‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 357 sur 406 · ACTE I, SCÈNE II. 5ai · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. 5ai

ERGASTE

Il n*est rien que j'épargne , et rien que je ne fisse

Si je pouTois autant sur l'objet de vos vœux

Que vous pouvez, monsieur, sur celui que je veux.

ttiNEGHHE Ravi.

Mais ne vois-tu jamais ce soleil de mon âme ? Ne lui parles-tu point de ma nouvelle flamme ? Et n'as-tu point sondé par quelle invention Je puis m'ii^inuer en son affection ?

ERGASTE

C'est l'esprit le plus froid de toutes vos maîtresses :

Je lui parle de vous, je vante vos largesses,

Je reproche à son cœur de s'échauffer si peu.

Je lui fais de votre âme un portrait tout de feu ,

Je feins mille to.urmens, je vous peins tout en larmes,

Je combats sa froideur de mes meilleures armes ;

Mais l'ingrate se rit des contes que je fais.

Et toute autre rendroit vos désirs satisfaits;

Car je crois que jamais ppur une jouissance

Mercuce n'employa de si douce éloquence.

Elle ne répond rien, ou me dit seulement

Que votre affection l'oblige infiniment,

Que, demeurant toujours aux termes où vous êtes,

Elle estimera fort l'honneur que vous lui faites;

Mais que d'autres espoirs vous seroient superflus.

Et que vous perdrez tout si vous demandez plus.

Bien des femmes pourtant s'étant bien défendues.

Après un long combat enfin se sont rendues;

Et l'on tient que ce sexe, en de certains momens,

Ne peut rien refuser aux vœux de ses amans.

Ne lui reprochez point vos fidèles services,

5aa LES MÉNECHMES,

Rendez-liû chaque jour de plus humbles offices; Vous devez espérer et souffrir jusqu'au bout, Puisqu'après tant de maux un moment paie tout.

MiÊifECHME Ravi.

Le ciel ne vit jamais une ardeur de la sorte; . Mes biens sont épuisés des dons que je lui porte , Et je lui vais encore offrir ce diamant Que ma femme entre tous prisoit uniquemetil. '

ERGASTE

C'est bien là pour toucher cette jeune merveille. C'est un rare moyen pour gagner son oreille. Les présens aujourd'hui sont partout adorés; L'Amour ne fait plus rien qu'avec des traits dorés; Et, de quelque beauté que la vertu se vante, L'or a bien plus d'effet sur Tesprit d'une amante* Tout cède à son pouvoir : ce métal souverain A brisé les verroux de cent portes d'airain ; Et le soleil jadis pour gagner ses maîtresses Leur montroit seulement l'or de ses blondes tresses» Les dons feront pour vous bien plus que je ne fais; Ils sont plus éloquens que je ne fus jamais ; Et sur soi cette veuve a beaucoup de puissance. Si vous n'en obtenez une entière licence.

MENEGHME Ravi.

J'y dîne avecque toi.

ERGASTE

C'est le mot que j'attends.

MENECHME Ravi.

Ton temps le permet-il?

Page 1