ACTE I, SCÈNE III
Je vis pour être esclave , et l'on s'est irrité
Qu'il me restât encore un peu de liberté.
Eh bien ! que Ton dispose à son gré de ma vie.
Sans de ces vains discours pallier cette envie:
Ne feignez point qu'un roi trouve en moi des appas,
Mais dites seulement que je ne vous plais pas.
Pourquoi rejetez-vous avecque tant de peine
Sur son affection l'effet de votre haine ?
Vous faites vainement agir tant de ressorts;
Dites de quels habits il faut couvrir ce corps;
Déclarez quelle règle à mes jours est prescrite,
Quel enclos à mes pas doit servir de limite.
TIMAirnRE.
Ah! ne m'accusez point de cette intention, Bla sœur, vous jugez mal de mon affection; lie roi m'envoie ici, son amour est extrême, Ktje n'avance rien que la vérité même.
Hc vous connoissant pas je voulois vous trahir, Et vous faire approuver ce qu'il vous faut haïr ; Biais quittons ce discours , et détournons l'orage Qui menace, ma. sœur, votre honneur du naufrage. Si je trouve à l'hymen votre cœur préparé , Ce moyen, ce me semble, est le plus assuré, ïâris depuis long-temps idolâtre vos charmes : ▼ous savez ses désirs, vous avez vu ses larmes; «fous joindrons votre sort à sa condition S vous êtes sensible à son affection.
Aujourd'hui ce seigneur arrive avec la reine; Etes- vous disposée à soulager sa peine? -•e remède, ma sœur, est le seul que je voi ^ont on puisse arrêter les passions du roi.
ROSÉLIE. ^
Selon votre désir, disposez de mon âme, Vous seul la pouvez rendre ou de glace , ou de flamme; Vous savez que je suis incapable de choix, Puisque l'obéissance est aveugle, et sans voix. ^
TIMANDRE.
J'espère ainsi de vous, et ce remède unique Peut détourner du roi le pouvoir tyrannique. Mais il vous faut, ma sœur, retirer de ces lieux; J'appréhende pour vous, les rois ont beaucoup d yeux. La reine vienne ou non, que vous sert sa venue? Allez changer d'habits, et craignez d'être vue.
(Il sort.)
liOSÉLiE ^ à F/orîs.
Le vain respect d'un frère a retenu ma voix Dans les termes honteux de celer qui j'aimois ; Je cherche les déserts, j'y parle de mes peines; J'entretiens de mes feux les bois et les fontaipes, Je conte à des rochers ce qu'Alcandre a d'appas, D'autant que je sais bien qu'ils ne m'entendent pas. Ailleurs, je n'ose user de licences pareilles. Et je n'ai point de bouche où je vois des oreilles; Je crains de publier mon amoureux tourment Aux lieux où je puis voir un oiseau seulement. Triomphe, mon amour, de cette humeur craintive; Confessons, publions qu'Alcandre nous captive: Quelque effort qu'on oppose au bonheur que je veux, Jamais un autre objet n'obtiendra de mes vœux.
FLORIS
Ah! ce discours me plaît, c'est parler en amante: Remédiez vous-même au mal qui vous tourmente.