ACTE V, SCÈNE IV. Sog
Si je dois espérer d'attirer ta pitié ; A tes chastes attraits ma liberté s'engage, Je brûle d'accomplir notre heureux mariage. Mais qui te fait couvrir tes rares ornemens Du nom de pèlerine et de ses vêtemens ?
LA* RJEINE.
La curiosité de voir cette merveille
Qui se peut assurer de vivre sans pareille ,
El par qui je n'étois qu'un objet de mépris,
Est Tunique sujet du travail que j'ai pris.
Mais le sort me trahit; Paris m'a reconnue,
El comme il a paru surpris de ma venue,
Qb seigneur le gaussant, a son courroux ému;
Tk en venoient aux mains quand nous vous avons vu.
pXais que je suis confuse en ces métamorphoses!
.Dois-je croire, monsieur, ce changement des choses?
Et dois-je pas encore avoir l'esprit douteux
Après avoir reçu des affronts si honteux?
Ife croyez-vous sans yeux de m'envoyer ce frère
Si dissemblable à vous^ si peu digne de plaire;
Kt jogiez-vous mon cœur si capable d'amour,
Q^ue de chérir ses vœux et l'épouser un jour ?
LE ROI
ion mérite, madame, a des forces exquises; 1 a de mille cœurs asservi les franchises, j^u'on l'amène en ces lieux, et qu'il vive content: ^accorde à ses désirs l'objet qui lui plaît tant.
ROSELIE.
3^ bonheur sans pareil! ô prince magnanime ^c rendre satisfait notre espoir légitime!
5io L'HEUREUSE-CONSTANCE,
TIMANDRE.
O l'agréable jour! que ce déguisement
Nous comble tous d'honneur et de contentement!
ARGANT
Oui , si mon maître et moi sommes hors de ce nombre. Ayant pu tout avoir nous n'avons que de l'ombre. Si rien que ces beautés -ne rend ses vœux contens, Il se peut assurer de coucher seul long-temps.
(Alcandre vient, amené par des gardes j Ogier le sait.) ALCANDRE, à ^ reii>2^.
Madame, pardonnez à l'amour sans pareille Qu'entretient en mon cœur cette rare merveille; Quoiqu'on m'eût obligé de vous offrir ma foi , Je n'ai pu violer celle qu'elle a de moi. L'homme que vous voyez a la feinte conçue , Il parut sous mon nom et vous fûtes déçue j Il jugeoit aisément, dans le dessein qu'il prit, Qu'il n'étoit pas de grâce à charmer votre esprit.
OGIER
Oh! voilà bien payer mon service fidèle!
Si mon visage est laid, au moins ma taille est belle;
Et si sa majesté parle sans fiction.
Elle a senti pour moi quelque inclination.
LA REINE, en riant.
Quelle dame à vos yeux ne seroit pas atteinte, Monsieur? Je me doutai d'une pareille feinte: Voyant la majesté de ce jeune seigneur , Certain instinct me fit lui rendre de l'honneur.
LE ROI
Mon frère , bénissez cette heureuse journée Où cette belle fille à vos vœux est donnée :