‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 305 sur 406 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

ROSÉLIE.

PTen soyez point jaloux : selon que je propose,

Et vous et ce grand prince obtiendrez même chose ,

Car pour toute faveur vous n'aurez qu'un adieu.

TI31ANDRE

Non, ce n'est pas ainsi que l'on sort de ce lieu; [1 faut suivre mes pas, ma charge est trop expresse; Songez de quelle part ma parole vous presse ; Vous dussiez estimer cet honneur glorieux ; D'un amant, gardez-vous de faire un furieux.

ROSALIE, s^ôtant le mouchoir du i^isage.

Cruel, dois-tu porter ces mots à mes pareilles, Et voudrois-tu bien voir ce que tu me conseilles? Ife porterois-tu pas un poignard dans mon sein , Si je te promettois d'accomplir ton dessein?

TIMANDKE.

Ah! ma sœur, est-ce vous?

ROSÉLIE.

Il faltait qu'en personne Je roi vînt m'apporter son sceptre et sa couronne , Employer contue moi tous ses vœux et ses soins , Chasser d'ici le jour, en bannir les témoins, fe laisser en ce lieu qu'amour et le silence, ^émîr, verser des pleurs, user de violence, ar un vrai désespoir prouver de vrais ennuis , 1 étoit là le moyen de savoir qui je suis; •nfin vous auriez vu qu'avec toute sa peine l n'auroit eu pour moi qu'une espérance vainc. ster à mon bonheur vous-même l'hameçon , • étoit là m' éprouver de mauvaise façon ;

Faites de mon esprit davantage de compte, Et n'appréhendez point de rougir de ma honte, Quand mes plus doux plaisirs ne seroient pas bornés Par l'enclos du village où vous me retenez.

TIMANDRE.

Achève, chère sœur, cette inutile plainte; Je ne conçus jamais une pareille feinte : Je crois que ta sagesse est sans comparaison, Que rien ne doit veiller sur toi que ta raison; Crois que je suis sensible au sujet qui t'afflige y Qu'à ton éloignement la contrainte m'oblige; Car connoissant qu'Alcandre estimoit tes appas, Quoiqu'il soit de naissance à ne l'épouser pas, , Devions-nous pas, ma sœur, redouter l'insolence D^un qui peut employer jusqu'à la violence , Qui peut effectuer d'un empire absolu.

Etant frère du roi, quoi qu'il ait résolu? Mais ce mal est suivi de la pire infortune Qui pouvoit jamais être à nos jours importune: Je crains de succomber au soin que je te doi , Tâchant de résister aux passions du roi. Espérer que l'hymen t'honore de sa couche. Ce discours seulement messied à notre bouche: Aussi, qu'aucun respect le puisse modérer. C'est ce que son humeur me défend d'espérer; 11 faut que tout succède à cette âme hautaine. Le ciel ne rendroit pas son entreprise vaine; La force ou la colère éteindront ses amours, 11 n'épargnera pas ton honneur ou nos jours.

ROSÉLIE.

J'apprends de ce discours ma dernière aventure. C'est que Ton me prépare une étroite clôture ;

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