‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 395 sur 406 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Quoi qu'aient jamais produit les traits que vous jetez , Quelque insigne froideur qui cède à vos amorces , Cette seule défaite a signalé leurs forces ; Jamais dans un esprit on n'a vu tant de feu , Et jafnais la raison ne combattit si peu ; Vos charmes ravissaiis m'ont forcé de me rendre Sans l'avoir consultée y et sans m'oser défendre.

M£SS£Ni£ , à part.

Oui son amour est grande : o le parfait amant !

Je meure s'il sait rien après ce compliment;

Partout où nous allons , il dit la même chose ;

Mais après ce discours il a la bouche close.

ISROTIE.

J'admire fort, monsieur^ ce changement soudain^ Je croyois n'être plus qu'un objet de dédain : Et vous voyant sortir avec tant de colère , Je ne me flattois plus de l'espoir de vous plaire. Parlons de ce poinçon que je vous ai rendu , Le cherche&-vous encore 5 où l'avez-vous perdu?

MÉITECHME Sosicle.

Il est chez un orfèvre^ et dès demain j'espère De le voir dans ce poil , si le soleil m'éclaire. Mais que je suis confus du discours que j'entends! Madame, exemptez-moi de rêver plus long-temps : Sur quoi que je médite et que je m'examine , J'ai toujours révéré votre beauté divine; Je n'ai vu ces attraits que d'xm œil amoureux, Et que dans le respect qu'on doit avoir pour eux.

ÉROTIE.

Je ne puis que comprendre en tout cet artifice; Mais entrons là-dedans que je vous y pimisse.

( Ik sortent. )

MESSEIVIE, seul.

Dieux! le malheur extrême oîi mes jours sont réduiu!

Dure condition que l'état où je suis!

Il va cueillir les fruits où son désir le porte,

Durant que je m'amuse à garder cette porte ;

Il considère peu le froid ou la chaleur,

il me croit bien partout et rit de mon malheur.

Sous quel astre inclément le ciel m'a-t-il fait naître?

Que n'est-il en ma place, et que ne suis-je maître?

Que le ciel eut pour moi d'aveugle aversion ,

De ne me tirer pas d'une autre extraction!

Que je porte d'envie à ses bonnes fortunes!

A-t-il des qualités qui ne me soient communes?

A-t-il meilleure mine, est-il plus généreux?

Pourquoi ne suis-je pas également heureux?

S'il l'emporte sur moi, c'est d'un peu d'appafrence:

Les habits seulement font notre différence ;

Et pour le rare exploit que j'ai fait en ces lieux ,

Le superbe qu'il est me dût voir d'autres }pux:

La valeur en ce siècle est bien mal reconnue;

Le vice va couvert et la vertu va nue.

Le monde est abruti, ses inclinations

Ne donnent plus de prix aux belles actions;

L'esprit n'a point de rang, le sort et la naissance

Donnent toute la gloire et toute la puissance.

Mais à quoi serviront ces doctes entretiens?

Que m'arrivera-t-il des discours que je tiens?

Mon sort ne peut changer, et toute ma science

Me profitera moins qu'un peu de patience.

(Il sort.)

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