SCÈNE IL
PAMPHILE, seul d^ abord; ensuUe If ISE^ vêtue
en cavaUer.
riKpHiLS, qui s^est endormi dans le bois^ s'éveille
au chant des rossignols ^
Petits habitans de ces bois , Témoins de ma longue tristesse , Les charmes de vos belles voix Augmentent le mal qui me blesse.
Employez ces divers accords A plaindre la triste aventure Qui mit des plumes sur vos. corps , Et vous fit changer de nature.
Vous qu'Amour ne fait plus ni gémir ni pleurer ,
Soupirez de regret de ne plus soupirer.
aÇo LA CÉLIANÉ4,
L'espoir entretient les amans, Et les flatte avec tant de charmes , Que vos plus doux contentemens Sont plus ennuyeux que nos larmes.
Quoique nosjssprits affligés Témoignent de vives atteintes, ,
En souffrant ils sont obligés Au sujet qui cause leurs plaintes, Et leur mélancolie a de certains appas Qu'en ses plus doux transports la volupté n'a pas.
Puissant démon de l'amitié, Que les cœuf^ ont tort qui te craignent ! Que leur repos fait de pitié !
Que nous plaignons ceux qui nous plaignent Que dans les assauts amoureux On gagne à se laisser atteindre !
Les vaincus sont les plus heureux, Et les vainqueurs les plus à plaindre.
Tu forces nos esprits avec des traits si doux , Que c'est craindre son bien que de craindre tes coup
Tu fais paraître nos douleurs Dans les choses qui n'ont point d'âme ; L'air comme nous verse des pleurs « Et les cailloux font de la flamme; Echo , par un triste propos , Nous entretient de son martyre; Le ciel n'a jamais de repos ; L'eau se plaint , et le vent soupire.
La terre comme nous se range à ce dessein,.
Et présente des fruits à qui lui fend le sein.