ACTE I, SCÈNE II. atii
Que le sort d'un amant est doux Quand de beaux yeux Font fait malade!
Qu'il estime les dieux jaloux S'il obtient le bien d'une œillade !
Qu'il est content detre défait!
Qu'il a de vœux pour qui le blesse!
Qu'il voit d'un esprit satisfait Ses blessures et sa faiblesse !
l'en sa perte son cœur trouve un état heureux ,
qu'il serait fiché d'être plus généreux!
Si dans les stériles ferveurs
Il serre les fers et les dore ,
Que fait-il lorsque les faveurs
Lui donnent l'objet qu'il adore?
Quel insensé voudroit guérir
De l'aimable ardeur qui le presse ,
Et ne se plairoit à mourir
Entre les bras de sa maîtresse?
dieux! qui de vous tous goûte un contentement îférable au plaisir d^en parler seulement?
(n te rendort. )
lis d'un heureux repos le ciel me favorise, réable sommeil, entretiens-moi de Nise.
HiSE càriveprès du bois y sans SH)ir Pamphile
qu'elle clierche.
Donc j'aime encor ces faux attraits, Tadore des yeux infidèles, est pour moi seulement que TAraour n^'l point d'ailes Et que la mort n'a point de traits !
Fais que dans l'horreur de ces lieux Lie trépas termine mes peines ;
a62 LA CÉLIANE,
Et sollicite , Amour, à m'épuiser les veines Celui qui m'épuise les yeux.
Aveugle tyran de nos sens, Quelles cruautés sont capables D'assouvir ta vengeance et punir les coupables , Si tu punis les innocens?
Que tes lois ont de faux appas !
Qu'injustement on les adore!
Faux dieu, te peux-tu plaire en l'âme qui t'abhomi Et vivre oii l'on ne t'aime pas?
Laisse enfin régner ma raison ; Porte le venin que tu caches Dans ces cœurs orgueilleux ou dans ces âmes lâches Qui ne vivent que de poison.
Épargne ou redouble tes coups , Augmente ou fais cesser ma flamme ; Sors de ce cœur malade , ou fais sortir mon âme : Sois-moi plus cruel ou plus doux.
Quels dieux à ma prière allégeront mes peines, Si celles que j'adresse à moi-même sont vaines? Mes transports à mes mains ont cent fois eu .recoors. Et cent fois elles m'ont refusé du secours. Après l'effort qui m'a l'espérance ravie , Hélas ! je me hais bien d'aimer encor la vie. N'avez-vous point, mes yeux, assez versé de pleurs, Et mon teint languissant a-t-il encor des fleurs? En l'état où je suis , ai-je droit de me plaindre D'un feu que j'entretiens et que je puis éteindre? ' Simple 9 que de ce fer j'espère vainement