‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 316 sur 406 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

ROSELIE.

Ah dieux! j'entends ces mots de la bouche d'Alcandre;

II soupçonne ma foi!

Cruel! donne ce fer, ma main te veut apprendre,

Si mon cœur aime rien que toi.

ALCANDRE

Que cette feinte, ô dieux! rend mon âmç contente,

Et m'ôte de souci !

Je t'aime, je t'adore, et, si tu vis constante, Crois que je vis constant aussi.

Les aimables soupirs, les agréables larmes! Que j'aime à t'affliger, que j'y trouve de charmes! Alors que je t'éprouve en un si digne point. Tu me fâcherois bien de ne te fâcher point.

rosjSlie.

Si mes jours durent trop , si tu veux m'ôter l'âme , Cruel, soupçonne-moi d'avoir changé de flamme; Pour plaire à ton désir ce bras me suffira, U punira ton crime , et me justifîra.

ALCANDRE

tu m'offenses, mon cœur, je te crois si fidèle I^u'on ne peut l'être plus , que tu n'es pas plus belle.

ROSELIE.

Me voyant si rebelle aux passions du roi, tu peux bien là'-dessus t'assurer de ma foi.

ALCANDRE

Si je voyois, mon cœur, revivre sur la terre

Les maîtresses du dieu qui lance le tonnerre.

Et faire à tout le monde adorer leurs appas,

Leurs charmes les plus doux ne me toucheroient pas.

Quoi que le sort m'offrît sur la terre ou sur Tonde ,

Je préfère tes yeux à Tempire du monde.

Ne cédons point, mon âme, à ces fausses clartés.

Notre flamme est réelle, et ce sont vanités;

Ce qui n'est pas encore, un instant le peut faire,

Il nous peut élever au tronc de mon frère ;

L'or peut ceindre nos fronts suivant l'ordre des ans :

Mais ne souhaitons point des fardeaux si pesans;

Pourvu qu'à mon ardeur ta passion réponde ,

Je suis roi, je suis dieu, je suis maître du monde.

ROSÉLIE.

S'il te souvient toujours des vœux que tu me ùijsj Crois que nos passions auront de beaux effets; Pourvu que ton ardeur à là mienne réponde^ Je suis reine , déesse , et maîtresse du monde.

(Hs sortent.)

Page 1