ACTE IV, SCÈNE II. J
Qui m'a fait suivre ici ta fortune et tes pas, Quelle autre passion ne vaincroit-elle pas ?
CLÉKVDHE.
Ce prince dont tu tiens le bien de la naissance,
Qui t*a fait pour ma gloire exercer ta constance
Que sert de prolonger des discours superflus?
. LTSAJfOR.
Adiève donc , mon oœur.
CLIÉANDRE.
Eh bien , il ne vit plus.
in point que TOrient dissipoit les ténèbres (kl a vu de sa mort les appareils funèbres : Un de nos espions revenu de ce pas , Quand tu m'as rencontré, m'apprenoit son trépas. Arrivé plein de gloire à Thiver de son âge , D ne pouvoit du ciel souhaiter davantage : Dl^eurt craint et chéri des plus ingrats esprits , Et la mort Ta plutôt attendu que surpris.
LTSANOR.
Atteinte jusqu'au cœur, froide , Tâme troublée,
le sens de tant d'ennuis ma fortune comblée ,
Que ce triste rapport m'interdit à la fois
Et l'usage des sens et celui de la voix.
U est vrai que ses ans touchoient sa sépulture ,
Qu'il devoit comme tous ce tribut à nature ,
Et qu'il tombe d'un coup plus doux qu'impétueux : . Aussi je vois sa mort d'un œil respectueux ,
Et je n'accuse point ces puissances suprêmes
Qui n'épargnent grandeurs, sceptres, ni diadèmes;
Je n'accuse que moi ; le plus fort déplaisir
2i8 L'HEUREUX, NAUFRAGE,
Dont en cet accident je me sente sa^isir ,
C'est qu'il ait emporté sur 'a rive élysée
Une douleur qu'enfin le temps eût apaisée :
Cette juste douleur que sa fille ait été
Coupable du mépris de son autorité.
Un jour à sa fureur j'eusse arraché les armes.
Mais sa mort a ravi cet office à mes larmes ,
Et ne me laisse point la satisfaction ^
De l'avoir vu sensible à notre affection.
La mort, qui fait en nous tant de métamorphoses,
Lui fait voir aux enfers la nature des choses;
Et là, d'un œil subtil jqui perce jusqu'à nous,
Il découvre un sujet de calmer son courroux :
Il voit la pureté qui préside à nos flammes ;
Il connoît de quels traits l'Amour touche nos âmes;
Et , conune il est exempt de toute passion ,
Ne vous immole plus à son ambition.
Avec ce sentiment révérons sa mémoire ,
Estimons ses vertus et publions sa gloire;
Ne vous affligez point d'un inutile ennui,
Mais qu'on remarque en vous <juelque chose de Lui ;
Imitez cette force et ce courage extrême
Qui \e rendirent seul comparable à soi-même.
LYSANOR.
Le bien de voir ton sort à mon destin uni Me rend seul supportable un tourment infini. Tu fais toute ma force et toute ma constance , £t ma raison sans toi seroit sans résistance; Toi seul