SCÈNE III
LILIANE vient au-devant du roi; LE ROI, FABRICE, FILÈNE.
LILIANE
Je vois bien aujourd'hui que l'Amour n'a point d'yeux: U pensoit vous conduire en de plus nobles lieux. Connoissant mes défauts, et pesant vos mérites , Une autre recevroit l'honneur de vos visites.
if.
io6 LA BAGUE DE L'OUBLI, •
LE ROI
Dis plutôt qu'à ce coup il a pris son flambeau, Consulté la raison , déchiré son bandeau , £t qu'il n'est point ailleurs de beauté si puissante Que d'être un digne objet à ma flamme innocente. ,
Doutant de vos discours j'offenserois mon roi , Et je dois beaucoup plus vous épargner que moi. Je songe , pour nourrir ces flammes que j'enserre , Que l'on voit bien le ciel amoureux de la terre ; I/orme prête son ombre aux moindres arbrisseaux; Neptune ouvre son sein aux plus petits ruisseaux^ Et parmi tant de fleurs , dont Zéphire dispose , Il caresse la moindre aussi-bien que la rose.
LE ROI
Ce respect est contraire à nos contentemens , Et doit être banni d'entre l^s vrais amans; Qu'un baiser seulement...
LILIAITE.
Ces faveurs sont des crimes , Que votre affection peut rendre légitimes. Après tant de sermens, un hymen bienheureux Ne joindra-t-il jamais nos esprits amoureux ? Et pouvez-vous souffrir que le comte Tancrède Bientôt à votre su vous brave et me possède? Un père injurieux consent à ses désirs, Et ce consentement ruine vos plaisirs.
LE ROI
L'effet de cette foi que mon cœur t'a donnée^ Doit être précédé par un autre hyménée. Acquitté du souci que je dois à ma sœur,