ACTE V, SCÈNE I
MEICEGHME Sosiclc.
As-tu l'âme bien saine?
MESSÉNIE
J'espère toutefois avoir toujours le bien • De votre compagnie çt de votre entretien.
MÉiq^ECHME Sosicle.
Que dit cet insensé?
MESSÉNIE
Vivant en domestique Qui ne relève point d'un pouvoir tyrannique , Mais de qui les devoirs et la soumission Dépendront seulement de l'inclination.
MÉNECHME Sosicle.
D'où viens- tu concevoir de si belles idées, Traître, combien as-tu de bouteilles vidées? Il te faut donc attendre, et te chercher partout. J'ai visité le port de l'un à l'autre bout , J'ai fait dans toute l'île une rechercha vaine, Et tu- passes ton temps lorsque je suis en peine ?
. MESSJÉNIE.
Relâchez-vous sitôt votre esprit généreux; Et vous repentez-vous de m'avoir fait heureux? N'airje pas à vos yeux signalé mon courage , Tiendrez-vous plus longrtemps la valeur en servage? Remettez-vous aux fers qui vous a délivré?
MENEGIIME Sosiclc.
Apprends^moi , je te prie, où tu t'es enivré? Est-ce là qu'on t'a vu signaler ton adresse? As-tu battu le maître ou querellé' l'hôtesse ?
58o LES MÉNECHMES,
O dieux! le vain propos! Ce discours m'est-il dû Pour le rare plaisir que je vous ai rendu ? Avec combien d'adresse et combien de colère Vous ai-je oté des mains d'une troupe adversaire. Qui vous trainoit sans doute aux prisons de ces lieux? Vous avez vu ces gens disparoître à mes yeux, Et vous avez donné ma franchise à ma peine, Si vous ne me flattiez d'une espérance vaine.
M£ir£CHM£ Sosicle.
D'où vient cet insensé forger ces visions, Et qui t'a vu paroître en ces occasions?
MESSJÉNIE.
Que mon sort est propice et ma fortune heureuse ! O le maître divin! ô l'âme généreuse!
Que cet homme est pourvu de rares qualités! Qui pourroit exprimer ses libéralités?
MÉNECHME Sosiclc.
Cesse de murmurer si tu ne hais ta vie, Et suis-moi chez l'objet dont mon âme est ravie. O dieux! comme à propos ces astres glorieux Viennent faire briller leur lumière à mes yeux!