ACTE III, SCÈNE I
ROSELIE.
Ah dieux! j'entends ces mots de la bouche d'Alcandre;
II soupçonne ma foi!
Cruel! donne ce fer, ma main te veut apprendre,
Si mon cœur aime rien que toi.
ALCANDRE
Que cette feinte, ô dieux! rend mon âmç contente,
Et m'ôte de souci !
Je t'aime, je t'adore, et, si tu vis constante, Crois que je vis constant aussi.
Les aimables soupirs, les agréables larmes! Que j'aime à t'affliger, que j'y trouve de charmes! Alors que je t'éprouve en un si digne point. Tu me fâcherois bien de ne te fâcher point.
rosjSlie.
Si mes jours durent trop , si tu veux m'ôter l'âme , Cruel, soupçonne-moi d'avoir changé de flamme; Pour plaire à ton désir ce bras me suffira, U punira ton crime , et me justifîra.
ALCANDRE
tu m'offenses, mon cœur, je te crois si fidèle I^u'on ne peut l'être plus , que tu n'es pas plus belle.
ROSELIE.
Me voyant si rebelle aux passions du roi, tu peux bien là'-dessus t'assurer de ma foi.
ALCANDRE
Si je voyois, mon cœur, revivre sur la terre
Les maîtresses du dieu qui lance le tonnerre.
Et faire à tout le monde adorer leurs appas,
Leurs charmes les plus doux ne me toucheroient pas.
Quoi que le sort m'offrît sur la terre ou sur Tonde ,
Je préfère tes yeux à Tempire du monde.
Ne cédons point, mon âme, à ces fausses clartés.
Notre flamme est réelle, et ce sont vanités;
Ce qui n'est pas encore, un instant le peut faire,
Il nous peut élever au tronc de mon frère ;
L'or peut ceindre nos fronts suivant l'ordre des ans :
Mais ne souhaitons point des fardeaux si pesans;
Pourvu qu'à mon ardeur ta passion réponde ,
Je suis roi, je suis dieu, je suis maître du monde.
ROSÉLIE.
S'il te souvient toujours des vœux que tu me ùijsj Crois que nos passions auront de beaux effets; Pourvu que ton ardeur à là mienne réponde^ Je suis reine , déesse , et maîtresse du monde.
(Hs sortent.)