‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 121 sur 428 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

' Le pilote est confus ; la science et Tusage Contre les grands dangers sont un foible avantage ; Le timon dans ses mains n'est plus qu'un vain fardeau ; D laisse au gré des vents régir notre vaisseau ; Et ce triste jouet d'un si puissant orage Ctmtre le port enfin va faire son naufrage. L'Amour, ce foible dieu , ne nous put secourir, Et j'ignore quel sort m'empêcha d'y périr; Mab quelque heureux destin qui m'ait tiré de l'onde , Son secours m'outrageoit s'il y laissa Floronde ; Et si de la splendeur ce jeune astre est privé , Mes mains me raviront ce qu'il m'a conservé.

SA.LMACIS, se lestant.

O&tal accident I je plains votre infortune; Mais ressentez-la moins, puisqu'elle m'est commune. Vous me verrez , monsieur , partager avec vous Ce qui vous est amer et ce €[ui vous est doux. Adieu, prenez chez nous une entière puissance, Et sachez de ma sœur mon nom et ma naissance.

^ (EJlesort.) CiPHALIE.

Dalmatie est la terre où vous poussa le sort ;

Et quelques habitans vous trouvèrent au port ,

Pile, sans mouvement et froid sur le rivage

Où vous fûtes jeté par l'effort de l'orage :

A vous voir on jugea de votre qualité ;

Et la #Éine passant où vous fûtes porté , .

Votre sort la toodia ; ses esprits s'altérèrent ,

Et de aes tristes yeux quelques larmes tombèrent ;

Elle embrassa le soin de votre guérison ,

Et vous fit transporter par ceux de sa maison.

i8o L'HEUREUX NAUFRAGE,

GLÉAl^DRE.

Et cette

CÉPHALIE.

Encor un mot vous tirera de peine :

Ma sœur est de ces lieux l'unique souveraine, . Et vous trouvez chez elle un asile assuré Contre quelque danger qui vous soit préparé.

CLIÉANDRE.

Si par l'intention son soin est estimable, Quel dieu m'oblige plus et m'est plus adorable ? Mais, hélas! qu'en effet elle a désobligé Un qui ne voit le jour que pour être afliigé! Floronde. ne vit plus ; la colère de l'onde N'aura pas épargné ce miracle du monde. Floronde, triste objet des injures du sort, - Que l'amour en ton cœur fit un fatal effort! Que j'eus une faveur à ton repos funeste! Que mon amour te fut une mortelle peste ! Et que, pour ton bonheur, tu de vois détester Le cœur que je t'offris au lieu de l'accepter! Pour moi tu dédaignas l'éclat d'un diadème, Je te fis mépriser tes parens et toi-même, Et j'exposai tes jours sur un traître élément Qui n'a pu respecter un objet si charmant* Un malheureux destin m'a sauvé de l'orage, Et tes membres sacrés ont assouvi sa rage! Je vis, et tu n'es plus! O trop lâches douleurs, De n'avoir pour ta mort que de honteuses pleunil Que fait mon sang ingrat en ces débiles veines, Qu'entretenir ma honte et que nourrir mes peines? Un vain respect du ciel détourne mon trépas. Et Cléandre peut être où Floronde n'est pas I

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