‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 314 sur 406 · LE ROI, ROSÉLIE, ALCANDRE · texte numérisé non relu

LE ROI, ROSÉLIE, ALCANDRE

LE ROI, a Rosalie.

Ne me fais point languir, prononce ma sentence,

ûois-je espérer le prix, ou bien la repentance?

^t m'assassine plus de ces froids complimens,

Et ne me parle point contre tes sentimens.

t*on cœur est à l'amour comme le mien sensible ,

ït puis qu'il en est digne, il en est susceptible.

fature en nous formant travaille avec dessein,

Dt seule aux passions nous dispose le sein;

le qui doit être aimé, son soin le rend aimable;

!e que l'on doit haïr , il est désagréable ;

llie met en la voix, aux yeux, au port, au pas,

l'ordonnance d'aimer ou bien de n'aimer pas;

it toujours elle rend, cette ouvrière suprême,

usceptible d'amour , ce qu'elle veut qu'on aime.

les difformes objets qu'elle fait par mépris

fe peuvent jamais prendre, et ne sont jamais pris;

L leur grossière humeur leurs âmes obéissent ;

Is suivent leur justice, on les hait, ils haïssent,

46o L'HEUREUSE CONSTANCE,

Sans trouver toutefois leur destin rigoureux , Car la loi de l'amour n'est pas faite pour eux. Jjes belles passions sont pour les belles âmes , Elles peuvent donner et recevoir des flammes; Et, seule de ce rang, tu veux faire estimer ' Que tu nous peux contraindre à l'amour sans aimer.

IIOSELIE.

Un ouvrier peut manquer, et, formant une chose, Il n'obtient pas toujours la fin qu'il se propose; Nature quelquefois peut désigner en vain. Et l'on a vu sortir des monstres de sa main.

ALCANDRE, à part.

Divin objet d'amour! esprit plus qu'adorable! Que privé de tes vœux je vivrois misérable!

LE ROI

Après t'a voir fait naître elle a beau méditer^ Elle ne sauroit plus soi-même s'imiter.

ROSELIE.

Sire, à ces complimens je demeure muette:

Tous les miroirs sont faux , ou je suis moins parfaite.

ALCANDRE, à pOrt.

Qu'un honnête respect à sa froideur est joint! Adorable beauté, qui ne t'aimeroit point?

LE ROI

Vois dans ce cœur ardent les charmes de ta grâce, Et ne t'assure point au rapport d'une glace , Car une fille y voit ses moindres ornemens. Elle se doit mirer aux cœurs de ses amans, Et , les voyant brûler d'une ardeur excessive , Croire qu'elle ne cède à nul objet qui vive.

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