre sens mes yeux aient leurs délices: 'uisque la main du ciel doit conjoindre nos jours , aisons son œil témoin de nos chastes amours.

38ô LES OCCASIONS PERDUES,

Sachant quelle raison cause cette contrainte, Tu serois le premier à condamner ta plainte. Un nombre d'envieux nuit à notre bonheur : J'aime bien Clorimand, mais j'aime aussi l'honneur. Si tu savois combien je vois de monde en peine De me rendre odieuse ou suspecte à la reine , Combien de médisans^ combien d'amans transis, Que je laisse pour toi, dressent là leurs soucis. Crois que tu me loûrois de beaucoup de franchise. Que sais-je si bientôt je ne serai surprise? Si l'on n'a point ici quelques pièges tendus. Et si tous nos discours ne sont point entendus? La cour a-t-elle pas des espions sans nombre , Et qui sont clairvqyans dans le milieu de l'ombre? Le courage déjà de crainte me défaut.

Approche, mon souci, ne parlons plus si haut.

(Ils parlent loog-temps tout bas. )

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