‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 66 sur 406 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LE ROI, FABRICE, FILÈNE

LE ROI

Ses beaux yeux vont guérir mon esprit languissant. Mais es-tu bien certain que le duc soit absent?

FABRICE

Autant qu'il est certain que votre cœur Soupire, Que vous êtes esclaye en l'amoureux empire , Qu'un enfant vous surmonte , et que j'appris hier Que Liliane a fait d'un roi son prisonnier.

. ACTE I, SCÈNE m. io5

LE ROI

Cher Fabrice, il est vrai que j'adore ses charmes; Mais quelle déité n'auroit mis bas les armes, Et quel esprit si fort auroit vu ses appas , Et se pourrait vanter de ne les aimer pas?

FABRICE

Moi qui m'estime avoir une âme naturelle , Je la vois tous les jours sans soupirer pour elle ; Et, quoi que de beaux yeux fassent pour me trahir, G est bien aimer, pour moi , que de ne pas haïr; Je ne sens cet instinct ni ce dieu qui vous pousse , Et je n'ai jamais vu ni ses traits ni sa trousse. Avoir donné son cœur, c'est être en mauvais point : Moi, j'ai besoin du mien, et ne le donne point.

LE ROI

Et moi^ plus libéral, je ne m'en puis défendre ; Mais celle qui le tient, un jour me le doit rendre : Une heure de plaisir^ après ces maux soufferts. Éteindra tous mes feux et rompra tous mes fers. Voyons ce beau sujet de mes douces furies. Et donne pour un temps trêve à tes railleries.

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