ACTE II, SCÈNE III
SALMACIS
Est-ce que votre cœur sent de la violence fin un si beau sujet d^exercer sa vaillance? Toute la Dalmatie attend de votre bras L'honneur de voir rÉjûre et sa couronne à bas ; tt, comme si déjà vos mains étoient lassées. Totre esprit s'entretient de funestes pensées. Tenons à quoi le ciel a destiné vos ans, Et mourons glorieux, ou vivons triomphans.
CLÉANDRE
AU seule douleur ma vie est destinée, Toujours en butte au sort, toujours infortunée; Et l'horreur de la mort est plus chère à mes yeux ,Qoe ne leur fut jamais la lumière des cieux.
SALMACIS
A qqi n'espère rien la mort est souhaitable.
Mais de quelles grandeurs n'êtes-vous point capable!
CLÉANDRE
Floronde ne vit plus, et sa possession Etoit le seul objet de mon ambition.
SALMACIS
Que vous pouvoit Floronde offrir qu'une couronne? Et qu'importe qu'une autre ou qu'elle vous la donne?
gl:éandre.
Elle s'offroit soi-même, et c'étoit me donner Tout ce qu'un heureux sort me pouvoit destiner.
SALMACIS
Donc aucune à vos yeux ne peut être si belle, Et vous n'y trouvez rien de ce qui ftit en elle ?
19a L'HEUREUX NAUFRAGE,
Toutes ont pour mes yeux de trop dignes attraits, Mais toutes pour mon cœur ont d'inutiles traits.
SALMACIS
Pour l'oublier sitôt sa perte est trop récente. Mais la force du temps passera votre attente.
CLÉANDRE
Avant que de foimer des desseins inconstans. Je m'exempterai bien de la force du temps.
SALMACIS
La mort seule vous peut soustraire à son empire?
CLËANDRE.
Et la mort est aussi le seul bien oii j'aspire.
SALMACIS, tout bas à Cèphalie, Ma sœur, lui dois-je ouvrir les secrets de mon sein? Ah! non, résiste, lâche, à ce honteux dessein.
cÉPHALiE, à Salmcicis.
Vous n'avez que trop dit; sa froideur est extrême, Et me touche, madame, à l'égal de vous-même. •
SALMACIS, a Cléandre.
L'absence change enfin les plus fermes amans. Et le temps résoudra vos divers sentimens : Cependant estimez que je tire avantage Et de votre présence et de votre courage , Et qu'avecque vos soins et vos sages conseils Je méprise TEpire et tous ses appareils.
Pour n'être pas ingrat, plus que pour ma défense, J'emploîrai tous mes soins et toute ma puissance;