LE ROI, ROSÉLIE, ALCANDRE
LE ROI, a Rosalie.
Ne me fais point languir, prononce ma sentence,
ûois-je espérer le prix, ou bien la repentance?
^t m'assassine plus de ces froids complimens,
Et ne me parle point contre tes sentimens.
t*on cœur est à l'amour comme le mien sensible ,
ït puis qu'il en est digne, il en est susceptible.
fature en nous formant travaille avec dessein,
Dt seule aux passions nous dispose le sein;
le qui doit être aimé, son soin le rend aimable;
!e que l'on doit haïr , il est désagréable ;
llie met en la voix, aux yeux, au port, au pas,
l'ordonnance d'aimer ou bien de n'aimer pas;
it toujours elle rend, cette ouvrière suprême,
usceptible d'amour , ce qu'elle veut qu'on aime.
les difformes objets qu'elle fait par mépris
fe peuvent jamais prendre, et ne sont jamais pris;
L leur grossière humeur leurs âmes obéissent ;
Is suivent leur justice, on les hait, ils haïssent,
46o L'HEUREUSE CONSTANCE,
Sans trouver toutefois leur destin rigoureux , Car la loi de l'amour n'est pas faite pour eux. Jjes belles passions sont pour les belles âmes , Elles peuvent donner et recevoir des flammes; Et, seule de ce rang, tu veux faire estimer ' Que tu nous peux contraindre à l'amour sans aimer.
IIOSELIE.
Un ouvrier peut manquer, et, formant une chose, Il n'obtient pas toujours la fin qu'il se propose; Nature quelquefois peut désigner en vain. Et l'on a vu sortir des monstres de sa main.
ALCANDRE, à part.
Divin objet d'amour! esprit plus qu'adorable! Que privé de tes vœux je vivrois misérable!
LE ROI
Après t'a voir fait naître elle a beau méditer^ Elle ne sauroit plus soi-même s'imiter.
ROSELIE.
Sire, à ces complimens je demeure muette:
Tous les miroirs sont faux , ou je suis moins parfaite.
ALCANDRE, à pOrt.
Qu'un honnête respect à sa froideur est joint! Adorable beauté, qui ne t'aimeroit point?
LE ROI
Vois dans ce cœur ardent les charmes de ta grâce, Et ne t'assure point au rapport d'une glace , Car une fille y voit ses moindres ornemens. Elle se doit mirer aux cœurs de ses amans, Et , les voyant brûler d'une ardeur excessive , Croire qu'elle ne cède à nul objet qui vive.