‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 284 sur 406 · ADRASTE, CLÉONTE · texte numérisé non relu

ADRASTE, CLÉONTE

ADRA.STE

Plus tu me \eux guérir et plus mon mal empire; U a dessus mon âme un souverain empire, Cléonte, il est trop vrai, tout espoir m'est ôté: Elle a trahi mes feux, Imfidèle beauté! ['espérois , quand j'ai vu ma perte si certaine , ^ue mon éloignement allégeroit ma peine ; Mais que cette espérance a mon esprit déçu, Et qu'on fuit vainement quand le coup est reçu ! Il sembloit que , changeant l'allure coutumière , Mon cheval marchât moins en avant qu'en arrière, [j|u'il craignît d'avancer, et que cet animal. Moins léger qu'elle n'est, fût sensible à mon mal. Enfin, tu me tenois; ma honte et mon courage Ont contre mon espoir diverti mon voyage; Me voici de retour, et ce vil étranger. Si ce fer m'est propice , ira seul voyager, Tu sais en quel endroit, en ces royaumes sombres* Dû , si l'on fait l'amour, on ne la fait qu'aux ombres.

CLÉONTE

!Jue je prends sans raison le soin de vous aider, Et qu'il est malaisé de vous persuader!

4ia LES OCCASION^ PERDUES,

Perdez cette croyance, épargnez Isabelle^ La reine l'idolâtre, il n'est aimé que d'elle; Vivez, vivez content : de tous les amoureux, . !N'en plaignez point que moi^ je suis seul malheureux. Il est vrai que lui-même ignore sa maîtresse^ Ne sait pas qui l'adore et qui lui fait caresse: Pensant entretenir Isabelle les nuits ^ La reine, cher ami, lui conte ses ennuis.

ADRASTE

Délivrez votre esprit de cette frénésie; Cette croyance naît de votre jalousie. •

Âh! vous gardez long-temps ces doutes superflus: La haine l'avouant, que désirez- vous plus? Elle a trop clairement cette amour découverte. Hélas! ma propre bouche a prononcé ma perte. Est-il quelque malheur à celui-ci pareil ? Elle a pour me trahir imploré mon conseil. J'ai fait, voyant son âme à moi seul asservie. Parler ma propre voix contre ma propre vie : Elle a reçu de moi le conseil de choisir Un époux qui ne fût son pareil qu'en désir. Dont l'amour fût égal à son ardeur extrême : Ainsi j'ai prononcé ma sentence moi-même. Son cœur s'est déclaré pour ce vil étranger : Sous. une loi commune hymen les va rangw; Et cette même nuit il repose en sa couche , Si la compassion de mon mal ne vous touche , Si votre bras ne m'aide au dessein que j'ai fait De rendre par sa mort mon esprit satisfait*

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