ACTE V, SCÈNE II
Quoi qu'aient jamais produit les traits que vous jetez , Quelque insigne froideur qui cède à vos amorces , Cette seule défaite a signalé leurs forces ; Jamais dans un esprit on n'a vu tant de feu , Et jafnais la raison ne combattit si peu ; Vos charmes ravissaiis m'ont forcé de me rendre Sans l'avoir consultée y et sans m'oser défendre.
M£SS£Ni£ , à part.
Oui son amour est grande : o le parfait amant !
Je meure s'il sait rien après ce compliment;
Partout où nous allons , il dit la même chose ;
Mais après ce discours il a la bouche close.
ISROTIE.
J'admire fort, monsieur^ ce changement soudain^ Je croyois n'être plus qu'un objet de dédain : Et vous voyant sortir avec tant de colère , Je ne me flattois plus de l'espoir de vous plaire. Parlons de ce poinçon que je vous ai rendu , Le cherche&-vous encore 5 où l'avez-vous perdu?
MÉITECHME Sosicle.
Il est chez un orfèvre^ et dès demain j'espère De le voir dans ce poil , si le soleil m'éclaire. Mais que je suis confus du discours que j'entends! Madame, exemptez-moi de rêver plus long-temps : Sur quoi que je médite et que je m'examine , J'ai toujours révéré votre beauté divine; Je n'ai vu ces attraits que d'xm œil amoureux, Et que dans le respect qu'on doit avoir pour eux.
ÉROTIE.
Je ne puis que comprendre en tout cet artifice; Mais entrons là-dedans que je vous y pimisse.
( Ik sortent. )
MESSEIVIE, seul.
Dieux! le malheur extrême oîi mes jours sont réduiu!
Dure condition que l'état où je suis!
Il va cueillir les fruits où son désir le porte,
Durant que je m'amuse à garder cette porte ;
Il considère peu le froid ou la chaleur,
il me croit bien partout et rit de mon malheur.
Sous quel astre inclément le ciel m'a-t-il fait naître?
Que n'est-il en ma place, et que ne suis-je maître?
Que le ciel eut pour moi d'aveugle aversion ,
De ne me tirer pas d'une autre extraction!
Que je porte d'envie à ses bonnes fortunes!
A-t-il des qualités qui ne me soient communes?
A-t-il meilleure mine, est-il plus généreux?
Pourquoi ne suis-je pas également heureux?
S'il l'emporte sur moi, c'est d'un peu d'appafrence:
Les habits seulement font notre différence ;
Et pour le rare exploit que j'ai fait en ces lieux ,
Le superbe qu'il est me dût voir d'autres }pux:
La valeur en ce siècle est bien mal reconnue;
Le vice va couvert et la vertu va nue.
Le monde est abruti, ses inclinations
Ne donnent plus de prix aux belles actions;
L'esprit n'a point de rang, le sort et la naissance
Donnent toute la gloire et toute la puissance.
Mais à quoi serviront ces doctes entretiens?
Que m'arrivera-t-il des discours que je tiens?
Mon sort ne peut changer, et toute ma science
Me profitera moins qu'un peu de patience.
(Il sort.)