ACTE II, SCÈNE III
restime votre humeur , et le bien de vous voir M'est un bonheur pkis grand qu'on ne peut concevoir.
MENECHME Sosicle.
Vps yeux se sont mépris ; voyez bien mon visage. Vous pensez à quelqu'autre adresser ce langage; Mon cœur ne fut jamais sous l'hymen arrêté, Et je n'ai jamais vu votre rare beauté.
ÉROTIE.
Un passe-temps si long commence à me déplaire : ITêtes-vous pas Ménechme, et Mosque votre père? La Sicile l'endroit où vous prîtes le jour, Et ce lieu maintenant votre unique séjour?
MENECHME Sosicle.
Ecoute , Messénie : ô dieux ! quelle merveille ! En l'état oii je suis, je doute si je veille.
ÉROTIE.
Ce poinçon n'est-il pas un présent de vos mains? Pourquoi prolongez-vous des entretiens si vains Quand l'heure du repas est à demi passée, Tous les mets préparés, et la table dressée?
MESSENIE.
O dieux! ce passe-temps ne se peut trop louer !
MENECHME Sosiclc, à Messéïiie, Ne dis mot seulement , je vais tout^avouer : ^prouvons son dessein; quelques rets qu'elle dresse, Si je m'y trouve pris , je loûrai son adresse.
(AÉrotie.)
Il n'est plus temps de feindre , adorable beauté ; Vous trouvez peu d'appas en cette volupté , Et comme je feignois à dessein de vous plaire, Pour le même dessein je ne le dois plus faire.
54o LES MÉNECHMES,
Oui, je suis ce Ménechme , esclave de vos yeux.
Ces astres les plus doux qui brillent en ces lieux ^
Dont l'unique douceur me conserve la vie ,
Et m'anime au défaut de mon âme ravie.
ÉROTIE,
Ergaste viendra-t-il?
MilTEGHME Sosiclc.
Je ne le connois pas.
ÉROTIE.
Vous m'avez avec lui commandé ce repas.
MÉNECHME Sosicle.
Il a trop demeuré.
i ROTIE, lui donnant le poinçon.
Cet agréable gage, S'il çtoit émaillé, me plairoit davantage.
MÉNECHME Sosiclc.
Donnez-moi seulement, j'en prendrai le souci, Et demain au plus tard je le rapporte ici.
( A Messënie , tout bas. )
Entrons. Tiens cet argent, et m'attends au navire Cependant que je suis cet aimant qui m'attire.
( Il sort avec Érotie. )
MESSÉNIE seul.
Qu'il soit sourd maintenant à mes sages propos; Gardant ce que je tiens j'ai l'esprit en repos. Dieux! je tremblois de peur, car il est si facile Que pour une faveur il en rend toujours mille, Et que , pour le plaisir d'un repas seulement, Il nous eût mis au point de jeûner longuement.
FIN DU DEUXIEME ACTE