SCENE PREMIERE
CLORIDAN, seidj dans un cercueil.
liiSPRiTS, qui sans repos cherchez des vérités
Qu'on voit si clairement dans ces obscurités ;
Vous qui bravez le sort et ses métamorphoses ,
Qui pensez voir .à nu la nature des choses ,
Et qu'un ordre si beau n'ait point de fondemens
Qui ne soient découverts à vos entendemens:
Simples, ne sondez plus des mystères si sombres;
De pareilles clartés n'appartiennent qu'aux ombres.
Ici le jugement est du tout ennobli,
U apprend toute chose aux rives de l'Oubli.
Ici la vérité s'accorde aux apparences.
Le sort n'est point celui qui fait les difTérences;
La crainte ni l'espoir n'y sont point de saison,
Les sens n'y choquent point les droits de la raison.
Ici le faux objet des vanités passées
Ne sème point d'appas à nos saintes pensées:
Qui juge rien de ferme au monde , n'a point d'yeux ,
Ce n'est qu'entre les morts qu'on vit comme les dieux.
Le peuple foule aux pieds , dans ces noires provinces ,
L'or qu'il a vu briller sur la tête des princes ;
De tant d'objets divers qui traînent sous nos pas,
Le sceptre et la houlette ont de mêmes appas; Les marbres qui pavoient tant de maisons superbes , Cèdent ici le prix à la beauté des herbes; Les plus ambitieux se trouvent conviés A plaindre maintenant ceux qu'ils ont enviés : Ce qui leur fit aussi mépriser les supplices , Etouffer les vertus , entretenir les vices , Ces vaines dignités sont des objets si faux, Qu'ils n'élèvent souvent que sur des échafauds. D'un mot faire trembler tant de mers et de terres , Avoir, comme les dieux, l'usage des tonnerres. Tenir en son pouvoir tous les cœurs enchaînés , Voir autour de son char des monarques traînés. Disposer des humains avec toute licence , Ne vous est pas, mortels, une entière puissance; Les sens gagnent sur vous le titre de vainqueurs. Et mille passion^ tyrannisent vos cœurs. Au milieu de la paix les soucis vous combattent. Vos esprits sont gênés quand vos sujets s'ébattent. Ah ! qu'on vous donne à tort ces titres relevés î On vous nomme seigneurs de ceux que vous servez; Pouvant juger au vrai du poids d'une couronne, Qu'on priseroit bien peu l'éclat qui l'-environne ! Et qu'elle trouve en vous des courages parfaits, Si le chef aussitôt ne courbe sous le faix! Moi, dont un sort plus humble a gouverné la vie. Et qui ne crus jamais aux conseils, de l'envie; Qui tiens qu'un homme à tort prend cette qualité , Quand son courage est vain contre la vanité,
(Cléonice entre dans la chambre. )
J'ai, laissant toute chose, emporté cette gloire. Que rien de vicieux ne tache ma mémoire ;